En Syrie, une jeunesse en mal de mariage

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Par Maher AL MOUNES - Damas (AFP)
Publié le 19 février 2018 - 10:43
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Des chaussures et des robes de mariées exposées dans un magasin de Damas, où les jeunes trouvent de plus en plus difficile de se marier en raison de la guerre, le 8 janvier 2018
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© LOUAI BESHARA / AFP
Des chaussures et des robes de mariées exposées dans un magasin de Damas, où les jeunes trouvent de plus en plus difficile de se marier en raison de la guerre, le 8 janvier 2018
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Nour jette un regard désenchanté à son annulaire nu, puis scrute ses camarades sur le campus de l'université de Damas. Au milieu d'un océan de jeunes femmes, aucun garçon célibataire qui puisse devenir son âme soeur.

A 30 ans, cette jeune Damascène qui a choisi de reprendre des études, affirme être impatiente de se marier. Mais la guerre, qui s'éternise en Syrie, fait que la grande majorité des jeunes hommes ont soit émigré, soit rejoint l'armée ou sont morts.

"J'espère qu'une bague de mariage décorera ce doigt un jour", confie Nour qui utilise un pseudonyme, pour, dit-elle, parler librement.

"Il n'y a plus de jeunes hommes ici, ils sont tous partis il y a des années. Leur nombre baisse d'année en année", témoigne-t-elle.

Au début du conflit en 2011, Nour se préparait à obtenir son premier diplôme en économie.

A l'époque, elle recevait chaque semaine des prétendants. "Aujourd'hui les demandes en mariage ont quasiment stoppé". Et ceux qui proposent "sont soit déjà mariés soit âgés", déplore la jeune femme.

Pour passer le temps, Nour a donc décidé de s'inscrire de nouveau à l'université pour un second diplôme en littérature.

"Je n'ai ni ami ni amant ni mari", soupire-t-elle. "Je suis terrifiée à l'idée de voir un cheveu gris pousser avant de me marier. Je perdrais alors définitivement tout espoir".

Dans cette société largement conservatrice, les femmes se mariaient souvent avant leurs trente ans.

- Mariages sur Skype -

"Aujourd'hui, une femme peut se marier à 32 ans sans que les gens disent qu'elle l'a fait sur le tard", explique Salam Qassem, professeur de psychologie à Damas.

En près de sept ans de guerre, plus de 340.000 personnes sont mortes. Des dizaines de milliers d'hommes ont été déployés sur le front.

Sur les 23 millions d'habitants d'avant-guerre, plus de cinq millions ont fui la Syrie et près de sept millions ont été déplacés.

Cela a considérablement affaibli les liens sociaux que les parents utilisaient autrefois pour trouver des conjoints potentiels à leurs enfants, souligne Mme Qassem.

"Les voisins se connaissaient tous auparavant ou apprenaient à se connaître rapidement, mais aujourd'hui, les familles sont dispersées un peu partout", explique-t-elle.

Certains Syriens ont réussi à contourner ces obstacles en se mariant via Skype. Les futurs époux qui vivent dans différents pays ou provinces syriennes mandatent alors une tierce personne pour conclure et enregistrer leur acte de mariage au moment où ils échangent leurs voeux en ligne.

Mais ce n'est pas le cas de tout le monde.

Agée de 31 ans, Yousra, qui travaille comme traductrice pour le compte du gouvernement, raconte que ses parents craignent qu'elle ne "rate le train du mariage".

"Je ne veux pas que tu deviennes une vieille fille", lui répète sa mère, lui conseillant de "regarder autour d'elle pour trouver un bon parti".

- 'Fou'! -

Mais à l'instar de Nour, Yousra se retrouve entourée de collègues femmes ou d'hommes qu'elle considère trop âgés pour elle.

"Tout le monde sait qu'une grande partie de la jeunesse a payé un lourd tribut" au conflit, rappelle à l'AFP cette femme élancée.

Outre le manque d'hommes jeunes, la guerre a aussi rendu plus difficile les mariages entre personnes de différentes communautés religieuses. Et elle a provoqué une forte inflation, un chômage généralisé ainsi que des pertes économiques colossales.

"La hausse du coût de la vie et d'autres facteurs financiers rendent la mission du mariage impossible", explique Firas, un homme de 37 ans qui rechigne à convoler.

"Quiconque se marie dans ces circonstances est fou. Je ne peux même pas garantir une vie sûre et digne pour moi-même, qu'est-ce que cela serait si j'avais une femme et des enfants?" lâche-t-il.

Mounzer Kallas a lui accroché sur le mur de sa chambre un grand calendrier avec des dates qu'il a entourées en rouge. Il s'agit des différentes échéances pour les demandes de bourses d'études à l'étranger.

"Je ne pense pas du tout au mariage, j'ai décidé de suivre mon frère en Allemagne", dit cet étudiant en médecine de 26 ans. "Je ferais mieux de chercher un billet d'avion plutôt qu'une femme".

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