Poutine fustige les sanctions américaines "contre-productives"

Poutine fustige les sanctions américaines "contre-productives"

Publié le :

Mercredi 22 Août 2018 - 18:23

Mise à jour :

Jeudi 23 Août 2018 - 06:45
© Pavel Golovkin / POOL/AFP
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Par Maria PANINA - Sotchi (Russie) (AFP)

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Vladimir Poutine a jugé mercredi "contre-productives" et "dénuées de sens" les sanctions américaines visant Moscou, encore renforcées depuis sa rencontre avec Donald Trump mi-juillet, appelant Washington à une "prise de conscience" pour renouer un "dialogue normal".

L'entrée en vigueur mercredi d'une nouvelle salve de mesures punitives a entraîné un nouveau décrochage du rouble, qui s'est dangereusement rapproché de ses plus bas niveaux en deux ans face au dollar et face à l'euro.

Face à la presse après avoir reçu son homologue finlandais Sauli Niinisto à Sotchi, dans le sud-ouest de la Russie, le maître du Kremlin s'est cependant montré inflexible.

"En ce qui concerne les sanctions, ces actions sont très contre-productives et dénuées de sens", a-t-il déclaré. "J'espère que nos collègues américains vont prendre conscience qu'une telle politique n'a pas d'avenir et que nous commencerons à coopérer normalement".

"Le problème n'est pas seulement dans la position du président américain, mais aussi dans la position de ce que l'on appelle l'establishment, qui dirige au sens large du terme" les Etats-Unis, a-t-il ajouté.

MM. Trump et Poutine se sont rencontrés à Helsinki en juillet pour leur premier sommet bilatéral, après lequel le président américain avait été très critiqué dans son pays pour s'être montré très conciliant avec son homologue russe.

Malgré l'absence d'amélioration tangible depuis dans des relations au plus bas depuis la fin de la Guerre froide, M. Poutine a qualifié mercredi de "positive" et "utile" cette rencontre : "Personne ne s'attendait à ce que l'on puisse régler toutes les questions au cours d'une discussion de deux heures".

La perspective d'un nouveau sommet a été repoussée à l'année prochaine en raison de l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle de 2016 aux Etats-Unis et sur des soupçons de collusion entre l'équipe du candidat Trump et le Kremlin.

Cette procédure semble encore renforcée par les déboires judiciaires de l'ex-chef de campagne de l'homme d'affaires républicain Paul Manafort, reconnu coupable de fraude bancaire et fiscale, et par le plaider-coupable de son ancien avocat personnel Michael Cohen.

Quant aux accusations d'ingérence dans la vie politique américaine, elles ont été renforcées ces derniers jours par des annonces des géants technologiques Facebook et Microsoft.

Les sanctions américaines "n'ont pas d'influence sur notre politique", a affirmé à l'agence RIA Novosti le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, ajoutant qu'elles seront au menu des discussions jeudi à Genève entre le conseiller à la sécurité nationale américain John Bolton et son homologue russe Nikolaï Patrouchev.

- "L'une des plus stables" -

Rendues publiques début août et entrées en vigueur mercredi, les dernières sanctions américaines sont liées à l'empoisonnement d'un ex-espion russe à l'agent innervant Novitchok au Royaume-Uni.

Ces restrictions dans l'exportation de certains produits technologiques pourraient être suivies d'une nouvelle vague de sanctions présentée comme beaucoup plus douloureuse.

Washington a également imposé mardi des sanctions à des entités russes accusées d'avoir soutenu des activités de piratage informatique de la Russie ou d'avoir commercé avec la Corée du Nord, malgré l'embargo international décrété contre ce pays.

Le président américain ne cache pas en outre son hostilité au projet de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne, qui contourne l'Ukraine.

Vladimir Poutine a rétorqué mercredi que l'Europe avait "besoin de Nord Stream 2", se disant prêt à "une concurrence honnête" avec le gaz américain.

Dans ce contexte de turbulences, les perspectives de réconciliation avec les Etats-Unis s'éloignent et les embûches s'accumulent pour les multinationales russes, effrayant les investisseurs et affaiblissant les actifs russes tout comme le rouble.

"Il ne s'agit pas seulement des sanctions, mais également de ce qu'il se passe sur les marchés des économies émergentes et de la Turquie", dont la monnaie nationale connaît une chute après des sanctions américaines, a tenté de tempérer le ministre russe de l'Economie, Maxime Orechkine.

Ce dernier l'a reconnu : les fuites de capitaux vont s'étendre au cours des 12 prochains mois et le rouble va baisser. "Mais nous retournerons ensuite aux mêmes tendances que nous connaissions cette année", a affirmé le ministre, ajoutant s'attendre à revoir "très légèrement à la baisse" les prévisions de croissance en 2018.

"De tous les pays ayant une économie émergente, la Russie apparaît comme l'un des plus stables et les moins sujets aux fluctuations négatives", a ajouté M. Orechkine.

La Russie, qui avait dû se déclarer en défaut sur sa dette extérieure il y a tout juste 20 ans, a suivi sous Vladimir Poutine une politique financière, monétaire et budgétaire très rigoureuse, encore durcie ces quatre dernières années dans un contexte de sanctions occidentales croissantes liées à la crise ukrainienne.

Le président Vladimir Poutine s'exprimant à Sotchi, dans le sud-ouest de la Russie, le 22 août 2018

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