Jack Ma tirera dans un an sa révérence à la tête d'Alibaba

Municipale 2014 - ©DR


Le multimilliardaire chinois Jack Ma, qui a placé son pays à la pointe du commerce électronique, tirera dans un an sa révérence à la tête d'Alibaba, le groupe qu'il a fondé en 1999.

Après 48 heures de flottement, Alibaba a finalement annoncé lundi matin que M. Ma, qui fête ce lundi ses 54 ans, quitterait dans exactement un an, le 10 septembre 2019, la présidence du conseil d'administration du géant du commerce en ligne.

Cette date coïncidera aussi avec les 20 ans de la fondation du groupe.

"Aucune entreprise ne peut dépendre entièrement de ses fondateurs. Je suis bien placé pour le savoir (...) Nul ne peut éternellement exercer les responsabilités de président et de directeur général", explique M. Ma dans une lettre adressée à ses clients, à ses salariés et à ses actionnaires.

Dans une interview au New York Times publiée vendredi, le charismatique patron chinois avait annoncé son intention de se consacrer désormais à l'éducation et à des oeuvres philantropiques.

L'homme d'affaires, qui a revendiqué lui-même une ressemblance avec E.T., est connu pour ses excentricités: en 2017, il s'était grimé en Michael Jackson pour esquisser une chorégraphie imitant le chanteur lors d'un gala...

Ex-professeur d'anglais, véritable "self made-man" adulé par ses employés, Jack Ma est, selon l'agence Bloomberg, la 19e fortune mondiale, avec un pactole évalué à 40 milliards de dollars. Vendredi, Alibaba pesait quelque 420 milliards de dollars de capitalisation boursière à Wall Street.

M. Ma remettra la présidence au directeur général Daniel Zhang, a précisé le groupe dans un communiqué. Il avait lui-même quitté la direction générale en 2013.

"M. Ma poursuivra ses fonctions de président exécutif du groupe pendant les 12 prochains mois afin d'assurer une transition en douceur de la présidence à M. Zhang", selon le communiqué. Jack Ma restera en outre membre du Conseil d'administration jusqu'en 2020.

- Le modèle Bill Gates -

Alibaba compte quelque 85.000 employés pour un chiffre d'affaires annuel de 40 milliards de dollars. Ses plateformes d'e-commerce Taobao et Tmall contrôlent 60% du marché chinois.

Ce mastodonte technologique est également présent dans l'informatique en nuage ("cloud"), le cinéma et la finance.

Egalement derrière le service de paiement électronique mobile Alipay, aujourd'hui omniprésent en Chine, Jack Ma a largement contribué à transformer la façon dont ses compatriotes font leurs achats et les payent.

Les médias chinois rappellent volontiers l'enfance défavorisée et les débuts modestes de Jack Ma, qui avait quitté l'enseignement pour créer en 1999 Alibaba depuis son appartement de Hangzhou (est), en empruntant 60.000 dollars à des amis.

Rejeté à l'époque par des investisseurs américains, Jack Ma avait pris une revanche retentissante en réalisant en 2014 à Wall Street la plus grosse entrée en Bourse de l'histoire, levant 25 milliards de dollars.

Alibaba mise sur son avance technologique dans l'intelligence artificielle pour mieux cibler les publicités et résister ainsi à la concurrence exacerbée de rivaux chinois en plein essor.

L'annonce du départ de M. Ma s'est avérée quelque peu cahotique, le New York Times ayant annoncé vendredi qu'il quitterait ses fonctions dès lundi, avant un démenti du quotidien hongkongais South China Morning Post, propriété d'Alibaba, précisant que le grand patron ne ferait qu'annoncer une "stratégie de succession".

Mais son départ n'est pas vraiment une surprise: l'entrepreneur avait distillé ces derniers jours des indices laissant présager d'un départ prochain.

Dans un entretien à Bloomberg TV diffusé jeudi, il indiquait vouloir suivre les pas du fondateur de Microsoft, Bill Gates, retiré des affaires pour devenir l'un des plus généreux philanthropes du globe.

Le contraste est flagrant avec le grand concurrent chinois de Jack Ma dans l'e-commerce, JD.com -- les récents déboires de son PDG Richard Liu, arrêté pour viol aux Etats-Unis, ayant montré la cruelle absence d'un numéro deux derrière lui.


Voir la version optimisée mobile de cet article
Poursuivre sur Francesoir.fr