Twitter dévisse en Bourse, dure semaine pour les réseaux sociaux

Pour le PDG de Twitter, Jack Dorsey - ici le 9 novembre 2017 à New York - la baisse du nombre d'utilisateurs est pour partie due au refus du réseau de prendre en charge certains co - © MICHAEL COHEN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives


Le réseau social Twitter perdait plus de 19% vendredi à New York, les investisseurs s'inquiétant de la baisse du nombre de ses utilisateurs, au lendemain du décrochage spectaculaire de Facebook (-19%).

Vers 12H00 (16H00 GMT), l'action de l'oiseau bleu abandonnait 19,13% à 34,72 dollars, dans un marché en légère baisse (-0,11%).

Cette réaction rappelle celle qui a suivi les résultats de Facebook jeudi, l'action du premier réseau social au monde perdant également 19% en une seule séance.

Twitter a eu beau publier vendredi un bénéfice historique de 100 millions de dollars, le troisième trimestre d'affilée dans le vert après plus de dix ans de pertes, les regards se sont concentrés sur la fréquentation de la plateforme.

Le nombre d'utilisateurs actifs mensuels, paramètre publié chaque trimestre par le réseau social, a ainsi reculé d'un million, à 335 millions, alors que le marché l'attendait en légère hausse.

Dans les documents publiés vendredi et durant la conférence téléphonique de présentation, les dirigeants du groupe ont lié ce recul aux multiples initiatives de rationalisation et de nettoyage de la plateforme.

Twitter a fait un grand ménage depuis le début de l'année pour tenter de se débarrasser des utilisateurs qui tenteraient de se servir de ce canal à des fins de propagande ou de prospérer grâce à une économie de faux comptes et de faux abonnés.

Des dizaines de millions de comptes ont été supprimés à cette fin, même si le directeur financier Ned Segal a précisé vendredi qu'il s'agissait d'utilisateurs inactifs, non pris en compte dans la population des utilisateurs actifs mensuels.

- "Des vents contraires" -

Twitter cherche aussi à rationaliser le fonctionnement de sa plateforme pour les utilisateurs, qui ont parfois du mal à faire un tri efficace dans le flux qui se déverse sur leur fil.

Le groupe de San Francisco entend se positionner en destination légitime pour s'informer, en complément de sa dimension réseau social.

Revenu à la tête de l'entreprise mi-2015 après en avoir quitté la direction opérationnelle en 2008, le co-fondateur Jack Dorsey s'est lancé dans une réorientation stratégique avec la rentabilité en priorité.

La stratégie a été validée début 2018, avec la publication du premier bénéfice de Twitter, près de douze ans après sa création.

Avec les mesures prises depuis son retour et plus encore depuis le début de l'année, Jack Dorsey s'attache à faire de Twitter une destination respectable, prisée des annonceurs, et se débarrasser de l'image de grand fatras, parfois terrain d'expression de propagande et de haine, qui lui était régulièrement accolée.

"Nous voulons que les gens se sentent libres de s'exprimer, en sécurité", a assuré M. Dorsey vendredi.

Mais la patience n'est pas la première des caractéristiques des marchés boursiers, qui ont surtout retenu vendredi la baisse du nombre d'utilisateurs.

Ils avaient déjà eu la main lourde sur Facebook la veille, après la publication de prévisions jugées pessimistes et aussi d'une progression du nombre d'utilisateurs inférieure aux attentes.

"Le marché s'était emballé et les prix s'ajustent à des attentes plus modérées", selon Daniel Ives, responsable de la stratégie au sein du cabinet GBH Insights.

Pour lui, c'est surtout le résultat de la pression nouvelle mise sur les réseaux sociaux pour offrir davantage de sécurité à leurs utilisateurs, consécutive notamment au scandale Cambridge Analytica et à la mise en place de la directive européenne GDPR.

"Cela a créé des vents contraires", dit-il, qui amenuisent la capacité de ces sociétés "à montrer de la croissance".

Cette semaine a aussi souligné, selon l'analyste, le contraste entre les réseaux sociaux et les autres géants américains des nouvelles technologies, Amazon, Apple ou Google, qui bénéficient, eux, au contraire, "de vents portants avec le cloud et le commerce électronique".

Pour autant, "les réseaux sociaux sont encore là et bien là", estime Jennifer Grygiel, professeure à l'université de Syracuse et spécialiste du sujet.

"Ce qui a changé", dit-elle, "c'est que le public et les régulateurs n'acceptent plus le discours de com et le mythe selon lequel ils seraient trop difficiles à contrôler."


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