Emmanuel Macron face au soupçon d'un pouvoir trop sûr de lui

Emmanuel Macron le 5 septembre 2018 à l'Elysée - © Thibault Camus / POOL/AFP


La Macronie manque-t-elle d'"humilité"? Relancé par Gérard Collomb, l'un des piliers du président, le soupçon d'un pouvoir trop sûr de lui - et trop peu à l'écoute des Français - est avivé par l'été difficile de l'exécutif, mais aussi par l'absence de premiers résultats probants.

"Peut-être, les uns et les autres, nous avons manqué d'humilité": c'est ainsi que le ministre de l'Intérieur a expliqué, jeudi sur RMC/BFMTV, la forte baisse d'Emmanuel Macron et du gouvernement dans les sondages, pointant un risque de "cécité".

Après avoir réussi l'impensable - ravir l'Elysée, à moins de 40 ans, avec un parti à peine créé - le président et ses soutiens auraient-ils rebuté l'opinion en se montrant trop sûrs de leur triomphe, sur les ruines de +l'ancien monde+?

"Quand, à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous, vous pensez que vous allez tout emporter", a pointé M. Collomb.

Interrogé sur les propos de son ministre, le chef de l'Etat a dit croire aux vertus du "doute sain". Mais ce dernier ne doit en "rien entraver" son "mandat(...) qui est de transformer la France en profondeur", a-t-il nuancé.

Affrontant désormais l'impopularité, qui pousse à voir en défaut ce qui était il y a peu une qualité, Emmanuel Macron ne bénéficie plus de la même mansuétude pour les sorties provocatrices qui avaient marqué ses débuts, à Bercy, durant la campagne et même à ses débuts à l'Elysée.

"Au début du quinquennat, on aimait chez Emmanuel Macron son audace, sa détermination sans failles, sa capacité à ne pas céder. Au fur et à mesure que les doutes et les déceptions se font jour, il est normal que s'opère un glissement de l'autorité à l'autoritarisme, qu'on voie de l'arrogance là où on voyait de l'audace, ou qu'on lui reproche de ne pas suffisamment écouter et dialoguer là où louait l'homme fort qui ne tergiverse pas", estime la spécialiste de l'opinion Chloé Morin (Ipsos).

Si le ministre puis le candidat avait réussi à éteindre les polémiques sur ses sorties provocatrices, le président fait désormais grincer les dents quand il parle des "fainéants", du "pognon de dingue" des aides sociales, ou des "Gaulois réfractaires".

Fin novembre 2017, le terme "arrogant" figurait déjà avec "riche" et "jeune" dans les mots les plus cités par les Français pour qualifier Emmanuel Macron, selon une enquête d'opinion menée par Harris Interactive. Depuis, le terme a fleuri dans les compte-rendus des sondeurs.

"C'est une critique qui est forte, mais elle n'est pas autonome: les gens ne nous disent pas +il est arrogant, point+. C'est d'abord lié à la manière d'exercer la fonction, le côté un peu monarque, ce que Mitterrand et Sarkozy avaient connu. Et c'est très fortement lié au sentiment qu'il méconnaît les préoccupations des Français", souligne Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop.

François Hollande, s'il avait échappé à cette critique, avait bien mesuré l'immense risque d'être jugé méprisant lorsqu'il avait été accusé par son ex-compagne Valérie Trierweiler d'appeler les pauvres les "sans-dents".

"C'est un trait d'image qui pourra rester très longtemps accroché à Macron, comme le côté +bling bling+ de Nicolas Sarkozy. Mais il s'en sortira s'il obtient des résultats", pense M. Dabi.

Laurent Wauquiez (Les Républicains) estime d'ailleurs que "le problème majeur" de M. Macron, "c'est les résultats", et pas telle ou telle attitude publique.

Raillé en "roi Macron" par les Insoumis, l'actuel chef de l'Etat avait déjà introduit au début de l'été une dose de modestie dans son discours devant le Congrès ("je ne réussis pas tout").

Le contexte de décélération économique, qui ampute les fameuses "marges de manœuvre", et les accidents politiques de l'été (Benalla, Hulot...) ont achevé de ramener la Macronie à la réalité, pensent certains.

"Je crois que la page de l'hypercommunication, des effets d'annonces et d'un exercice assez seul du pouvoir se tourne", a jugé le président LR du Sénat Gérard Larcher jeudi.

Emmanuel Macron n'est d'ailleurs pas le seul dans son camp à pouvoir se sentir visé par l'(auto)critique de M. Collomb.

Au groupe parlementaire LREM à l'Assemblée, "il y a peut-être parfois cette tentation hégémonique et on l'a dit d'ailleurs, on l'a reconnu en disant qu'il fallait peut-être arriver à travailler de manière plus collégiale, plus collective", a reconnu jeudi la députée marcheuse Aurore Bergé.


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