John Chau et la tradition des missionaires chrétiens américains

John Chau et la tradition des missionaires chrétiens américains

Publié le :

Mercredi 28 Novembre 2018 - 18:19

Mise à jour :

Mercredi 28 Novembre 2018 - 18:22
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Par Chris Lefkow - Washington (AFP)

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John Chau, mort en novembre sur une île de l'archipel indien d'Andaman-et-Nicobar sous les flèches d'une tribu autochtone qui refusait les contacts avec le monde extérieur, appartenait à une longue tradition de missionnaires américains ayant choisi de répandre la foi chrétienne jusque dans les endroits les plus reculés.

Les premiers missionnaires ont quitté les Etats-Unis en 1812 pour porter la parole de Dieu en Asie, rappelle à l'AFP Todd Johnson, directeur du Centre d'études de la chrétienté mondiale au séminaire théologique Gordon-Conwell du Massachusetts, dans le nord-est.

En 2010, plus de 127.000 Américains participaient aux missions chrétiennes à l'étranger, selon le Centre.

"Le chiffre a un peu augmenté depuis", précise le Dr Johnson, un nombre qui englobe les mormons, les Témoins de Jéhovah, les catholiques, les différentes églises protestantes et les initiatives de paroisses locales, dont les missions durent au moins un an.

"Historiquement, les catholiques comptent pour la plus grosse partie mais les Mormons sont probablement le groupe le plus important" aujourd'hui, dit-il. On trouve aussi des églises qui envoient "directement" leurs adeptes à l'étranger sans passer par l'intermédiaire de grandes structures, comme "une grande paroisse d'un millier de membres basée en Louisiane qui envoie ses missionnaires en Sibérie".

John Chau ne faisait partie d'aucune structure et était "une sorte de soldat solitaire", ce qui "est relativement nouveau" dans l'histoire des missions religieuses, explique le Dr Johnson.

A 27 ans, il a péri le 16 novembre en voulant entrer en contact avec le peuple de chasseurs-cueilleurs des Sentinelles, qui compterait 150 âmes. Ces derniers vivent en autarcie depuis des siècles sur la petite île de North Sentinel, dans la mer d'Andaman, interdite d'accès par l'État indien. Ces dernières décennies, les tentatives de contact du monde extérieur se sont heurtées à l'hostilité et à un rejet violent de leur part.

Chau avait bien été formé par l'association All Nations, basée à Kansas City dans le Missouri (centre), mais son voyage semble être une initiative personnelle.

- "Populations négligées" -

Sur son site internet, All Nations assure que sa mission est de "former des disciples et des dirigeants pour initier des mouvements d'implantation d'églises parmi les populations négligées sur la Terre". L'objectif est "que Jésus soit vénéré dans toutes les langues, par toutes les tribus et toutes les nations".

"On parle de son courage et de sa volonté d'aller là où personne n'était jamais allé", dit Todd Johnson, qui refuse de juger de la responsabilité du jeune missionnaire dans sa propre mort, estimant qu'environ 200 membres de mission sont tués chaque année.

"J'ai lu que John Chau voulait convertir (les Sentinelles), ce qui est un peu fort. Je pense qu'il voulait prêcher, ou leur apporter la bonne nouvelle" de l'existence de Dieu, explique-t-il en utilisant le vocable religieux. "Savoir s'ils auraient pu être intéressés ou pas, c'est une autre histoire", souligne-t-il.

Les missionnaires sont désormais partout dans le monde où ils sont impliqués dans des activités variées - construction d'écoles, d'hôpitaux, de logements - en dehors du prosélytisme, un mot que Todd Johnson n'aime pas utiliser.

Les organisations de missionnaires évitent aussi d'utiliser le mot "convertir", en raison notamment de lois anti-conversion dans plusieurs pays du monde, notamment à majorité musulmane où l'apostasie est souvent punie de la peine de mort.

"Elles disent plutôt +faire connaître le Christ à la population+, un langage qui rappelle la liberté religieuse où chacun peut faire un choix", précise le Dr Johnson, soulignant que "vous n'avez pas à être chrétien pour bénéficier des services" d'une mission religieuse.

Au 21e siècle, les missionnaires font toutefois face au défi d'un monde globalisé par la foi religieuse. "La plupart des groupes traditionnels sont déjà chrétiens ou musulmans comme en Afrique, ou hindous comme en Asie", explique Todd Johnson. D'où la tentation des missionnaires de s'aventurer dans les rares territoires encore vierges, comme l'île de North Sentinel.

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