En Syrie, les élèves de la Ghouta orientale font leur rentrée

Photo d'élèves dans une école de Kafr Batna, dans la Ghouta orientale en Syrie, le 5 septembre 2018. - © LOUAI BESHARA / AFP


Au premier retentissement de la cloche, des centaines d'élèves rejoignent l'école de Kafr Batna, dans l'ex-enclave rebelle de la Ghouta orientale, reconquise au printemps par le régime syrien au prix d'une offensive dévastatrice.

En cette rentrée scolaire, plus de quatre millions d'enfants syriens reprennent le chemin de l'école dans les zones contrôlées par les forces gouvernementales, selon le ministère de l'Education.

Abdel Rahmane, 17 ans, joue au football dans la cour de l'école de Kafr Batna, près de Damas. Au cours de ces années marquées par la guerre, l'adolescent a perdu de nombreux camarades.

"Nous nous sommes éparpillés, certains sont morts, d'autres ont fui vers le Nord", notamment à Idleb, dernier bastion insurgé du pays, raconte-t-il à l'AFP, les cheveux coiffés en arrière.

Dans une salle, la professeure d'arabe Batoul Jardat, 30 ans, cherche à détendre l'atmosphère en demandant à sa trentaine d'élèves comment se sont déroulées leurs vacances d'été.

"Certains m'ont dit: +Nous comptions les tirs d'obus+, d'autres ont ri avec sarcasme. Quelques uns m'ont lancé: +Il n'y a rien de beau dans la vie+", soupire-t-elle auprès de l'AFP.

Aucun de ses élèves n'a "connu une enfance normale ou une vie stable" en raison de la guerre qui déchire la Syrie depuis 2011 et a fait plus de 350.000 morts, regrette-t-elle.

Lors de la reconquête de la Ghouta orientale par le régime syrien, appuyé par l'armée russe, plus de 1.700 civils avaient été tués, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Le patron de l'ONU Antonio Guterres avait dénoncé un "enfer sur Terre".

- Pas de livres -

Originaire de Kafr Batna, Batoul Jardat avait quitté la petite ville, longtemps assiégée, pour se réfugier à Damas pendant cinq ans. Elle n'y est revenue qu'après l'annonce par l'armée syrienne que la Ghouta orientale était un endroit "sûr".

Pour autant, cette rentrée est loin d'être un retour à la normalité pour l'enseignante. "Je me sens bizarre, tout comme eux", confie-t-elle, désignant ses élèves.

"Tout est nouveau: leurs visages, les sièges, les murs retapés", ajoute-t-elle. "Même le calme est quelque chose de nouveau pour eux comme pour moi."

Pour l'enseignante, l'année scolaire sera "un véritable défi": il va falloir combler les lacunes en termes d'apprentissage mais aussi "l'état psychologique fragile dans lequel se trouve la plupart des élèves".

Les enfants doivent aussi composer avec une "grande pénurie d'enseignants et de personnel administratif", renchérit Youssef Mansour, un professeur de 28 ans qui donne cours dans une salle adjacente.

- Braver la peur -

A Kafr Batna, six nouvelles écoles peuvent désormais accueillir des élèves pour cette rentrée, assurent les autorités locales. Le ministère de l'Education affirme avoir rouvert au total 785 écoles à travers le pays en 2018.

A l'entrée de l'école où enseigne Batoul Jardat, la directrice a disposé une petite table pour accueillir les parents venus inscrire leurs enfants.

"Chaque jour, nous inscrivons 70 élèves", indique Samar al-Khatib, vêtue d'une robe ample et d'un léger voile blanc.

"Nous avons actuellement 19 salles et nous espérons doubler la capacité d'accueil car le nombre de nos élèves augmente tous les jours", ajoute la cinquantenaire au visage souriant.

A 13 ans, Ammar Hajjo fait partie des élèves qui n'ont jamais quitté la petite ville malgré les bombardements meurtriers. Lorsqu'il revient, à pied, de sa journée de cours, sa mère laisse échapper un soupir de soulagement dès qu'elle l'aperçoit.

Avant, "il avait peur d'aller à l'école et j'étais terrorisée par l'idée qu'il soit visé par un tir d'artillerie", raconte-t-elle.

Résultat, l'adolescent a raté de nombreux cours. "Au cours des dernières années, il n'a rien appris si ce n'est la violence et le champ lexical de la guerre", regrette-t-elle. "Il n'a pas pu prendre de cours d'informatique ou de langues."

"J'espère qu'il pourra maintenant rattraper son retard afin qu'il puisse réaliser son rêve de devenir un ingénieur électrique", confie-t-elle.


Voir la version optimisée mobile de cet article