François de Rugy, un écolo réformiste pour prendre la difficile succession de Hulot

François de Rugy, nouveau ministre de l'écologie - © Eric FEFERBERG / AFP


Seul écologiste de poids de la majorité, le président de l'Assemblée nationale François de Rugy a pris mardi la succession de Nicolas Hulot, avec pour mantra de "l'action, encore de l'action et toujours de l'action".

A 44 ans, M. de Rugy obtient pour la première fois un portefeuille ministériel. Un choix logique pour Pascal Durand, proche de M. Hulot : "François de Rugy a donné des gages" à la majorité et "a de vraies convictions écolos", affirme l'ancien secrétaire national d'EELV à l'AFP.

Un parlementaire de la majorité se montre plus sévère: "Rugy, c'est le recroquevillement de la politique écologique, une énorme erreur mais en même temps un signal très clair", cingle-t-il.

Interrogé la semaine dernière sur RTL, M. de Rugy avait affirmé n'être "candidat à rien". Mais il avait aussi écrit sur Facebook qu'en matière d'écologie, "on ne peut plus se dérober devant la nécessité de l'action".

Chantre depuis toujours d'une écologie "réformiste", M. de Rugy avait rompu en août 2015 avec EELV, en critiquant la "dérive gauchiste" de ses camarades et leur choix de ne pas participer au gouvernement de Manuels Valls.

Ancien adjoint du maire de Nantes Jean-Marc Ayrault, ce n'est pas un macroniste de la première heure, ni un membre du premier cercle du président. Candidat à la primaire organisée par le PS et ses alliés pour la présidentielle, il avait annoncé dans la foulée son ralliement à Emmanuel Macron, en dépit de son engagement à soutenir le vainqueur Benoît Hamon.

"Je préfère la cohérence à l'obéissance", avait justifié le député, qui avait soutenu la déchéance de nationalité pendant le quinquennat Hollande.

Devenu vice-président de l'Assemblée après le départ de Denis Baupin en mai 2016, il a été élu au perchoir au début de la mandature.

- "Contesté" à l'Assemblée -

Au Palais Bourbon, M. de Rugy n'a pas fait l'unanimité, s'attirant la vindicte des Insoumis et des critiques au sein même de la majorité, en raison notamment de ses attaques contre les "multirécidivistes de l'absence".

"Ca bosse ici", lui avait rétorqué en février le président du groupe LREM Richard Ferrand, dont le nom est cité pour lui succéder au perchoir.

"Oui, il est contesté", affirmait en juin un député LREM, soulignant l'incapacité du député de Loire-Atlantique à avoir un "discours fédérateur". Autre reproche : on a "rapidement compris qu'il ne tiendrait pas sa promesse de remettre en jeu la présidence au bout de deux ans et demi, alors qu'il a été élu sur cet engagement", une critique qui s'éteint avec sa nomination au gouvernement.

Opposé à la limitation du droit d'amendement parlementaire, M. de Rugy a aussi appelé en juin le gouvernement à "mettre de l'ordre dans l'ordre du jour". Mais l'opposition ne lui en a pas particulièrement su gré, le député PCF Sébastien Jumel y voyant les "coups de menton" et "fausses colères" d'un président ayant "dealé un affaiblissement du Parlement", via le projet de réforme institutionnelle.

Pour M. de Rugy, ces inimitiés découlent en partie de sa volonté de moderniser l'institution - il a lancé en ce sens un vaste chantier toujours en cours.

Issu de la noblesse, et "assez souvent" attaqué sur son nom (patronyme complet: François Goullet de Rugy), selon son entourage, il n'a pourtant ni "château", ni trésor" et des parents enseignants.

Ce diplômé de Sciences Po a d'abord été assistant parlementaire du groupe Radical citoyen et Vert de 1997 - date de son adhésion aux Verts, après un passage à Génération écologie - à 2002.

A partir de 2001, il a été adjoint aux transports du maire de Nantes d'alors, Jean-Marc Ayrault. Il a été élu député en 2007 puis en 2012, avec le soutien du PS.

Père de deux enfants, il a épousé en décembre la journaliste de Gala Séverine Servat.

"Très attaché à la Bretagne", selon son entourage, il aime la pêche en mer, notamment au homard, les biographies et la variété française, de Renaud à Johnny Hallyday. Ce qui ne l'a pas empêché d'inviter le mauvais garçon du rap français Joey Starr à déclamer en mars de grandes pages des discours parlementaires sous les ors de l'hôtel de Lassay.


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