ONU: Bachelet épingle la Birmanie, la Chine et les pays occidentaux

ONU: Bachelet épingle la Birmanie, la Chine et les pays occidentaux

Publié le :

Lundi 10 Septembre 2018 - 04:00

Mise à jour :

Lundi 10 Septembre 2018 - 14:34
© Fabrice COFFRINI / POOL/AFP
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Par Agnès PEDRERO - Genève (AFP)

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La nouvelle Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, la Chilienne Michelle Bachelet, a dénoncé lundi le traitement des minorités en Birmanie et en Chine, et exhorté les pays occidentaux à ne pas ériger de "murs" contre les migrants.

Nommée par le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, pour succéder au Jordanien Zeid Ra'ad Al Hussein jugé par certains trop critique à l'égard des dirigeants de ce monde et pas assez consensuel, Mme Bachelet a fait lundi son premier discours à l'occasion de l'ouverture de la 39e session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU qui se tient jusqu'au 28 septembre.

A cette occasion, l'ancienne présidente chilienne, qui a pris ses fonctions en septembre, a adopté un ton empreint de plus de retenue que celui de son prédécesseur, ne visant aucun dirigeant.

"J'écouterai toujours les préoccupations des gouvernements", a-t-elle dit, estimant le "Conseil doit s'efforcer de parvenir à un consensus".

Preuve de son engagement à écouter les Etats, son bureau a annoncé qu'elle avait accepté de rencontrer le chef de la diplomatie vénézuélienne, Jorge Arreaza, qui doit faire un discours mardi devant le Conseil.

Devant les diplomates, Mme Bachelet a dressé la liste des pays mentionnés dans le rapport périodique du Haut-Commissariat, mais elle n'a ensuite mentionné dans le détail qu'un nombre extrêmement réduit de crises.

L'ONU a expliqué qu'elle n'avait pu lire tous les paragraphes faute de temps.

Ses premières critiques ont été pour la Birmanie, appelant à créer un organe international chargé de réunir des "preuves" sur les crimes les plus graves commis en Birmanie contre les Rohingyas afin d'"accélérer la tenue des procès".

Ce "mécanisme international", a-t-elle expliqué, "complèterait" le travail de la Cour pénale internationale, qui s'est déclarée compétente pour enquêter sur la déportation de la minorité musulmane rohingya.

En 2017, plus de 700.000 musulmans rohingyas ont fui la Birmanie, majoritairement bouddhiste, après une offensive de l'armée en représailles d'attaques de postes-frontières par des rebelles rohingyas, pour se réfugier dans d'immenses campements de fortune au Bangladesh.

Des enquêteurs de l'ONU ont demandé fin août que la justice internationale poursuive le chef de l'armée birmane et cinq autres hauts gradés pour "génocide", "crimes contre l'humanité" et "crimes de guerre" à l'encontre des musulmans rohingyas. Des accusations rejetées par les autorités birmanes.

- Demande d'accès en Chine -

Dans la version préparée de son discours, qui a été envoyée aux journalistes, Mme Bachelet épingle aussi la Chine, pointant les "allégations profondément inquiétantes de détentions arbitraires à grande échelle d'Ouïghours et d'autres communautés musulmanes, dans des camps de rééducation dans la région du Xinjiang".

"A la lumière de ces rapports, nous demandons au gouvernement de permettre au bureau (du Haut-Commissariat, ndlr) d'avoir accès à toutes les régions de la Chine, et nous espérons que nous entamerons des discussions sur ces questions", a souligné Mme Bachelet.

La Chine a été accusée en août, devant un comité des droits de l'homme de l'ONU à Genève, de détenir ou d'avoir détenu un million de personnes dans ces centres. L'AFP n'est pas en mesure de confirmer ce chiffre.

La Haut-Commissaire s'en est pris par ailleurs à la façon dont beaucoup de pays occidentaux gèrent la question des migrants.

"Eriger des murs, générer délibérément de la peur et de la colère chez les migrants, priver les migrants de leurs droits fondamentaux (...), et supprimer les programmes d'intégration: de telles politiques n'offrent de solutions durables à personne" mais "plus d'hostilité, de misère, de souffrance et de chaos", a-t-elle jugé.

Elle trouve "inquiétante" la volonté affichée par l'Union européenne "d'externaliser" la gestion des migrants en créant des plateformes de débarquement en dehors du territoire européen pour les migrants secourus en mer.

Dans son discours écrit, elle pointe en particulier la décision prise à plusieurs reprises par l'Italie de fermer ses ports aux migrants transportés par des ONG, estimant que ce type de "position politique" avait des "conséquences dévastatrices pour de nombreuses personnes déjà vulnérables".

"Donner la priorité au retour des migrants (...), sans garantir le respect des principales obligations internationales en matière de droits de l'homme, ne peut être considéré comme une réponse de protection", a-t-elle affirmé, indiquant que son bureau allait envoyer une équipe en Autriche pour évaluer l'évolution récente de la situation dans ce domaine.

Une autre équipe ira en Italie pour évaluer "la forte augmentation signalée des actes de violence et de racisme contre les migrants, les personnes d'origine africaine et les Roms".

Son discours écrit cible également la politique migratoire de la Hongrie, où son bureau a pris connaissance de "rapports choquants selon lesquels, ces dernières semaines, de la nourriture a été refusée aux migrants détenus dans des zones de transit à la frontière hongro-serbe".

Mme Bachelet a aussi critiqué la politique migratoire des Etats-Unis, soulignant que plus de 500 enfants migrants enlevés à leurs parents (...) n'ont toujours pas été rendus à leur famille".

L'ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, le 3 septembre 2018 à Genève.

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