Première université d'été du féminisme, sur fond de polémique

Marlène Schiappa à Tours, le 11 septembre 2018 - © GUILLAUME SOUVANT / AFP


La première Université d'été du féminisme, organisée jeudi et vendredi par le gouvernement, ambitionne de "combattre le sexisme au quotidien" dans la dynamique du mouvement #MeToo, mais déjà des voix s'élèvent contre la présence de certains intervenants, jugés peu consensuels.

Par cette initiative, la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, dit vouloir "donner la parole à des associations, personnalités ou experts très variés, avec comme véritable ambition de mettre les projecteurs sur les femmes et les hommes qui sont engagés pour l'égalité".

Au programme des deux journées qui auront lieu à la Maison de la radio, à Paris des cartes blanches à des associations de défense de droits des femmes et des conférences et tables rondes aux thèmes aussi variés que: "S'engager pour l'égalité femmes-hommes", "Féminisme et voile", "Comment atteindre l'égalité au travail ?" ou "Peut-on être féministe et mère au foyer ?".

Pour en débattre, des personnalités du monde associatif comme Véronique Séhier, co-présidente du Planning familial, l'historienne Michelle Perrot, la sociologue Irène Théry, des personnalités du milieu culturel, sportif, médiatique, des partenaires sociaux...

L'événement -- une première pour un secrétariat d'État -- accueillera aussi des membres du gouvernement (Muriel Pénicaud, Benjamin Griveaux) ou du parti au pouvoir comme la déléguée nationale à l'action internationale et des Français de l'étranger de LREM, Astrid Panosyan.

Ce panel, très large, n'a pas enchanté tout le monde... Dans une tribune intitulée "Madame Schiappa, il n'y a pas de +féminisme mais...+", publiée dans le journal Libération du 3 septembre, la réalisatrice, scénariste et militante féministe Léa Domenach s'étonne notamment de la présence de l'animateur-philosophe Raphaël Enthoven ou de la journaliste Élisabeth Lévy, signataire de la tribune des 100 femmes pour "la liberté d'importuner".

- 300.000 euros -

"On ne peut pas être féministe et penser qu'il n'y a pas ou plus de domination masculine. Ce simple constat fait par Elisabeth Lévy dans ses écrits, la discrédite. Car s'il n'y a pas d'ennemi, il n'y a pas de combat. Quant à Raphaël Enthoven, ses prises de position à l'antenne sont comme autant de claques dans la figure des féministes", écrit Mme Domenach.

Apporter une "parole contre" à un événement pourtant "nécessaire", "c'est obliger les femmes à justifier leur combat", selon elle.

Élisabeth Lévy doit participer jeudi à la table-ronde "Peut-on être féministe et conservatrice ?" face à la philosophe Martine Storti, connue pour son implication dans le Mouvement de Libération des Femmes. Raphaël Enthoven introduira la conférence "Le féminisme, une histoire de femmes et d'hommes ?", jeudi après-midi.

Le féminisme n'est "ni une secte ni une marque déposée", s'est justifiée Mme Schiappa, dans une autre tribune publiée quatre jours après le texte de Mme Domenach, dans le même quotidien.

"Le mouvement féministe n'a jamais été monolithique et a toujours été traversé de différents courants se croisant et, parfois, s'affrontant", a-t-elle ajouté, prônant "le droit à la parole".

Reste que la sociologue Christine Delphy dit à l'AFP "comprendre le malaise". Cette militante, cofondatrice de la revue "Nouvelles Questions féministes", voit dans cet événement une "tentative de récupération par la chose politique du mouvement féministe".

"Il n'y a pas besoin d'Université d'été avec des personnalités médiatiques pour répandre les idées féministes, elles passent dans la rue, par internet, sur les blogs", estime-t-elle. Néanmoins, "il faut y aller et débattre, pour réfuter l'idée que l'anti-féminisme est un courant du féminisme".

"Il faut prendre tous les espaces pour s'exprimer, peu importe les autres thématiques ou invités", estime quant à elle Louise Delavier, de l'association "En avant toute(s)" qui aide les adolescentes et jeunes femmes victimes de violences conjugales ou de cyberharcèlement et interviendra jeudi.

Selon l'édition du Canard enchaîné à paraître mercredi, citant des informations du secrétariat d'Etat, le coût de cet événement est de 300.000 euros. Une somme qui "tirera une larme aux associations (...) en proie à la rigueur budgétaire de l'État", raille le journal satirique.


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