Le Monténégro riposte à Trump : le pays "contribue à la paix"

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Par Olja NIKOLIC - Podgorica (Monténégro) (AFP)
Publié le 19 juillet 2018 - 17:38
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Le président du Monténégro Milo Djukanovic à un sommet de l'Otan le 12 juillet 2018 à Bruxelles
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© Tatyana ZENKOVICH / POOL/AFP
Le président du Monténégro Milo Djukanovic à un sommet de l'Otan le 12 juillet 2018 à Bruxelles
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"Petit pays" peuplé de gens "très agressifs"? Susceptible même de provoquer un conflit mondial? Le Monténégro a riposté jeudi à Donald Trump en vantant sa contribution à "la stabilité et la paix".

Pays touristique des Balkans en bord d'Adriatique, le Monténégro a rejoint l'Otan au printemps 2017 au grand dam de Moscou, malgré l'hostilité d'une grande partie de ses plus de 600.000 habitants, majoritairement slaves et orthodoxes.

Après un long silence, Podgorica a répondu à la description qu'a fait Donald Trump d'un pays belliqueux pour lequel il ne voit "pas pourquoi il enverrait ses enfants se faire tuer" en vertu des accords de l'Otan.

Doté d'une armée de moins de 2.000 hommes, le Monténégro contribue "à la paix et à la stabilité, non seulement sur le continent européen mais dans le monde entier", notamment "aux côtés des soldats américains en Afghanistan", a rétorqué le gouvernement dans un communiqué publié également en anglais.

Le Monténégro est "un État stabilisateur dans la région", relève le gouvernement, "le seul qui n'a pas été le théâtre de combats pendant la désintégration de l'ex-Yougoslavie".

- L'amitié 'forte' avec les Etats-Unis -

Alors membres de l'armée yougoslave, ses soldats ont toutefois participé aux côtés des Serbes à la guerre d'indépendance de Croatie (1991-95), notamment au siège sanglant de Dubrovnik. Mais à l'instar de la Macédoine (1991), sa propre déclaration d'indépendance de la Serbie en 2006, n'a pas entraîné de guerre.

Au cours de ces conflits dans l'ex-Yougoslavie (quelque 130.000 morts), le pays a "accueilli et protégé 120.000 personnes", a encore relevé Podgorica.

Petit ou grand, "ce qui compte, c'est le niveau auquel vous placez les valeurs de liberté, de solidarité et de démocratie", insiste le Monténégro. Au nom de ces principes, "l'amitié et l'alliance entre le Monténégro et les Etats-Unis sont fortes et inaliénables", conclut le gouvernement monténégrin.

Selon les analystes locaux, les services de renseignement monténégrins entretiennent des liens étroits avec leurs homologues occidentaux.

Cette décision de s'arrimer à l'Occident appartient à Milo Djukanovic, patron du Monténégro quasiment sans interruption depuis 1991. Mi-avril, il a été élu président dès le premier tour, victoire qu'il a commentée comme un plébiscite à son choix atlantiste et pro-UE.

Ce triomphe a confirmé les difficultés de l'opposition prorusse dont plusieurs responsables sont soupçonnés d'être impliqués dans ce que les autorités présentent comme un projet de coup d'Etat déjoué à l'automne 2016.

- 'La bonne blague' de Trump -

Dans la capitale Podgorica, les déclarations de Trump ont souvent été accueillies par l'ironie.

"Nous sommes tellement agressifs et forts que nous n'avons pas réussi à changer de pouvoir en 30 ans et encore moins à provoquer un conflit global", dit Sreten Markovic, retraité de 67 ans. "Lorsque j'ai lu la déclaration de Trump sur nous, j'ai pensé que je rêvais encore. Lorsque je me suis bien réveillé cela m'a semblé une bonne blague", renchérit Darko Mandic, vendeur de jouets de 33 ans.

Même les prorusses ne sont guère virulents, un de leurs principaux dirigeants, Andrija Mandic, saluant le "message clair" de Donald Trump, "homme le mieux informé de la planète": "il ne voit pas pourquoi il enverrait ses enfants (se) faire tuer" pour le Monténégro.

"Je veux croire que M. Trump a mal exprimé ses opinions (...) Je ne veux pas croire que le Monténégro ait été un thème à Helsinki", en Finlande, lors du sommet entre le président américain et son homologue russe Vladimir Poutine, dit à l'AFP Ranko Krivokapic, opposant à Milo Djukanovic mais pro-occidental.

"Si Trump pense qu'il ne faut pas défendre le Monténégro, envoie-t-il un message pour que quelqu'un tente quelque chose?", s'inquiète Stevo Vasiljevic, professeur de 46 ans.

L'analyse politique Sergej Sekulovic juge "possible un regain de tension politique" mais "fondamentalement, les conditions pour une déstabilisation ne sont pas là". Le Monténégro "est stable et rien ne laisse penser que cela pourrait changer", renchérit Ranko Krivokapic.

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