
L’Amérique à deux doigts d’une avancée sociale historique
Sylvain Chazot, le lundi 9 novembre 2009 à 04:00
C’est l’histoire d’une femme âgée habitant Brooklyn, New York, rapporte sœur Régine, catholique venant en aide aux démunis de Big Apple. Cette femme vivait seule avec peu de revenus. Elle avait fait des démarches pour être assurée à Medicaid, assurance publique destinées aux Américains les plus pauvres. Mais l’administration peut être lente. Trop. Quand, un matin, la femme glissa dans ses escaliers et se fractura la jambe, elle ne pensa qu’à une chose : son dossier Medicaid n’avait toujours pas été validé. Elle décida alors de ne pas appeler d’ambulance. Trop chère. Blessée, elle se traîna dans sa chambre pour, à bout de forces, attendre pendant plusieurs jours la validation de son dossier. Ce n’est qu’une fois sa situation régularisée qu’elle se rendit à l’hôpital. La gangrène n’était pas loin. Pour les médecins, la veille dame aurait pu perde sa jambe, voire mourir. Tout ça pour une question d’argent.
Aberrations
C’est ce genre d’aberrations que le candidat Obama s’était engagé à effacer. C’est ce type d’histoires que le président démocrate ne veut plus voir raconter dans son pays, première puissance économique au monde. Samedi soir, très tard, Barack Obama pouvait sourire. La Chambre des représentants venait d’approuver sa réforme du système de santé. Le projet n’est pas encore adopté, loin de là. Il devra encore être validé par le Sénat — certainement courant novembre — puis soumis à un vote commun des deux Chambres réunies. Ce n’est qu’une fois cette dernière étape franchie que le président pourra promulguer la loi, « avant la fin de l’année », espère-t-il.
Si le Paradis existe, un homme doit y sourire aujourd’hui. Ted Kennedy voit la réforme du système de santé américain, « le combat de sa vie », prendre forme. Jamais, dans l’histoire des Etats-Unis, la création d’une couverture maladie universelle n’a semblé aussi proche.
Nuit épuisante et indécise
La nuit était déjà bien entamée dans la capitale américaine lorsque Nancy Pelosi présenta à ses pairs les résultats du vote. Avec 220 voix pour et 215 contre, le projet était adopté. « Oh quelle nuit ! » comme s’exclamait un peu plus tard la présidente de la Chambre des représentants. Quelle nuit, en effet. Une nuit pour l’histoire, un an et quelques après cette autre soirée qui bouleversa l’Amérique, le 4 novembre 2008, quand les électeurs élisaient un Noir à la Maison-Blanche. Une nuit épuisante et indécise, jusqu’au bout. Les démocrates, largement majoritaires, n’avaient pourtant pas besoin des voix de l’opposition. Ils n’en ont d’ailleurs pas obtenu, si ce n’est celle du représentant de Louisiane, Anh « Joseph » Cao.
Mais le débat sur la réforme du système de santé est si intense qu’il crée des remous au sein même du parti présidentiel. Les démocrates ont donc dû faire des concessions, notamment sur la question de l’avortement. Un amendement est venu s’ajouter aux 2.000 pages du projet de réforme. Voté par 240 voix contre 194, il interdit l’usage de fonds fédéraux à des fins d’IVG, sauf en cas de viol, d’inceste ou quand la vie de la mère est en danger.
900 milliards de dollars
Ces concessions se sont avérées payantes mais le vote final — ô combien serré — illustre toutes les tergiversations du peuple américain. La semaine dernière, avant le vote de la Chambre basse, un clip anti-réforme passait régulièrement à la télévision. On y voyait des Américains moyens, la mine grave, s’interroger sur l’avenir de leur couverture maladie. Une femme, assise devant sa télévision, se demandait si elle serait obligée de prendre une couverture publique à la place de son assurance privée ? La réponse est non, martèle Obama depuis des mois. Peu à peu, l’opinion comprend que le projet voulu par le président démocrate ne changera rien pour ceux bénéficiant déjà d’une couverture maladie. Mais elle s’interroge : Pourquoi devrait-elle payer une assurance maladie pour les autres ?
Les opposants ne baissent donc pas les bras et rappellent, en autre, le coût de la réforme, évalué à 900 milliards de dollars (environ 606 milliards d’euros) sur dix ans. Un argument de poids alors que le chômage vient de franchir la barre symbolique des 10 %. Mais Obama y répond : Sa réforme « est un projet de loi qui va fournir la stabilité et la sécurité aux Américains qui ont une couverture, des choix de couverture de qualité pour ceux qui n’en ont pas, et va faire baisser les coûts de la santé pour les familles, les entreprises », a-t-il déclaré à l’issue du vote par la Chambre basse.




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