Inde-Pakistan: 70 ans après, les voix de la Partition

Inde-Pakistan: 70 ans après, les voix de la Partition

Publié le :

Dimanche 13 Août 2017 - 11:52

Mise à jour :

Dimanche 13 Août 2017 - 11:55
© Rebecca CONWAY / AFP

Auteur : Par AFP

 
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En Inde comme au Pakistan, 70 ans après la Partition de 1947, des témoins se souviennent des horreurs de cette page sombre de l'Histoire des deux pays.

En août 1947, le démantèlement de l'empire britannique des Indes donnait naissance dans la douleur à deux nations distinctes, l'une à majorité hindoue et l'autre à majorité musulmane, et déclenchait l'un des plus gros déplacements de populations de tous les temps.

L'Inde célèbre mardi le 70ème anniversaire de son indépendance, Islamabad le fait dès lundi.

La Partition de 1947 a jeté sur la route près de quinze millions de déplacés hindous, musulmans et sikhs. Entre 200.000 et deux millions de personnes ont péri dans les violences engendrées par les croisements de ces flux humains.

Des témoins de l'époque se souviennent.

- Nisar, musulman de Karachi -

Nisar Akhtar, un statisticien pakistanais à la retraite à Karachi, avait six ans en 1947 et vivait alors avec sa famille dans la région du Pendjab.

Il se souvient de la fumée qu'il voyait s'élever dans le ciel toutes les nuits : des Sikhs brûlant les villages alentour.

La famille réussit à fuir. Mais avant de trouver refuge dans un camp de réfugiés, ils marchent pendant 21 jours, au sein d'une colonne de milliers de personnes, régulièrement attaquée par les Sikhs.

"J'ai vu des bébés, des enfants, des vieillards avec des lances plantées dans le corps. Ils gémissaient de douleur et je passais mon chemin en les évitant".

"Qu'aurais-je pu faire? Les gens titubaient de douleur et réclamaient de l'eau en criant... Mais on se battait tous pour notre propre vie".

- Madhu, hindoue de Lahore -

Madhu Sondhi avait cinq ans en 1947 et habitait à Lahore, aujourd'hui au Pakistan.

Son père, ingénieur, s'était vu offrir par la compagnie des chemins de fer indienne de déménager en Inde. La famille s'est retrouvée à habiter près de la gare centrale de New Delhi, transformée en camp de réfugiés, comme de nombreux lieux publics à l'époque.

"En face de notre maison, il y avait une mosquée où des musulmans étaient massacrés. Les balles finissaient souvent dans notre jardin, si bien que nous n'avions pas le droit d'y jouer", explique-t-elle, se disant "trop jeune" pour avoir été vraiment touchée à l'époque.

"Le frère de ma mère était resté dans sa ferme", au Pakistan nouvellement créé, se souvient-elle.

"Quand des émeutiers sont venus, à la recherche d'hindous à tuer, ses employés musulmans l'ont caché" puis évacué, dissimulé dans une charrette, vers un camp de réfugiés, dit-elle.

"Sur la route, il leur a donné les clefs de sa maison, en leur disant +C'est à vous, vous m'avez sauvé la vie+".

- Saleem, musulman de New Delhi -

Saleem Hasan Siddiqui avait six ans en 1947. Il se souvient des rues pleines de sang de New Delhi. "L'atmosphère générale était à la méfiance, à la peur", raconte, à 76 ans, celui qui continue d'habiter dans l'appartement de son enfance.

L'enfant était fasciné par ces violences. "On n'avait pas trop le droit de sortir. Mais on s'échappait dès qu'on le pouvait", pour voir les cadavres, explique-t-il.

"Ils donnaient des coups de hache aux gens et les jetaient dans le canal asséché. Tout le monde était dans un état frénétique, tuant tout ce qui bougeait, hindou, musulman, tout le monde. Personne n'a vraiment été épargné".

- Raj, hindou de Lahore -

Raj Khanna avait 14 ans en 1947. Troisième d'une famille de sept enfants, il avait grandi jusqu'alors dans un quartier hindou de Lahore. Mais dès l'été 1947, le quartier est gagné par les violences.

Un jour, "les émeutiers mettent le feu à des maisons dans notre rue", se souvient-il. Avec ses amis, il monte sur un toit pour lancer de l'eau sur les flammes. Une balle le frôle.

"Après l'incendie de notre quartier, mes parents ont pris peur et l'exode a commencé", se souvient Raj, dont la famille a d'abord trouvé refuge à Shimla, dans le nord de l'Inde.

Raj Khanna habite aujourd'hui à New Delhi. "J'ai toujours l'étiquette de réfugié. Cette étiquette restera avec nous. Les blessures ne se referment jamais".

burs-tm-dth/at

Auteur : Par AFP

 
Saleem Hasan Siddiqui, un Indien survivant de la Partition, à New Dehli le 4 août 2017

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