Pérou: prison à perpétuité pour dix dirigeants du Sentier lumineux

Le dirigeant de la guérilla du Sentier lumineux Abimael Guzman à l'ouverture de son procès dans la base militaire de Callao près de Lima, le 28 février 2017 - © Ernesto BENAVIDES / AFP/Archives


Un tribunal péruvien a condamné mardi à la prison à perpétuité dix dirigeants de la guérilla maoïste péruvienne du Sentier lumineux, dont son chef historique Abimael Guzman, âgé de 83 ans et qui purge déjà une peine à vie, pour un attentat qui avait fait 25 morts en 1992.

Après 20 mois de procès, les trois juges de la Cour pénale nationale ont rendu leur sentence à l'issue de six heures d'audience retransmise en direct à la télévision, à la veille de l'anniversaire de l'arrestation d'Abimael Guzman, le 12 septembre 1992.

"Les ennemis du Pérou doivent rester incarcérés en permanence", a tweeté le président péruvien Martin Vizcarra.

Abimael Guzman et l'état-major du Sentier lumineux, qui a mené un violent combat contre l'Etat dans les années 1980 à 2000, devaient répondre d'un attentat à la voiture piégée dans le quartier chic de Miraflores à Lima le 16 juillet 1992, qui avait fait 25 morts et plus de 150 blessés.

Prenant pour cible des civils pour la première fois de l'histoire du pays, l'attaque avait profondément choqué le Pérou. Aujourd'hui, une fontaine et un monument sont érigés sur le site de l'attentat en mémoire des victimes.

À côté d'Abimael Guzman sur le banc des accusés, se trouvaient son épouse et ex-numéro 2 du mouvement, Elena Iparraguirre, ainsi qu'Osman Morote et Margot Liendo, importants dirigeants de l'organisation déjà assignés à résidence.

Sur les douze accusés, Elizabeth Cardenas a été acquittée et Moises Limaco n'a pu être condamné alors qu'il est en fuite, après avoir comparu lors d'audiences préliminaires en 2017.

Également poursuivis pour trafic de drogue, les dirigeants du Sentier lumineux n'ont pas été condamnés pour ce motif faute de preuves.

- "Le Pol Pot des Andes" -

L'audience s'est déroulée sur la base navale de Callao près de Lima, où Abimael Guzman est détenu. Vêtu d'une veste marron et d'une chemise noire à rayures blanches, Guzman est resté assis, tête baissée, avec les autres accusés.

Durant l'audience, il a qualifié le procès de "farce", assurant n'avoir "rien à voir" avec cet attentat qu'il a qualifié d'"erreur" commise par ses sympathisants. Une version réfutée par l'ancien numéro trois du Sentier lumineux, Oscar Ramirez Durand, qui a accusé Guzman et demandé pardon aux familles des victimes.

Abimael Guzman, surnommé le "Pol Pot des Andes" en raison de la cruauté du Sentier lumineux, est incarcéré depuis sa capture à Lima en 1992, sous la présidence d'Alberto Fujimori (1990-2000) qui avait lancé une féroce répression du mouvement. Son arrestation a amorcé la fin du conflit qui ensanglantait le pays.

La commission Vérité et Réconciliation a chiffré en 2003 à quelque 70.000 les morts ou disparus durant les 20 ans de conflit entre l'armée et les guérillas du Sentier lumineux (maoïste) et du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA, guévariste).

Ancien professeur de philosophie de l'université d'Ayacucho (sud), Abimael Guzman avait créé son mouvement en 1969 sous le nom de Parti communiste du Pérou-Sentier puis lancé en mai 1980 ce qu'il appelait une "guerre populaire".

En 2006, un tribunal civil l'a condamné à finir sa vie en prison, confirmant la peine prononcée en 1993 par un tribunal militaire à l'issue d'un procès sommaire annulé en 2003 par la Cour constitutionnelle.

Des restes du Sentier lumineux coopérant avec les trafiquants de drogue demeurent dans le centre, dans la vallée des rios Apurimac, Ene et Antaro, principal secteur de la production de coca au Pérou.

L'état d'urgence en vigueur depuis trente ans dans l'Alto Huallaga (nord), province amazonienne réputée pour la culture illégale de coca et ancien refuge du Sentier lumineux, a été levé en juin 2015.


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