Japon: l'aéroport du Kansai paralysé, répercussions nationales

L'aéroport international du Kansai (KIX) inondé après le passage du typhon Jebi, photographié le 5 septembre 2018. - © JIJI PRESS / JIJI PRESS/AFP


Le Japon, frappé par de nombreux désastres naturels cet été, s'en remettra économiquement, mais cette série noire a mis en lumière la vulnérabilité d'infrastructures majeures, à commencer par le très fréquenté aéroport du Kansai.

La région d'Osaka (ouest), balayée par le dévastateur typhon Jebi la semaine dernière, "représente 10,9% de la richesse japonaise", relève Kohei Iwahara, économiste chez Natixis Japan Securities. "C'est un peu plus que la Belgique et quasi l'équivalent de la Suède".

Le Kansai héberge surtout une pièce maîtresse pour le tourisme et la distribution de marchandises: l'aéroport KIX, près d'Osaka, mis à mal par le passage du cyclone.

Pistes inutilisables, site isolé du monde, des milliers de voyageurs bloqués pendant 24 heures. Même plusieurs jours après, le troisième aéroport du pays, avec 28 millions de passagers par an, dont 22 millions de voyageurs internationaux, est loin de fonctionner normalement. Il n'avait pu accueillir que moins de 100 vols mardi, contre une moyenne habituelle de 400 par jour.

- Exposé aux désastres -

Outre les lourds dégâts subis par diverses installations, le pont, unique accès à la terre ferme, a été percuté et endommagé par un pétrolier.

"La question est: combien de temps cela va-t-il durer?", s'interroge M. Iwahara.

C'est une énième péripétie pour KIX, qui a ouvert en 1994 après un chantier colossal dans la baie d'Osaka, à 5 km de la côte, pour éviter les nuisances sonores.

Il s'agissait du premier aéroport au monde entièrement construit sur une île artificielle. Cette prouesse a un revers: le tassement sous le poids de l'aéroport, qui s'enfonce doucement dans la mer et se trouve à la merci des désastres naturels.

Il a dû se doter au fil des ans d'une panoplie de coûteux dispositifs faisant gonfler sa dette à plusieurs milliards d'euros: contre les pluies diluviennes, un système d'évacuation d'eaux; contre les grosses vagues et tsunamis, de hauts murs; enfin contre les marées hautes provoquées par les typhons notamment, une paroi étanche souterraine.

- Craintes pour le tourisme -

Mais ces mesures n'ont visiblement pas suffi contre le violent cyclone Jebi, coup dur au moment où la plateforme est en pleine expansion, sous l'impulsion d'un tandem franco-japonais (Orix et Vinci Airports).

"Toutes les leçons seront tirées de cet épisode climatique exceptionnel. Si des mesures correctives doivent être prises, elles seront prises", assure le service de presse de Vinci.

KIX attire une foule de visiteurs d'Asie, de par la proximité des villes touristiques de Kyoto et Nara.

C'est aussi un pôle central pour le transport des marchandises: "5.300 milliards de yens de biens, dont beaucoup de semi-conducteurs et composants électroniques, partent de là, soit 7,2% des exportations du Japon", précise le professeur Yoshihisa Inada, de l'Asia Pacific Institute of Research, basé à Osaka.

"Les compagnies peuvent cependant opter assez facilement pour des itinéraires différents", estime l'universitaire, qui s'inquiète davantage de l'incident sur un secteur touristique florissant.

"Sur les 28 millions de visiteurs de l'archipel en 2017, 10 millions se sont rendus dans le Kansai et y ont dépensé 885 milliards de yens (6,8 milliards d'euros)", note M. Inada. "Si la situation actuelle de l'aéroport continue pendant un mois, comment compenser le manque à gagner?"

- Black-out à Hokkaido -

Avant Jebi, suivi du puissant séisme qui a frappé l'île de Hokkaido (nord), le Japon avait subi des pluies diluviennes au début de l'été. L'agence nationale du tourisme avait noté "des annulations et un impact sur la demande de Corée du Sud et Hong Kong".

Cette succession de catastrophes "va dissuader les touristes à court terme, mais ils reviendront", tempère l'analyste de Natixis, M. Iwahara.

Les récents désastres ont aussi souligné les défaillances du réseau électrique: à Hokkaido, l'arrêt automatique de la principale centrale thermique, située près de l'épicentre, a conduit à une coupure de courant instantanée et générale touchant trois millions de clients, du jamais vu.

Le retour complet à la normale n'est pas prévu avant novembre au plus tôt. Et même si le courant est rétabli, les habitants et entreprises sont appelés à la parcimonie, alors même qu'il ne fait déjà plus que 5 degrés ou moins la nuit dans cette région septentrionale.

La pénurie de courant touche des hôpitaux, dont certains dépourvus de groupes électrogènes, des fermes laitières, nombreuses dans cette région agricole, et des usines, avec des répercussions dans tout le pays. Le constructeur automobile Toyota a dû temporairement suspendre l'ensemble de ses lignes d'assemblage de véhicules faute de pièces.

Au Japon toutefois, le chaos ne dure jamais trop longtemps. "Les tremblements de terre et les typhons font partie de notre quotidien. Sur le plan économique, nous aurons tout surmonté en quelques mois", estime Kohei Iwahara.


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