Attaque meurtrière contre le siège de la Compagnie nationale de pétrole à Tripoli

Le siège de la Compagnie nationale de pétrole de Libye endommagé par une attaque à Tripoli le 10 septembre 2018 - © Mahmud TURKIA / AFP


Au moins deux personnes ont été tuées lundi lors d'une attaque attribuée à des jihadistes, contre le siège de la Compagnie nationale de pétrole (NOC) dans la capitale libyenne, qui sort à peine de plusieurs jours d'affrontements meurtriers entre groupes armés rivaux.

L'attaque, qui n'a pas été revendiquée, a été qualifiée de "terroriste" par la mission de l'ONU en Libye et le gouvernement d'union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale.

Elle a visé un secteur stratégique et vital qui fournit à la Libye plus de 95% de ses revenus et intervient quatre mois après un attentat du groupe Etat islamique (EI) contre le la Haute commission électorale, qui avait fait 14 morts, à Tripoli.

Un fonctionnaire de la NOC a indiqué que des hommes armés cagoulés avaient attaqué le siège de la compagnie publique après avoir échangé des tirs avec des gardes.

"J'ai sauté par la fenêtre avec d'autres collègues. Puis nous avons entendu une explosion", a-t-il ajouté sous couvert de l'anonymat.

La Force d'Al-Redaa ("dissuasion" en français), groupe armé qui fait office de police à Tripoli, a affirmé avoir trouvé "les restes de kamikazes" dans le bâtiment, photos à l'appui.

Son porte-parole Ahmed Ben Salem, a indiqué que deux kamikazes s'étaient fait exploser aux deuxième et troisième étages.

Dans un communiqué, la NOC a déploré deux morts et dix blessés parmi son personnel, confirmant ainsi le bilan du ministère de la Santé.

"Plusieurs explosions ont eu lieu à l'intérieur du bâtiment, ainsi que des tirs nourris", a ajouté la compagnie, ajoutant qu'un "certain nombre de membres du personnel" avaient été brièvement pris en otage.

Dans une déclaration à la presse, le chef de la Sécurité de Tripoli, Salah al-Semoui, a attribué l'attaque à l'EI, sans donner plus de détails.

Situé près du centre de la ville, le siège de la NOC de cinq étages avait pris feu mais l'incendie a été rapidement maîtrisé. Plusieurs employés se sont réfugiés sur le toit pour échapper à la fumée, avant d'être évacués par la protection civile.

- "Terroriste et lâche" -

La mission de l'ONU en Libye (Manul) a "condamné fermement l'attaque terroriste et lâche" et a appelé les "Libyens à renoncer aux conflits secondaires inutiles et à s’unir, en partenariat avec la communauté internationale, pour éradiquer le fléau du terrorisme à travers le pays".

La Manul fait référence aux récents combats entre groupes rivaux près de Tripoli, qui ont fait au moins 63 morts et 159 blessés entre le 27 août et le 4 septembre.

Le GNA a estimé dans un communiqué que "les terroristes" ont profité des combats pour "s'infiltrer et commettre leur crime, au moment où nous étions appelés à unifier nos rangs...".

Les affrontements ont marqué une pause le 4 septembre après la signature d'un accord de cessez-le-feu, sous l'égide de l'ONU.

Globalement respecté, cet accord ne résout toutefois pas les dissensions entre les multiples groupes armés, qui ont maintenu leurs positions dans et autour de la capitale.

Peu après son évacuation avec ses collègues, le patron de la NOC Mostafa Sanalla a précisé que l'attaque n'avait pas affecté la production et les opérations de la compagnie.

"Cet incident sert toutefois à démontrer la fragilité de la sécurité dans notre pays", a a ajouté M. Sanalla cité dans un communiqué de la NOC.

La semaine dernière, la compagnie a annoncé qu'elle prévoyait une hausse de 80% de ses revenus pétroliers, à 23 milliards de dollars, contre 13 milliards en 2017.

Selon la NOC, les revenus ont atteint à fin juillet 13,6 milliards USD, dépassant le total des recettes sur toute l'année 2017.

La NOC a précisé que ces performances avaient été réalisées malgré les pertes engendrées cet été par l'arrêt des exportations durant plusieurs semaines dans l'est du pays, en raison d'un bras de fer entre autorités rivales sur la gestion des recettes de l'or noir.

Celles-ci représentent plus de 95% des revenus de la Libye, pays qui a plongé dans le chaos après la chute de la dictature de Mouammar Kadhafi en 2011.


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