Gironde: la main d'oeuvre saisonnière se fait rare dans les châteaux viticoles

Les travaux d'entretien des vignes sont de gros consommateurs d'emplois, spécialisés comme saisonniers, mais les châteaux viticoles manquent cruellement de bras cet été en Gironde. - © GEORGES GOBET / AFP/Archives


Couper les rameaux sans fruit, relever les autres, effeuiller: les travaux d'entretien des vignes sont de gros consommateurs d'emplois, spécialisés comme saisonniers, mais les châteaux viticoles manquent cruellement de bras cet été en Gironde, avec parfois la moitié des offres non pourvues.

"Des tractoristes, mécaniciens, chefs d'équipe et des saisonniers pour les travaux d'avril à fin août. Ca fait deux, trois ans que c'est un souci. Cette année est pire que les autres", déplore Sophie Lauret, de l'entreprise de prestation de services des travaux de la vigne et du vin, Banton Lauret, près de Saint-Emilion (Gironde).

Ce manque de main d'oeuvre chronique touche toute la France, notamment les bassins viticoles du Languedoc-Roussillon et le grand Est, selon l'Association nationale emploi formation en agriculture (Anefa), qui n'est toutefois pas en mesure de donner des statistiques globales.

En Gironde, premier employeur de France en agriculture, sur les 2.150 postes saisonniers proposés par l'Anefa, seules 1.000 personnes ont répondu présentes.

Le manque de valorisation de cette filière, les risques en terme de santé avec l'utilisation de produits toxiques, le travail physique, des horaires spécifiques et des salaires ne dépassant pas le Smic (1.170,69 euros net par mois) sont autant de freins au recrutement. Surtout la pénurie de logement, en particulier dans le Médoc, et le manque de moyen de locomotion dans le plus grand département de France métropolitaine, sont aussi en cause.

Le contexte économique joue un grand rôle, "avec la reprise économique de l'Espagne et la concurrence des autres activités économiques locales, service, commerce, bâtiment", estime l'Anefa. Facteur aggravant: les besoins en main d'oeuvre diminuent dans les vignes lorsqu'elles sont touchées par des aléas climatiques comme le gel l'année dernière (60.000 hectares frappés en Gironde), poussant les saisonniers à se diriger vers d'autres secteurs d'activités, précise l'association.

- Absentéisme -

Pour attirer les travailleurs, des primes, des paniers repas, des autocars sont parfois proposés, surtout pour les fidéliser. Mais cela reste insuffisant: des châteaux éprouvent des difficultés à recruter du personnel qualifié (tractoristes par exemple) et les ouvriers, une fois formés, ne restent pas toujours.

Chaque jour, l'entreprise Banton Lauret se débat avec un fort taux d'absentéisme. Un matin de juillet, par exemple, 882 personnes étaient inscrites pour travailler mais 720 seulement se sont présentées, selon la société, active dans les grands terroirs du Bordelais (Saint-Emilion, Médoc, Pessac-Léognan, etc.)

Difficulté supplémentaire, ses clients ont parfois besoin d'un important nombre de travailleurs mais pour une très courte durée. "On manque de saisonniers. On a des pics de main d'oeuvre sur deux ou trois jours et nous cherchons 15 à 20 personnes" pour le relevage des rameaux de vigne et l'effeuillage, s'inquiète Yann Todeschini, co-propriétaire des châteaux Mangot en appellation Saint-Emilion grand cru et La Brande en Castillon côte de Bordeaux.

"Il faut que tout soit fait avant la fin de la semaine. Il y une forte pression sur les maladies avec la météo", souligne-t-il, expliquant qu'en agriculture biologique, les besoins en main d'oeuvre sont 25 à 30% plus important qu'en agriculture conventionnelle.

La demande pour les travaux des vignes se concentre principalement au printemps et en été, avec la moitié des offres d'emplois saisonnières, car les vendanges sont aujourd'hui majoritairement mécanisées, précise Pôle emploi. L'organisme public a toutefois réussi à pourvoir les 10.000 offres qu'elle proposait dans le domaine viticole.

Selon son enquête annuelle auprès des employeurs, 32.000 demandes d'emploi ont été recensées pour cette année.

"Aujourd'hui le rapport de force s'est inversé, constate Grégory Cluzes, responsable des statistiques à Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine. Le saisonnier peut décider où il veut aller travailler".


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