Suède: l'extrême droite vers une forte poussée aux législatives

Le chef du parti anti-immigration Démocrates de Sudède (SD) Jimmie Akesson lors d'un discours de campagne à Landskrona, dans la sud de la Suède le 31 août 2018 - © Johan NILSSON / TT News Agency/AFP


Un vent de "dégagisme" souffle sur la Suède où l'extrême droite anti-immigration devrait réaliser une forte poussée aux législatives du 9 septembre, aux dépens des partis traditionnels menacés par un vote sanction.

Les sociaux-démocrates devraient rester le premier parti de Suède si, avec les deux autres partis de gauche (ex-communistes et écologistes), le bloc "rouge-vert" dominait en nombre de voix l'Alliance de droite.

Mais le Parti ouvrier social-démocrate, force dominante de la vie politique suédoise, pourrait réaliser son plus mauvais score depuis plus d'un siècle, devant les Modérés (conservateurs) ou les Démocrates de Suède (SD), parti anti-immigration.

Les sociaux-démocrates sont crédités de 23,8% des voix, devant SD (20%) et les conservateurs (17%), selon un sondage de l'institut Skop publié dimanche, à une semaine du scrutin. D'autres sondages donnent SD en troisième position.

A 40,6%, la gauche devancerait la droite de quatre points.

Que s'est-il passé, dans ce royaume luthérien épris d'égalité et de consensus pour qu'un parti issu de la mouvance néonazie "impose son ordre du jour", selon l'expression du politologue Ulf Bjereld.

La Suède de 2018 offre toujours ses vieilles images d'Epinal avec son cortège de landaus poussés par de jeunes pères, ses cyclistes casqués et sa forêt de drapeaux "bleu et jaune" dressés aux balcons, dans les vitrines des magasins.

Seules les affiches de campagne témoignent d'un changement de ton dans le débat public: "Non à l'appel à la prière", "Parler suédois pour devenir suédois, ce n'est pas une évidence?" ou encore "Se haïr ou se parler?".

Quel que soit le résultat, d'intenses marchandages seront nécessaires avant de voir émerger une coalition de gouvernement qui sera vraisemblablement minoritaire et devra trouver du soutien au parlement.

- Vote sanction -

A ce jeu, les Démocrates de Suède ont promis de se montrer gourmands même s'ils n'ont aucune chance d'intégrer un cabinet tant que résiste le "cordon sanitaire" des partis traditionnels.

"On va faire valoir nos conditions et mettre en avant nos positions sur (...) la politique d'immigration, la lutte contre la criminalité, la santé", avertit Jimmie Åkesson, leader du parti d'extrême droite, dans un entretien à l'AFP.

Sa formation siphonne les électeurs conservateurs, mais aussi sociaux-démocrates et affiliés à la puissante confédération syndicale LO.

Salariés modestes, retraités et primo-électeurs, ils reprochent à Stefan Löfven d'avoir hypothéqué leur bien-être en ouvrant les frontières aux demandeurs d'asile perçus "comme une menace économique et culturelle", analyse le sociologue Jens Rydgren.

Pays de 10 millions d'habitants, la Suède en a reçu 400.000 depuis 2012, d'abord sous le gouvernement de centre-droit de Fredrik Reinfeldt, puis celui de centre-gauche de Stefan Löfven.

Loin des agglomérations, foyers de croissance et d'innovation, de plus en plus d'électeurs sont aussi séduits par le discours nationaliste des Démocrates de Suède qui souhaitent une sortie du pays de l'Union européenne, un "Svexit".

"Ils appartiennent souvent aux filières transport et BTP qui emploient de nombreux travailleurs européens détachés auxquels s'applique le salaire minimum de branche", relève le sociologue Anders Kjellberg.

"Or ce salaire est nettement inférieur aux salaires fixés dans les conventions collectives".

Jusqu'à un tiers des adhérents de la confédération LO est tenté par le vote d'extrême droite, révèlent des enquêtes d'opinion.

"Voter pour l'extrême droite, c'est voter pour une politique de droite", a prévenu le patron de LO, Karl-Petter Thorwaldsson pour qui une "guerre de positions" fait rage dans les usines entre sympathisants de gauche et d'extrême droite.

- Crise d'identité -

Après huit années de politiques libérales, Stefan Löfven s'était présenté en 2014 comme un homme de rassemblement capable de réconcilier, selon les canons de la social-démocratie suédoise, compétitivité et justice sociale.

Quatre ans plus tard, le bilan de l'ancien métallo aux nez et carrure de boxeur est contrasté.

Si le chômage est à son plus bas niveau depuis dix ans, la croissance robuste, l'inflation contenue et les finances publiques dans le vert, à l'inverse le système de santé se grippe, les inégalités sociales se creusent et la ségrégation croît dans les banlieues où les règlements de compte entre bandes ont fait 40 morts l'an dernier.

"Le coeur du pouvoir s'est déplacé, à cause de l'UE, de la mondialisation et de la numérisation et les sociaux-démocrates n'ont plus les moyens de tenir leurs promesses", estime le quotidien de référence Dagens Nyheter, de tendance libérale.

Le poste de Premier ministre devrait se disputer entre Stefan Löfven et le dirigeant conservateur Ulf Kristersson.


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