Se reposer ou continuer à chercher? Le choix délicat des chômeurs en été

Si la période estivale, moins propice aux embauches avec une économie au ralenti, angoisse certains demandeurs d'emplois, d'autres prennent des vacances parce que "chercher un empl - © PHILIPPE HUGUEN / AFP/Archives


Recruteurs en vacances, besoin de souffler, temps pour réfléchir: si la période estivale, moins propice aux embauches avec une économie au ralenti, angoisse certains demandeurs d'emplois, d'autres prennent des vacances parce que "chercher un emploi, c'est un travail en soi".

"J'ai beau remuer les choses, chercher des annonces et répondre, il n'y a pas grand chose, à un moment, il faut se faire une raison, c'est pas le moment, donc profitons-en pour voyager et bouger quand on peut", explique Isabelle, 44 ans, sans emploi depuis janvier dans le secteur de l'animation auprès d'associations, d'écoles ou de mairies.

Elle est partie mi-juillet en Corse rejoindre sa famille en s'accordant une pause d'un mois. Les vacances sont essentielles pour les chômeurs, rappelle en effet Vincent Godebout, délégué général de Solidarités nouvelles face aux chômages (SNC), une association d'accompagnement des chômeurs qui aide Isabelle.

"Chercher un emploi, c'est un travail en soi, il faut que les chercheurs d'emploi s'accordent une période pour souffler en famille, entre amis, etc., pour recharger aussi les batteries pour repartir", souligne-t-il.

S'il leur est possible de se ressourcer, c'est aussi parce que l'économie tourne au ralenti pendant la période estivale. Durant "les mois de juillet-août, en moyenne, il y a à peu près 20% d'offres nouvelles en moins que lors des autres mois de l'année", souligne un porte-parole de Pôle emploi.

Quant aux embauches pour des contrats d'un mois ou plus, elles "(continuent) à se faire beaucoup au mois de juillet" avant "une baisse de l'ordre de 20 à 30%" en août comparé au reste de l'année.

Les recrutements saisonniers ont surtout lieu "avant l'été", rappelle Pôle emploi, mais dans des secteurs comme l'agriculture ou la restauration, "il y a toujours des postes qui deviennent vacants et qui ont besoin d'être pourvus rapidement".

"Il y a pas mal d'entreprises qui vont en réalité (...) pendant l'été également préparer leur recrutement pérenne notamment pour la rentrée", complète Mélanie Bertaud, directrice de l'agence Pôle emploi d'Asnières-sur-Seine, en région parisienne.

- "Personne ne décroche" -

Vincent Godebout voit même dans la période une opportunité pour des "profils atypiques" de se faire remarquer par des recruteurs "un peu plus disponibles, un peu plus à l'écoute".

Pour autant, Isabelle peinait à dénicher des renseignements auprès de recruteurs: "C'est vraiment laborieux, ça tombe souvent dans le vide, personne ne décroche." Pour la rentrée, elle n'a jusqu'ici qu'une seule piste.

Car en septembre à l'inverse, les embauches vont retrouver un rythme bien plus soutenu. Pôle emploi parle de "60% (au-dessus) de la moyenne des autres mois".

Certains demandeurs d'emploi, surtout ceux qui ont déjà eu une longue carrière et n'ont jamais connu le chômage auparavant, angoissent de ne pas retrouver un travail à la rentrée, raconte Catherine Hervé, conseillère Pôle emploi à Saint-Médard-en-Jalles, à côté de Bordeaux.

Son agence s'organise pendant l'été: "on gère son portefeuille de demandeurs plus celui d'un absent" pour essayer "de faire en sorte qu'il n'y ait pas de vide au Pôle emploi".

Mais Isabelle affirme néanmoins s'être "sentie un peu seule", notamment parce qu'elle ne savait pas vraiment si elle pouvait solliciter SNC pendant l'été et aussi en raison du manque de réponses de sa conseillère Pôle emploi.

Elle y voit du positif: "Ca m'a permis aussi un petit peu de me prendre en main et de me dire: +voilà je peux aussi me débrouiller par moi-même+".

Plutôt que de retoucher sa lettre de motivation et son CV, "à jour depuis mai", elle profite donc de l'été pour réfléchir aux offres qu'elle serait "prête à accepter" et à quelles conditions.


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