Les enfants des "Ondel Ondel", mascottes géantes de Jakarta

Les enfants des "Ondel Ondel", mascottes géantes de Jakarta

Publié le :

Mercredi 15 Mai 2019 - 08:30

Mise à jour :

Mercredi 15 Mai 2019 - 15:46
© GOH CHAI HIN / AFP/Archives
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Par Dessy SAGITA - Jakarta (AFP)

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Cachée à l'intérieur d'une marionnette géante emblématique du folklore de Jakarta, Juniarti, une adolescente indonésienne transpire à grosses gouttes en déambulant sous le soleil brûlant.

La jeune fille de 15 ans, accompagnée d'une bande d'enfants, gagne sa vie en animant l'une de ces poupées colorées de plus de deux mètres appelées "Ondel Ondel".

Avec leur tête de papier mâché ou plastique aux yeux globuleux, leur corps en bambou habillé de vêtements aux couleurs vives et leurs cheveux hérissés faits de feuilles de cocotiers séchées, ces effigies issues de la tradition locale betawi apparaissent souvent au détour d'une rue de la capitale.

Traditionnellement convoquées pour les célébrations publiques ou privées, comme les circoncisions, pour aider à éloigner les mauvais esprits, elles servent surtout aujourd'hui à amuser les passants.

Les Ondel Ondel se déplacent en dodelinant en couple: un personnage masculin souvent au teint rouge vif et à l'épaisse moustache et sa compagne au visage blanc et à la bouche rouge.

- Selfies et roupies -

Juniarti et ses amis font quelques pas de danse et posent pour des selfies avec les passants auxquels ils demandent quelques roupies.

Le petit cousin de quatre ans de l'adolescente se trémousse sur la musique d'un téléphone mobile et tend un seau aux passants pour qu'ils y mettent leur obole.

En période de ramadan, les enfants espèrent que les habitants du plus grand pays musulman au monde, feront preuve de plus de charité que d'habitude.

Mais même s'ils peuvent récolter jusqu'à l'équivalent de 20 dollars par jour, ce n'est pas de l'argent facilement gagné.

Les enfants des Ondel Ondel doivent supporter sur leurs épaules jusqu'à 30 kilos.

"Bien sûr que c'est fatiguant", reconnaît Juniarti pendant une pause derrière un centre commercial luxueux du centre ville.

"Il fait si chaud à l'intérieur que mes habits sont trempés".

Bastian porte les stigmates de ce travail difficile qu'il fait depuis trois ans.

"L'Ondel est très lourd, regardez ma cicatrice", dit le garçon de 11 ans en relevant son T-shirt et montrant des marques rouges et des égratignures sur ses épaules.

Si les adultes pratiquent aussi cette activité, les enfants sont de plus en plus nombreux à s'y mettre, ce qui inquiète les associations de protection de l'enfance qui craignent qu'ils ne soient exploités et maltraités.

Juniarti et Bastian assurent qu'ils ne sont pas brimés, sauf quand des agents de sécurité les chassent.

Mais ils n'ont pas non plus beaucoup d'autre choix que d'exercer ce métier.

Juniarti a abandonné l'école pour aider sa famille quand elle a perdu son père. Comme les habitants de son quartier étaient spécialisés dans la fabrication des poupées géantes, ils lui ont demandé si elle voulait travailler pour eux pour gagner quelque sous.

Malgré la pénibilité, Yogi Susanto, 13 ans, estime que le deal est honnête: "je peux m'amuser avec mes amis et travailler en même temps", dit-il.

Des marionnettes géantes Ondel Ondel alignées le long d'une voie ferrée dans un quartier de Jakarta où elles sont traditionnellement fabriquées, le 3 mai 2019

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