Venezuela: le bolivar dévalué de 96%, selon le nouveau taux officiel

Après le lancement de nouveaux billets amputés de cinq zéros, le gouvernement vénézuélien a dévoilé la seconde phase de son plan de relance économique qui dévalue de 96% sa monnaie. - © Federico PARRA / AFP/Archives


Après le lancement de nouveaux billets amputés de cinq zéros, le gouvernement vénézuélien a dévoilé la seconde phase de son plan de relance économique qui dévalue de 96% sa monnaie par rapport au dollar, des choix critiqués par les économistes.

La BCV a indiqué mardi que le nouveau taux était de 68,65 bolivars souverains pour un euro, équivalant à environ 60 bolivars souverains pour un dollar.

Le précédent taux officiel équivalait à quelque 2,48 bolivars souverains pour un dollar. Exprimé en bolivars forts, la monnaie en vigueur jusqu'à lundi, cela reviendrait à le faire passer de 248.210 à 6.000.000 de bolivars forts pour un billet vert.

Selon le président socialiste Nicolas Maduro, le bolivar souverain est indexé à la valeur du petro, la cryptomonnaie vénézuélienne avec laquelle le gouvernement entend contourner le manque de liquidités et les sanctions financières des Etats-Unis.

C'est la première fois qu'un pays adosse sa monnaie sur une cryptomonnaie. Les prix et les salaires seront fixés dans les deux monnaies.

Et chaque petro, selon le chef de l'Etat, équivaut à environ 60 dollars, sur la base du prix du baril de pétrole vénézuélien, soit 3.600 bolivars souverains.

Dans les rues de Caracas, de longues filent étaient visibles aux distributeurs et les Vénézuéliens commençaient à échanger avec leur nouvelle monnaie au milieu d'un appel à une grève générale de 24H mardi lancé par l'opposition pour protester contre les décisions du gouvernement.

Mais elle semblait partiellement suivie, seuls quelques commerces restant fermés.

"Les banques sont en train de travailler et de distribuer du liquide (...) J'ai pu réaliser des transferts, des paiements et tout est normal", a déclaré à l'AFP César Aguirre, un comptable de 38 ans, après avoir retiré de l'argent.

- "Tout a augmenté" -

Mais les craintes de hausse de prix étaient bien présentes. "Tout continue d'être cher (...). Tout a augmenté. Je viens d'acheter une empanada (chausson à la viande) à Petare et elle m'a coûté deux millions" des bolivars anciens (soit 2 bolivars souverains), s'est plainte Carmen Maldonado, femme au foyer.

En parallèle, dans le centre de Caracas, des centaines de chavistes marchaient vers le palais présidentiel de Miraflores en soutien au chef de l'Etat, qui était attendu à l'arrivée du cortège. Il s'agira de sa première apparition depuis l'attaque supposée de début août.

Par ailleurs, à compter de lundi, est abrogée la loi qui prévoyait des amendes et des peines allant jusqu’à 15 ans de prison pour les auteurs d'opérations de change réalisées en marge du très rigide contrôle exercé par l'Etat depuis 2003.

Les Vénézuéliens peuvent désormais se rendre dans des bureaux de change "autorisés", dont 300 doivent ouvrir, ont annoncé les autorités.

Les premières opérations de change étaient attendues dans l'après-midi, a indiqué le gouvernement.

Analystes et économistes ne jugent pas viable, voire "surréaliste" le programme du gouvernement, qui prévoit aussi une hausse du salaire minimum de près de 3.400% dans ce pays où l'inflation est attendue à 1.000.000% à la fin 2018, selon le Fonds monétaire international (FMI).

Des millions de personnes ont fui le Venezuela en raison de la crise économique.

Un des dirigeants de l’opposition qui a appelé à la grève, Andrés Velasquez, a estimé que la grève générale était "suivie à 60%", surtout en province.

"C'est un premier pas (...). Cet effort qui débute aujourd'hui va connaître son climax lors d'un appel à une grève générale illimitée", a-t-il déclaré, reconnaissant que le résultat de mardi était décevant.


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