Face à la crise du peso, l'Argentine annonce un plan d'austérité

Des manifestants protestent contre la politique économique du gouvernement devant un bureau de change le 3 septembre 2019 à Buenos Aires - © Juan Mabromata / AFP


L’Argentine a annoncé lundi de nouvelles mesures d'austérité, la suppression de plusieurs ministères et une plus forte taxation des exportations, afin d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2019 et stabiliser son économie, confrontée à un effondrement du peso.

L'annonce n'a pas eu pour effet d'enrayer la chute du peso. Lundi vers 13h00, il continuait sa chute (-4%).

Depuis le début de l'année, le peso a perdu plus de 50% de sa valeur face au dollar et la Banque centrale a engagé des mesures drastiques et coûteuses pour freiner la dégringolade, en vain.

"Cette crise, ce n'est pas une de plus, elle doit être la dernière. Nous avons tout pour nous en sortir", a déclaré lundi le président argentin de centre droit Mauricio Macri.

Les mesures annoncées "vont accélérer le programme d'austérité, mais elles ne répondent pas suffisamment aux attentes", estime Edward Glossop (institut britannique Capital Economics).

- Mardi au FMI -

Cette annonce intervient à la veille d'une réunion mardi à Washington où l'Argentine va demander au Fonds monétaire international une accélération du programme d'aide à la 3e économie d'Amérique latine. En juin, le FMI avait attribué un prêt de 50 milliards de dollars sur trois ans à l'Argentine.

"Nous savons qu'avec cette dévaluation (du peso), la pauvreté va augmenter", a déploré le président, promettant "le renforcement des allocations, des programmes alimentaires et le plafonnement du prix de certains produits de base", pour amortir le choc.

"Nous devons faire face à un problème de base: ne pas dépenser plus que ce que nous avons, nous devons tous faire les efforts pour équilibrer les comptes de l’État. Nous allons demander à ceux qui en ont la plus grande capacité, de contribuer, ceux qui exportent".

"Il fallait accélérer l'ajustement fiscal et qu'il soit politiquement viable", explique l'économiste Federico Furiase.

Sur 22 ministères, 10 seront supprimés, une décision qui se traduira par une baisse du budget et des effectifs.

Après l'intervention du président, le ministre de Economie, Nicolas Dujovne, a précisé les mesures: l'objectif fixé est de parvenir à l'équilibre budgétaire dès 2019, alors que l'objectif pour 2019 était un déficit de 1,3% du PIB dans le cadre de l'accord avec le FMI conclu en juin.

Alors que le déficit était passé de 6% en 2015 à 3,9% en 2017, le gouvernement s'était engagé auprès du FMI à le réduire à 2,7% du PIB cette année, puis 1,3% en 2019, et de parvenir à l'équilibre en 2020.

"L’Argentine traîne depuis 70 ans un déficit chronique. En réduisant le déficit budgétaire, la nécessité d'émettre de la dette diminue. L'unique manière de construire un pays stable et d'éradiquer la pauvreté, est d'assainir nos comptes publics", a souligné le ministre de l’Économie, reconnaissant "des erreurs".

Pour le politologue Sergio Berenzstein, "tout ce qui n'a pas été fait de manière programmée et censée, va devoir se faire dans l'urgence".

Le gouvernement avait déjà pris des mesures de rigueur budgétaire en réduisant les subventions de l'Etat aux consommateurs de gaz et d'électricité, le nombre d'employés du secteur public et en renonçant à lancer des grands chantiers d'infrastructures.

M. Dujovne devait partir lundi soir pour Washington. Mardi, il a rendez-vous avec la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, pour négocier une révision de l'accord signé en juin entre l'Argentine et le FMI.

En plus de la crise monétaire et de l'inflation, l'économie tourne au ralenti. Le gouvernement prévoit une récession en 2018, avec un recul du PIB de 1%, après une croissance de près de 3% en 2017. L'inflation devrait dépasser les 30% en 2018.

La baisse du pouvoir d'achat est généralisée dans ce pays de 41 millions d'habitants, où les mécanismes de revalorisation des salaires ont dans la plupart des cas un temps de retard sur l'inflation. Un grève générale est annoncée le 25 septembre.

Angela Tognelli, une secrétaire mère de deux enfants, fait la queue pour payer sa facture d'électricité de 4.600 pesos (110 euros): "La précédente était de 1.600 et j'ai eu du mal à la payer. Je ne supporte plus ces sacrifices et on annonce que le gaz va augmenter de 100%, les médicaments, le ticket de bus. On n'en voit pas la fin".

Selon ING Economics, si avec ces annonces, l'Argentine n'arrive pas à stopper la chute de la monnaie, "il sera nécessaire d'envisager d'autres options plus drastiques, comme par exemple le contrôle des capitaux".

L'action que le gouvernement "a été contraint d'adopter pour contrer la crise monétaire, pourrait approfondir la récession, le PIB pourrait reculer de 2% en 2018", avertit ING.


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