UE: un fonds pour bâtir l'Europe de la défense

UE: un fonds pour bâtir l'Europe de la défense

Publié le :

Mercredi 07 Juin 2017 - 07:48

Mise à jour :

Mercredi 07 Juin 2017 - 07:50
© THIERRY CHARLIER / AFP/Archives

Auteur : Par AFP

 
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La Commission européenne doit dévoiler mercredi sa proposition détaillée d'un fonds pour financer la défense européenne, dans un contexte plus propice que jamais, marqué par le Brexit et les doutes sur l'engagement de l'allié américain.

Le président de l'exécutif européen, Jean-Claude Juncker, entend doter l'UE d'"une autonomie stratégique" en matière de défense, par le biais notamment d'une politique industrielle commune, basée sur des financements faisant aujourd'hui défaut au secteur.

Le fonds imaginé par Bruxelles, qui devra être approuvé par les Etats membres pour se concrétiser, aurait une partie consacrée à la recherche sur des nouvelles technologies.

Une autre partie, abondée par les pays membres, servirait d'instrument financier pour l'achat groupé, et donc moins coûteux, d'équipements comme des drones ou des hélicoptères.

La proposition doit être présentée mercredi après-midi, en même temps qu'un document de "réflexion" plus large sur l'avenir de la défense européenne à l'horizon 2025.

- 'Puissance douce' -

L'Europe "doit prendre en charge sa propre sécurité" car "être une +puissance douce+ ("soft power" en anglais) ne suffit plus, lorsque la force peut prévaloir sur le droit", prévenait début mars la Commission européenne, dans son "Livre Blanc" sur l'avenir de l'UE à 27.

Le départ programmé du Royaume-Uni, qui a toujours été hostile à toute idée d'intégration en matière de défense au niveau européen, constitue à ce titre une opportunité, soulignent des diplomates européens.

Le flou des engagements de l'allié américain peut également avoir un rôle de catalyseur, comme l'a illustré la chancelière allemande Angela Merkel en appelant les Européens à "prendre leur destin en main".

Donald Trump demande aux Européens de dépenser plus en matière de défense et il s'est gardé fin mai de confirmer qu'il soutenait l'"article 5" du traité fondateur de l'Otan, qui prévoit que les Alliés volent au secours d'un des leurs en cas d'agression extérieure.

"Le message consistant à dire aux Européens qu'ils doivent se prendre en main n'est pas fondamentalement éloigné de ce que la France a toujours essayé de faire depuis des années", a récemment estimé la nouvelle ministre française des Armées, Sylvie Goulard.

Il faut "essayer d'avoir un développement d'une capacité autonome, inscrite dans la coopération de l'Otan mais reposant sur des capacités européennes", a plaidé Mme Goulard.

- 'Tabous levés' -

"C'est un moment exceptionnel, des tabous ont été levés", estime un diplomate d'un Etat membre. Il "était impensable il y a quelques années d'avoir un consensus sur le principe d'autonomie stratégique européenne" ou d'évoquer "la possibilité de financer d'activités militaires à partir du budget européen", poursuit-il.

Mais "la question centrale est surtout pour l'heure celle d'une insuffisance de financements", constate ce diplomate.

Le "volet Recherche" du fonds proposé par la Commission vise à financer des recherches dans des domaines comme l'électronique, les logiciels cryptés ou encore la robotique.

Une ébauche du projet européen, dévoilée fin 2016, envisageait un programme de recherche doté d'un budget annuel d'environ 500 millions d'euros après 2020.

Le second volet du fonds offirait aux pays intéressés la possibilité d'acheter des équipements de manière groupée. Ils pourraient par exemple s'unir "pour investir dans la technologie des drones ou acheter des hélicoptères en grandes quantités afin de réduire les coûts".

"Ce volet devrait être capable de mobiliser environ 5 milliards d'euros par an", avait évalué fin 2016 l'exécutif européen, indiquant que "le manque de coopération entre Etats membres dans le domaine de la sécurité et de la défense a un coût annuel estimé entre 25 et 100 milliards d'euros".

Outre son projet de fonds, la Commission doit également présenter mercredi plusieurs scénarios possibles d'évolution de la défense européenne à l'horizon 2025.

Ces scénarios seront plus ou moins ambitieux et nécessiteront une intégration européenne plus ou moins poussée. Il reviendra aux Etats membres de l'UE de clarifier leurs souhaits.

Auteur : Par AFP

 
Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le 30 mai 2017 à Bruxelles

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