Au Medef, patrons et politiques à l'unisson sur la question européenne

Chefs d'entreprise et responsables politiques ont appelé mercredi à prendre à bras le corps la question européenne. - © ERIC PIERMONT / AFP


Montée des populismes, Brexit, protectionnisme et défi technologique: à l'université d'été du Medef, chefs d'entreprise et responsables politiques ont appelé mercredi à prendre à bras le corps la question européenne.

Face aux Etats-Unis qui défendent leurs intérêts, y compris contre leurs alliés, et à la montée en puissance de la Chine, le ministre français des Finances Bruno Le Maire et son homologue allemand Olaf Scholz ont insisté sur la nécessité d'aller de l'avant avec la construction européenne, devant un patronat français acquis à leur cause.

"Nous refuserons les sanctions extraterritoriales américaines, et nous n'acceptons pas que les Etats-Unis deviennent le gendarme du commerce international. Nous travaillerons avec l'Allemagne main dans la main à un nouvel outil de financement indépendant," a déclaré M. Le Maire.

La mise en place d'un système de paiement européen permettrait à cet égard de contourner les sanctions américaines contre Téhéran, qui pénalisent nombre d'entreprises européennes.

Les deux ministres se sont dit déterminés à renforcer l'investissement et la coopération franco-allemande sur les nouvelles technologies dans lesquelles l'Europe accuse un retard face aux Américains et aux Chinois, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle.

"Qu'est-ce que nous voulons demain? Des batteries chinoises ou européennes ? Voulons-nous être créateurs de richesse ou acheter des richesses des autres ? Voulons-nous être indépendants ou vassaux? Je fais le choix de l'indépendance, de la création de richesse et je fais le choix de l'innovation européenne", a expliqué Bruno Le Maire.

"C'est une question de pouvoir, si nous voulons négocier sur un pied d'égalité avec les puissances politiques et économiques comme les Etats-Unis ou la Chine", lui a emboîté le pas M. Scholz.

Le vice-chancelier allemand a souligné qu'"il n'y a pas de solutions nationales à ces défis". Mais "malheureusement, un nombre croissant de personnes en Europe et au-delà se rallient aux réponses faciles données par les démagogues et les nationalistes", a-t-il poursuivi.

Ce constat a été partagé par le nouveau président de l'organisation patronale française, Geoffroy Roux de Bézieux, selon lequel "le rêve européen s'est évanoui dans les sables du repli identitaire, entre les pays d'Europe de l'Est au nationalisme marqué, les Anglais qui ont choisi de redevenir une île et les Italiens qui ont choisi la fuite en avant".

"Notre priorité numéro un est de relancer le projet européen", a martelé le président de Medef, qui a annoncé une campagne pour mettre l'accent sur les avantages concrets de l'UE avant les élections européennes de mai 2019, traditionnellement marquées en France par une forte abstention.

- exportateur net -

"L'Europe doit être un sujet majeur de notre action dans les mois qui viennent... Dans neuf mois, les peuples européens choisiront leurs représentants. A l'heure où nous parlons, la victoire d'une +Europe des populistes+ est un scénario tout à fait possible", a mis en garde M. Roux de Bézieux.

Même David Lidington, le secrétaire d’État britannique auprès de la première ministre Theresa May, a joué l'apaisement au sujet de l'issue des négociations avec l'Union Européenne sur le Brexit.

"Nous respectons la position de l'UE et ne cherchons pas à déstabiliser l'intégrité du marché unique que nous quittons", a-t-il déclaré un peu plus tôt dans l'après-midi après une réunion de travail avec des patrons représentant différents secteurs de l'économie française.

"Il s'agit de trouver un compromis susceptible de concilier les intérêts fondamentaux du Royaume-Uni et de l'Union européenne. Pas seulement nos intérêts. L'UE est un exportateur net de biens au Royaume-Uni", a ajouté M. Lidington face à la perspective grandissante d'absence d'accord à mesure qu'approche l'échéance de mars 2019.

"Dans le Brexit, le point noir numéro un, ça ne sera pas tellement les coûts, mais la réglementation. Les droits de douane feront que les produits seront un poil plus chers, mais ce sera pareil pour tout le monde. Le vrai sujet c'est la norme de droit, la norme technique, et l'incertitude" quand ces normes disparaissent, a détaillé pour sa part Bernard Spitz, président du pôle Europe du Medef.


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