Le journaliste germano-turc Deniz Yücel libre après un an en détention

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Par Gokan GUNES avec Yacine LE FORESTIER à Berlin - Istanbul (AFP)
Publié le 16 février 2018 - 18:43
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Le journaliste germano-turc Deniz Yücel quitte son domicile à Istanbul après sa libération qui pourrait améliorer les relations entre Berlin et Ankara. Le 16 février 2018.
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© YASIN AKGUL / AFP
Le journaliste germano-turc Deniz Yücel quitte son domicile à Istanbul après sa libération qui pourrait améliorer les relations entre Berlin et Ankara. Le 16 février 2018.
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Le journaliste germano-turc Deniz Yücel a quitté vendredi la prison turque où il était détenu pour "terrorisme" depuis plus d'un an, un dénouement qui pourrait mener Ankara et Berlin sur la voie de la réconciliation après plusieurs mois de vives tensions.

Les traits fatigués, mais souriant, M. Yücel, 44 ans, a regagné avec son épouse en fin d'après-midi leur domicile situé sur la rive européenne d'Istanbul, a constaté une correspondante de l'AFP.

Sa sortie de prison survient au terme d'une journée haletante: peu avant, un tribunal d'Istanbul avait accepté un acte d'accusation réclamant jusqu'à 18 ans de prison contre M. Yücel, puis ordonné sa remise en liberté dans la foulée.

La chancelière allemande Angela Merkel a salué vendredi la libération de ce journaliste de Die Welt : "Je me réjouis comme beaucoup d'autres qu’il ait pu quitter la prison aujourd'hui", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse à Berlin.

"Je me réjouis (...) pour Deniz Yücel et sa famille", a indiqué le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, qui a été au centre des tractations politiques avec Ankara sur ce dossier ces derniers mois.

L'incarcération de M. Yücel a empoisonné pendant de longs mois les relations déjà compliquées entre Ankara et Berlin, deux partenaires historiques au sein de l'Otan étroitement liés par la présence de 3 millions de Turcs en Allemagne.

Sa libération survient au moment où Ankara a multiplié les gestes d'apaisement ces dernières semaines en libérant notamment plusieurs ressortissants allemands.

"Il semblerait que certains problèmes qui sont survenus dans les relations entre l'Allemagne et la Turquie ont aujourd'hui été résolus", a déclaré vendredi le Premier ministre turc Binali Yildirim, sans toutefois mentionner explicitement l'affaire Yücel.

- Relations 'ternies' -

Le bureau du procureur général d'Istanbul a officialisé vendredi, en parallèle à la remise en liberté, son acte d'accusation à l'encontre du journaliste. Il réclame entre quatre et 18 ans de prison contre M. Yücel, accusé de "propagande pour le compte d'une organisation terroriste" et d'"incitation à la haine".

Toutefois, selon Berlin, il est peu probable que le journaliste passe un jour en procès: M. Gabriel a ainsi affirmé que M. Yücel était "en route pour l'aéroport" en début de soirée vendredi.

En décembre, la journaliste et traductrice allemande Mesale Tolu avait, elle, été remise en liberté après huit mois passés en prison, une mesure assortie néanmoins d'une interdiction de sortie du territoire.

L'annonce de la libération de Denis Yücel intervient au lendemain d'un entretien à Berlin entre Mme Merkel et M. Yildirim, au cours duquel la chancelière allemande avait accru la pression sur ce dossier.

"J'ai souligné pour la énième fois le caractère urgent de ce cas" qui a "terni nos relations et continue à le faire", avait dit Angela Merkel.

Le journaliste avait été arrêté en février 2017 dans le cadre des purges en Turquie qui ont suivi le putsch manqué contre le président Recep Tayyip Erdogan en juillet 2016.

Sa remise en liberté, après celle d'autres journalistes militants des droits de l'homme germano-turcs ou allemands devrait contribuer à détendre les relations entre les deux pays.

- 'D'autres cas' -

Elles ont connu une phase de brouille inédite pendant un an et demi, liée principalement aux critiques de Berlin liées à la situation des droits de l'homme en Turquie.

Peu après l'annonce de la libération de M. Yücel, un autre tribunal turc a condamné à la prison à vie trois journalistes turcs de renom, les frères Ahmet et Mehmet Altan et Nazli Ilicak, accusés de liens avec le putsch avorté en 2016.

Les tensions ont atteint leur pic l'an dernier lorsque le chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan est allé jusqu'à accuser les dirigeants allemands de pratiques dignes du "nazisme".

Les médias allemands se sont interrogés sur l'existence d'une possible "monnaie d'échange" payée par Berlin pour des remises en liberté de ses ressortissants ou bi-nationaux sous forme de livraisons d'armes à la Turquie.

"Je peux exclure qu'il y ait eu un quelconque deal" à propos du journaliste de Die Welt, a assuré vendredi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Rainer Breul.

Les relations devraient toutefois mettre du temps avant de retourner au beau fixe. Outre M. Yücel, il y a "d'autres cas de personnes (...) qui se trouvent dans des prisons turques", a souligné Mme Merkel vendredi, ajoutant espérer un "traitement rapide" de ces dossiers.

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