Calisson vs "Kalisong" chinois : la confiserie française remporte le match

Des employées contrôlent la qualité des calissons avant leur conditionnement le 14 décembre 2005 à Aix-en-Provence - © BORIS HORVAT / AFP/Archives


Après des mois de casse-tête, l'administration chinoise a donné raison aux fabricants de calissons de la région d'Aix-en-Provence face à un Chinois qui avait enregistré dans son pays le nom de cet emblème culinaire de la Provence.

Dans une décision consultée mercredi par l'AFP, l'office chinois des marques rejette les prétentions de Ye Chunlin, un homme d'affaires de la province du Zhejiang (est), sur la marque "Calisson d'Aix". En 2015, cet entrepreneur avait demandé à la faire enregistrer, ainsi que l'appellation "Kalisong" - transposition phonétique en mandarin du nom de la friandise en forme de losange.

Publié quelques mois après son dépôt, officiellement acté fin août 2016 avec une validité courant jusqu'en 2026, cet enregistrement avait suscité l'émoi des confiseurs aixois: protégés en France, ils auraient pu se voir barrer l'entrée du vaste marché chinois, où ces friandises françaises sont très prisées.

L'Office chinois des marques a reconnu l'antériorité de l'appellation patrimoniale française "Calisson d'Aix" et estimé que la demande de M. Chunlin "ne présentait pas de caractère distinctif et pourrait facilement induire les consommateurs en erreur sur l'origine des produits".

"C'est une vraie victoire", se félicite Laure Pierrisnard, à la tête de l'Union des fabricants de calissons d'Aix, qui a porté le fer en Chine au nom des douze calissonniers d'Aix-en-Provence face à ce "dépôt opportuniste".

L'affaire est probablement un cas d'usurpation, comme en ont connu de nombreux groupes occidentaux en Chine, découvrant au moment d'y commercialiser leurs produits que leur marque y avait déjà été enregistrée par une firme locale.

Un maroquinier chinois avait ainsi déposé en 2007 la marque "IPHONE" pour la catégorie des produits en cuir --au grand dam du géant électronique Apple, qui a perdu un procès contre lui. De même, la justice avait donné gain de cause en 2015 à un groupe chinois utilisant le nom du fabricant de chaussures New Balance.

Ye Chunlin qui n'a pas répondu aux objections des confiseurs français devant l'administration chinoise, avait protesté fin 2016 de sa bonne foi auprès de l'AFP, affirmant être "un commerçant qui fait des affaires dans les règles".

-demande d'indication géographique protégée-

A la connaissance des artisans français, aucun calisson n'est jamais sorti d'une quelconque ligne de production en Chine. Reste que le dépôt de la marque risquait d'interdire aux calissonniers aixois, dont certains rêvent d'une expansion internationale comparable à celle du macaron, le prometteur marché chinois.

Le premier producteur, la confiserie du Roy René, propriété d'Olivier Baussan, l'entrepreneur à l'origine du succès international des cosmétiques l'Occitane, a déjà ouvert une boutique en 2016 à Miami, écoule ses calissons au Canada et espère conquérir Dubaï.

Depuis la mésaventure chinoise, plusieurs investisseurs ont contacté l'entreprise également dirigée par Mme Pierrisnard, afin de lancer le losange fondant et sucré en Chine, et devraient aboutir à un accord rapide, se félicite-t-elle.

L'affaire chinoise a également remobilisé les fabricants, secoués par la flambée du cours de l'amande, en proie à la spéculation et aux aléas du climat, pour tenter d'obtenir une demande d'indication géographique protégée (IGP).

Ce type de protection européenne aurait pu les prémunir contre le risque d'accaparement: Pékin a déjà reconnu dix indications géographiques européennes - dont le comté, le roquefort, les pruneaux d'Agen et le jambon de Parme - ainsi que 45 appellations de vins de Bordeaux.

Après des années de querelles sur les détails de la recette du calisson, à base d'amande broyées, de melon et d'écorces d'oranges confites, sur un couche de pain azyme, les calissonniers, qui produisent environ 800 tonnes par an, se sont mis d'accord sur une recette, et espèrent déposer un dossier d'IGP "début 2018", précise la responsable de l'Union des fabricants.

Le label garantirait notamment l'utilisation d'amandes de Méditerranée, plus grasses et plus goûteuses que celles de Californie.


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