"Fêtes galantes" au château de Versailles: comme un air de carnaval de Venise

Deux participantes aux Fêtes galantes données au château de Versailles, le 28 mai 2018 - © LUDOVIC MARIN / AFP


"Oh qu'il est beau !..." Visage peint et gants blancs disparaissant sous des flots de dentelle, Bruno, en costume de "novice du Saint-Esprit", fait une entrée remarquée lundi soir aux 4e Fêtes galantes données au château de Versailles.

Sous sa perruque en poil de yack, ce Parisien de 57 ans, féru d'Histoire et passionné de costumes baroques, ne boude pas son plaisir et prend la pose avec sérieux, au côté de son mari Daniel en tenue de page tenant un palanquin à plumet.

Comme à Venise dont il fréquente le carnaval depuis trente ans, Bruno est heureux de déambuler, au milieu de 650 autres passionnés ou curieux costumés, dans la célèbre Galerie des Glaces ou les appartements privés du Roi Soleil, dans un habit qui a demandé à cet autodidacte quelque "1.000 heures de travail" de couture et de broderie.

Venise était le thème retenu pour cette soirée d'exception où chaque participant doit revêtir, selon les organisateurs, un costume baroque "de grande qualité" et débourser entre 135 et 410 euros, selon que l'on veut être roi/reine ou simple marquis(e), avec les "privilèges" afférents (buffet et champagne à discrétion ou pas, visites privées, etc.).

Dans les coursives de la Chapelle Royale, où résonne la musique sacrée de Couperin ou Charpentier, ou dans les galeries menant aux appartements du roi où l'on joue aux dés ou au billard, on pouvait ainsi croiser lundi soir un Casanova poudré plus vrai que nature, des duchesses masquées ou encore un duo de "procuratori" (ministres des doges) à l'habit écarlate.

On a là "des fanatiques de reconstitution de l'époque baroque. Il y a un côté jeu de rôles, mais c'est sérieux. Surtout, c'est le seul jour de l'année où un visiteur peut entrer costumé" dans l'ancienne résidence des rois de France, relève Laurent Brunner, directeur des spectacles du château de Versailles.

- "Magnificence" -

Pour lui, le but est de faire revivre aux participants l'esprit des "fêtes monstrueuses" qui se donnaient sous Louis XIV, grand amateur d'arts. "Il y avait un côté un peu Médicis", destiné à "montrer la magnificence du Roi, à marquer les esprits", ajoute M. Brunner.

Visiblement, la magie opère sur Kendall MacDonald, perruque vertigineuse et barbe fournie rehaussée de bijoux.

Cet artiste canadien est "plus qu'enchanté" d'avoir fait le voyage jusqu'en France pour "vivre le XVIIIe siècle": "A notre époque, il y a trop de restrictions sur la mode masculine. Jean-Paul Gaultier a dit +Les tissus n'ont pas de sexe+. Mais au XVIIIe, c'est vraiment ce qu'ils ressentaient!", s'enthousiasme le quinquagénaire, "honoré" de pouvoir parader dans la galerie aux 357 miroirs en attendant le bal.

"C'est la seule fois dans l'Histoire où le costume masculin l'emporte en splendeur sur le costume féminin", abonde Bruno, contrôleur de gestion à la ville.

Plus loin, dans son somptueux costume de théâtre de deux mètres d'envergure, Jeanne décrit "une fête de rêve, hors du temps, hors des soucis, hors de la médiocrité du quotidien". "Une fête de conte de fée", renchérit son époux. Un feu d'artifices sera tiré en fin de soirée dans les jardins à la française.

"Sans visiteur lambda, ça donne une dimension autre" à ces lieux chargés d'Histoire, se réjouissent Caroline et Marie-Agnès, deux "duchesses" normandes qui ont loué leurs costumes pour l'occasion.

Dans un salon attenant, deux Japonaises détonnent en costume de soubrette et semblent un peu perdues. "On ne savait pas trop comment se costumer et puis ça ne m'intéressait pas vraiment au départ. Mais maintenant que je ressens toute la puissance du lieu, cette atmosphère magique, j'ai changé d'avis", sourit Yoshida Norika, 30 ans.

Le puriste Bruno, qui raille les costumes en acrylique ça et là dans l'assistance, s'est déjà attaqué à sa prochaine "oeuvre": un habit de cardinal en faille de soie moirée qui devrait lui prendre "500 heures".


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