Espagne: Sanchez renonce à faire du mausolée de Franco un lieu de "réconciliation"

Le Valle de los Caidos, le 03 juillet 2018 - © OSCAR DEL POZO / AFP/Archives


Le chef du gouvernement socialiste espagnol Pedro Sanchez a exclu mercredi de faire du mausolée du dictateur Franco un lieu de "réconciliation" et de mémoire, comme le prônaient pourtant son parti et des experts.

"Le Valle de los Caidos (nom du mausolée de Franco, ndlr) ne peut pas être un lieu auquel on puisse donner un nouveau sens, ne peut pas être un lieu de réconciliation. Cela doit être un lieu de repos et en conséquence un cimetière civil", a déclaré Pedro Sanchez à Santa Cruz, dans l'est de la Bolivie, lors d'une conférence de presse avec le président bolivien Evo Morales.

En 2011, une commission d'experts mandatée par l'ancien gouvernement socialiste de Jose Luis Rodriguez Zapatero avait recommandé d'opérer une "resignification" du lieu et d'ajouter sur place une exposition permanente sur l'histoire du lieu, des victimes qui y sont enterrées et des quelque 20.000 prisonniers politiques ayant participé à sa construction.

L'an dernier, le Parti socialiste de Pedro Sanchez avait proposé d'en faire un lieu de "réconciliation" et de "mémoire" tandis que le ministre de la Culture José Guirao a dit la semaine dernière que ce lieu devait devenir "un exemple de ce qu'il ne doit plus nous arriver", sur le modèle des camps de concentration de l'Allemagne nazie.

Le gouvernement espagnol a lancé formellement vendredi le processus d'exhumation de ce mausolée de Francisco Franco, vainqueur de la guerre civile espagnole (1936-1939) et qui dirigea le pays d'une main de fer jusqu'à sa mort en 1975.

Surplombé par une croix de 150 mètres de haut, ce complexe monumental à 50 kilomètres de Madrid abrite aussi quelque 27.000 combattants franquistes et environ 10.000 opposants républicains.

La nouvelle posture de Pedro Sanchez a entraîné des critiques en Espagne.

"La tergiversation du jour de Sanchez est sur le Valle de los Caidos", a raillé le numéro un du Parti populaire (PP, droite), Pablo Casado, lui reprochant de "s'occuper de ceux qui sont morts il y a 40 ans".

Le patron du parti libéral Ciudadanos, Albert Rivera, a lui regretté que Pedro Sanchez aille "à l'encontre de ce qui a été conseillé par les experts" en 2011.

Emilio Silva, président de l'Association pour la récupération de la mémoire historique qui milite depuis des années pour que le mausolée devienne un musée, a dit à l'AFP ne pas comprendre ce qu'entendait le dirigeant espagnol par "cimetière civil" alors qu'il compte maintenir sa basilique comme lieu de culte. C'est "incompatible" car l'Eglise a été selon lui "un instrument de légitimation de la dictature".


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