Les Grecs recollent tant bien que mal les morceaux après huit ans de rigueur

Les Grecs recollent tant bien que mal les morceaux après huit ans de rigueur. - © LOUISA GOULIAMAKI / AFP


"La crise a été comme une gifle. Nous avions grandi avec l'avantage de vivre dans un pays européen et soudain tout s'est effondré". Panagiota Kalliakmani espérait devenir chimiste, elle est désormais cuisinière, ayant dû s'adapter comme beaucoup de Grecs aux effets de l'austérité.

En 2010, diplômée de l'université de Thessalonique (nord), Panagiota voulait être chercheuse.

Mais dans la foulée de l'écroulement financier du pays et de la mise en place du premier des trois plans d'aide assortis de coupes budgétaires drastiques - dont le dernier prend fin lundi -, les programmes de recherche ont été rabotés.

Elle songe alors à la médecine légale. Mais les locaux dédiés de la police de Thessalonique ferment aussi, sur fond de réduction du secteur public.

Elle échoue de même à entrer dans une société pharmaceutique car les laboratoires déménagent un par un en Bulgarie.

Lui restent alors les cours particuliers aux élèves du secondaire, "même si les gens payaient de moins en moins".

Licenciée en 2015 après un contrat d'un an dans une école, Panagiota se sent vraiment "à la ramasse", d'autant qu'une de ses amies est partie en Irlande pour y travailler comme serveuse et que son frère économiste à trouvé un travail à Bruxelles, "d'où il ne veut plus rentrer".

La Grèce a perdu 25% de son PIB entre 2008 et 2016, avec un chômage qui vient à peine de passer sous les 20% en mai, après avoir atteint un pic de 27,5% en 2013 : les licenciements ont fait rage après la fermeture de milliers de petites et moyennes entreprises.

- Dire au revoir -

Matina Tetsiou, mère de deux enfants, a ainsi perdu son travail dans une station-service en 2014. Séparée de son mari, elle doit compter alors sur l'aide financière de son père, employé dans une grande société.

"L'allocation chômage était modeste et j'entretenais la famille grâce à l'épicier communautaire de mon quartier", confie-t-elle.

Comme Panagiota, Natacha Dourida, ingénieure civile, a vu ses proches s'exiler : "le plus douloureux à l'époque c'était les petites fêtes pour dire au revoir à ceux qui partaient travailler à l'étranger".

Environ 300.000 Grecs (sur une population d'une dizaine de millions) ont quitté le pays pendant la crise.

En 2013, avec ses diplômes, Natacha gagnait cinq euros de l'heure dans une entreprise de bâtiment qu'elle finira par quitter. Au cœur de la crise, le secteur est en chute libre.

Panagiota, Matina et Natacha vont un peu ou nettement mieux aujourd'hui, à l'image du pays qui a renoué avec la croissance (+1,4% en 2017).

Matina a l'air lasse mais s'estime "chanceuse" d'avoir décroché fin 2016 un contrat à temps partiel dans une autre station-service, qui ne lui suffit cependant qu'à "nourrir ses enfants".

Elle vit toujours chez sa mère et ne peut payer ses dettes ni à la sécurité sociale, ni à la banque, pour un prêt souscrit en 2005, en pleine euphorie financière du pays, pour financer sa société de vente de meubles de cuisine fermée trois ans plus tard.

Après un master sur la conservation des monuments et un séminaire en Allemagne, Natacha s'est lancée dans une économie collaborative en plein essor.

"La crise était une occasion pour apprendre à vivre ensemble et parer les problèmes", explique cette femme de 35 ans.

Son association "Communitism", créée en 2015, vise à restaurer les vieux bâtiments néoclassiques abandonnés par l'Etat et leurs propriétaires faute de moyens financiers.

- Rêves brisés -

"Je me suis mise à recoller les morceaux de nos rêves brisés et j'ai décidé de devenir plus flexible", témoigne pour sa part la dynamique Panagiota.

Elle a suivi deux ans de cours de cuisine et doit signer en septembre son premier contrat dans un restaurant du centre d'Athènes, avec un espoir mesuré : "Rien n'est sûr. La crise nous appris à ne plus faire de plans à long terme".

Mais dans un pays où le tourisme est roi, Panagiota se sent désormais épanouie dans une cuisine "qui ressemble à un laboratoire" de chimie. Elle n'exclut pas de se lancer dans la gastronomie moléculaire pour combiner ses compétences.

Malgré les améliorations, "nous ne sommes pas encore sortis du tunnel", prévient toutefois Natacha : "s'il y a un peu plus d'emplois, ils sont toujours très mal payés".


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