Evacuation au coeur de Nantes d'un campement de 450 migrants

Evacuation d'un camp de migrants installé depuis plus d'un mois dans le centre-ville de Nantes, le 23 juillet 2018 - © Sébastien SALOM GOMIS / AFP


Plus de 450 personnes ont été évacuées lundi matin d'un campement de migrants installé depuis plus d'un mois dans un square du cœur de Nantes, qui présentait pour les autorités des risques "élevés" en terme de santé et de salubrité publiques.

L'opération a débuté vers 08H15, avec la mise en place d'un dispositif policier tout autour du square Daviais, situé près de la très centrale place du Commerce. Les migrants ont progressivement quitté les lieux dans la matinée, sans précipitation, après avoir reçu un papier leur signifiant leur évacuation, emportant avec eux quelques effets personnels mais laissant tentes et matelas.

Au total, 455 personnes ont été évacuées, a indiqué à l'AFP la préfecture de Loire-Atlantique.

D'abord composé d'une poignée de tentes dans la première quinzaine du mois de juin, le campement du square Daviais avait grossi de jour en jour, après les évacuations successives de deux bâtiments privés squattés, et au gré d'arrivées depuis l'Italie ou l'Espagne de migrants, essentiellement Soudanais et Érythréens.

Face à la situation sanitaire "préoccupante" de ce campement concentré dans un petit jardin public, avec un seul point d'eau et un seul sanitaire, et où la présence de rats et des cas de gale ont été signalés, des associations et la ville de Nantes en avaient appelé à l’État.

La mairie ayant refusé il y a une semaine de demander l'évacuation sans accueil des migrants "digne et organisé", la préfecture avait saisi en urgence le tribunal administratif de Nantes. Une expulsion "sans délai" de ce campement, où s'étaient réfugiés dans plus de 280 tentes des mineurs isolés, des femmes isolées avec des bébés et une famille, avait été ordonnée mercredi.

En milieu de matinée, le dispositif policier autour du square Daviais avait été considérablement allégé. Des militants associatifs s'employaient à replier les tentes et à regrouper matelas et duvets. Des sacs avec des affaires et du linge séchant sur des panneaux en bois ont été abandonnés sur place.

Les occupants du square ont été invités à se rendre dans une salle de la ville abritant un guichet unique d'accueil temporaire pour y faire examiner leur situation par les services de l’État.

- "Faux espoir" -

La préfecture a promis la mise à l'abri des "personnes les plus vulnérables" et celle des demandeurs d'asile "dans la limite des places disponibles", le dispositif d'accueil "étant actuellement saturé en région Pays de la Loire", et particulièrement à Nantes où les demandes d'asile ont augmenté de 28% en un an, là où d'autres grandes villes ont enregistré des baisses.

La préfecture avait annoncé le semaine dernière avoir trouvé "90 à 100 places" d'hébergement d'urgence dans toute la région. Dans un communiqué lundi, la préfecture indique avoir mobilisé des places "sur l'ensemble du territoire national".

Ils ont été "priés de se rendre au guichet unique en leur donnant un bout de papier, qui est un faux espoir parce qu'ils ne sont pas sortis de cette galère", a estimé François Prochasson, membre d'un collectif de soutien aux migrants.

"Pour l'instant, la préfecture a promis une centaine de places, ce qui veut dire qu'il y aura au moins 300 personnes qui vont dormir à la rue ce soir, sans tente. Ils vont s'installer ailleurs, dans un autre jardin public et on n'aura rien résolu. (...) C'est retour à la case départ", a-t-il déploré.

"Je n'ai rien, donc je ne peux rien faire. Je suis juste quelqu'un sans espoir, faible. Donc je fais ce qu'ils veulent que je fasse et s'ils veulent que je dorme à la rue, je dormirai à la rue", a témoigné en anglais un Soudanais lors de son évacuation du square Daviais.

Après examen des situations individuelles des migrants, "ceux qui ne peuvent prétendre ni à l'asile, ni au séjour, ou dont la demande d'asile relève d'un autre État membre de l'Union européenne, seront invités à quitter le territoire", souligne la préfecture dans son communiqué.


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