La Lettonie marque son centenaire par une renaissance culturelle

La Lettonie marque son centenaire par une renaissance culturelle

Publié le :

Samedi 17 Novembre 2018 - 11:51

Mise à jour :

Samedi 17 Novembre 2018 - 11:52
© Ilmars Znotins / AFP
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Par Imants LIEPINSH - Riga (AFP)

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Une floraison de livres et de films d'auteurs locaux arrive à point en Lettonie, après des années de domination culturelle étrangère, pour donner du lustre au centenaire de l'indépendance de ce pays balte.

Concerts de musique classique, parades militaires et feux d'artifice marqueront les festivités ce dimanche.

Mais des célébrations plus sérieuses sont en cours depuis quelques années, alors que les Lettons cherchent à retrouver et à renforcer leur identité en se plongeant dans les livres et les films racontant l'histoire troublée de leur patrie.

Avant l'indépendance en 1918, les Lettons ont subi près de deux siècles de domination tsariste russe, ponctuée par de brèves périodes de liberté.

La politique de russification forcée, menée sous le tsar Alexandre III vers la fin du 19e siècle, a marginalisé la langue lettonne, allant jusqu'à l'interdire dans certaines régions.

- "Nous. La Lettonie." -

Mais dans les semaines précédant l'anniversaire, des livres d'auteurs lettons ont battu tous les records de vente dans les magasins des quatre principales chaînes de librairies.

La plus populaire est une série d'ouvrages intitulée "Nous. La Lettonie. Le 20e siècle".

Ecrits par treize écrivains contemporains, ces livres racontent la vie de Lettons ordinaires plutôt que de héros ou de leaders, d'abord sous le régime tsariste, puis pendant la brève vingtaine d'années d'indépendance, enfin pendant la 2e guerre mondiale et sous la coupe de Moscou.

"Après l'époque de la censure soviétique et la période de chaos dans les années 1990 et au début des années 2000, la littérature lettonne est de retour", dit à l'AFP Dace Sparane, patronne de la maison d'édition Dienas Gramata.

"Elle est forte et diversifiée, et la popularité de cette série en est la meilleure preuve", ajoute-t-elle.

Le roman "Lait maternel" de Nora Ikstena, montrant la vie sous la domination soviétique vue par une femme, se vend aussi en Grande-Bretagne et en Russie.

"Jelgava '94" est un autre succès de librairie. C'est un récit semi-autobiographique d'un adolescent de la grise ville industrielle de Jelgava durement touchée par la crise économique dans les années 90.

Le héros anonyme de Janis Jonevs se fait un peu hooligan, touche à la drogue et à l'alcool et en même temps découvre la musique death metal, black metal et grindcore. Traduit en français et en norvégien, entre autres, le livre a valu à Jonevs le prix littéraire de l'UE.

"Avec des romans contemporains et expérimentaux en tête de liste des meilleures ventes, le paysage culturel letton rejette les séquelles post-soviétiques et se rapproche des traditions culturelles ouest-européennes", ajoute Mme Sparane.

Les Lettons ont passé deux siècles sous le règne des tsars russes avant que la révolution bolchevique fasse s'écrouler l'empire, ouvrant la voie à la déclaration d'indépendance en 1918.

- "Tribus Baltes" -

L'URSS a occupé l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie en 1940. L'année d'après, les trois pays baltes ont été envahis par l'Allemagne nazie, puis occupés à nouveau par l'URSS en 1944. Condamnés pendant des décennies à être républiques soviétiques, ils ont retrouvé la liberté en 1990-91.

Ils ont commencé alors, comme d'autres pays sortis du communisme, à se nourrir abondamment de culture populaire américaine et occidentale, pour assouvir une faim vieille d'un demi-siècle.

"C'est maintenant terminé: notre public retrouve ses racines, juste à temps pour le centenaire du pays", déclare à l'AFP Arno Jundze, président de l'Union des écrivains et auteur du roman à succès "Red Mercury", sur l'époque houleuse des années 90.

Plusieurs best sellers lettons ont été portés à l'écran et ont à leur tour battu les records de popularité dans le pays membre de l'Otan et de la zone euro, qui compte 1,9 million d'habitants, dont un quart de russophones.

Pendant la semaine précédant l'anniversaire, la moitié des films projetés dans les salles obscures étaient de production lettonne.

C'est dû en partie à un programme dit "Liste de films pour le centenaire", lancé après des protestations du milieu du cinéma en 2014 contre la faiblesse du soutien financier public.

"Tribus Baltes" raconte la vie des peuples de la région il y a mille ans. Un autre film également populaire, Homo Novus, est une fiction portant sur la vie d'artistes lettons sous la Première république.

"Le Père Nuit", qui attire lui aussi des foules de spectateurs, retrace la vie du Letton Zanis Lipke, sauveur de centaines de Juifs pendant l'Holocauste.

il-mas/via/sw/am

La bibliothèque nationale de Lettonie, à Riga, le 16 novembre 2018


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