Le Pen et Mélenchon à la chasse aux "gilets jaunes"

Le Pen et Mélenchon à la chasse aux "gilets jaunes"

Publié le :

Vendredi 30 Novembre 2018 - 18:42

Mise à jour :

Vendredi 30 Novembre 2018 - 18:44
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Par Anne RENAUT - Paris (AFP)

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Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, avec Laurent Wauquiez et Nicolas Dupont-Aignan en embuscade, sont engagés dans une course de vitesse pour capter l'électorat populaire -et peut-être abstentionniste- des "gilets jaunes".

"Il va bien falloir trouver une issue politique" au mouvement des "gilets jaunes", veut croire le député LFI Adrien Quatennens, en se défendant de toute "récupération" politique.

Situés aux deux extrémités de l'échiquier politique, les leaders du Rassemblement national et de La France Insoumise rivalisent de soutien à ces Français "des fins de mois difficiles", qui dépendent de leur voiture parce qu'ils vivent à la campagne ou en zone périurbaine.

L'enjeu pour eux est de muer en bulletin de vote la "grogne sociale" contre les taxes sur les carburants en même temps que la "protestation politique" contre Emmanuel Macron, selon les termes utilisés par une étude sur les "gilets jaunes" de la fondation Jean-Jaurès parue mercredi.

RN et LFI voient dans les "gilets jaunes" une même défiance à l'égard des institutions, une critique assumée des médias, et réclament de concert une hausse du Smic.

Face à la crise politique ouverte à leurs yeux, ils surenchérissent de propositions, Marine Le Pen suggérant de dissoudre l'Assemblée, Jean-Luc Mélenchon de déposer une motion de censure, le chef de LR Laurent Wauquiez et le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan proposant un référendum sur la fiscalité.

- "Crédibilité" -

Mais ils se disputent la légitimité à représenter ce mouvement protéiforme.

"C'est un mouvement qui échappe totalement" au leader Jean-Luc Mélenchon, estime l'eurodéputé RN Nicolas Bay, qui dénonce "la crédibilité de la gauche pour lutter contre le racket fiscal" alors que "ce qui caractérise la gauche française ça a toujours été une fiscalité très élevée", selon lui.

La députée LFI Clémentine Autain reconnaît que "l'extrême droite avance ses pions" mais qu'il "n'est pas question de lui donner le point".

"Ce sera cohérence de projet contre cohérence de projet", estime l'élue de Seine Saint-Denis, en expliquant que Marine Le Pen "dit +à bas l'impôt+ alors que nous nous sommes contre l'injustice fiscale", qu'elle "prône le repli sur les frontières nationales" quand LFI est "universaliste".

"J'ai discuté avec plusieurs militants d'extrême gauche, à l'angle de la rue François Ier et de l'avenue Montaigne, et effectivement, nous avons beaucoup de points en commun. Il n'y a que l'immigration qui nous sépare", résume le très radical militant d'extrême droite Hervé de Ryssen, venu manifester samedi 24 novembre sur les Champs-Elysées.

A gauche, les plus radicaux hésitent à battre le pavé aux côtés de l'extrême droite, en dépit des appels du député LFI de la Somme François Ruffin, qui veut servir de "passerelle" entre les "gilets jaunes" et la classe moyenne parisienne.

Les électeurs de Marine Le Pen (68%) et de Nicolas Dupont-Aignan (65%) sont "les plus en pointe dans le soutien" à ce mouvement, selon l'étude de la fondation Jean-Jaurès.

L'électorat de Jean-Luc Mélenchon est lui "moins puissant" (45%), en raison du fait que "l'impôt, qui permet de financer les services publics et de réduire les inégalités de richesse, apparaît comme pleinement légitime dans la culture de gauche", explique l'étude de Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach.

- "récupérer le mouvement" -

Laurent Wauquiez n'est pas en reste dans la course, sachant que les électeurs de François Fillon soutiennent les "gilets jaunes" dans la même proportion que ceux de M. Mélenchon (42%) en raison d'une "forte présence de retraités, soumis à la hausse de la CSG mais aussi d'indépendants, toujours sensibles au poids des charges et des taxes", selon l'étude.

M. Wauquiez rencontrera des "gilets jaunes" en Haute-Loire samedi, quand Nicolas Dupont-Aignan réunira un conseil national (parlement) pour "voir comment traduire les revendications des gilets jaunes" en propositions.

Le politologue Jean-Yves Camus se demande lui "quelle est la proportion de déçus de Marine Le Pen à la présidentielle" parmi les gilets jaunes qui, pour cette raison, pourraient ne "pas voter" aux prochaines élections.

"Tout le monde cherche à récupérer le mouvement. Mais il n'est peut-être pas récupérable".

Municipale 2014

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