Prêtres pédophiles: New York et New Jersey prêts à convoquer des diocèses

Un homme prie le 27 septembre 2015 à Philadelphie, en Pennsylvanie, en attendant l'arrivée du pape venant célébrer une messe en plein air - © Jewel SAMAD / AFP/Archives


Les Etats américains se mobilisent face aux abus sexuels commis par des prêtres: New York et le New Jersey ont lancé jeudi des appels à témoins et annoncé des enquêtes, avec convocations de diocèses, après un rapport accablant sur l'Eglise de Pennsylvanie.

Trois semaines après la publication de ce rapport, qui a détaillé des abus impliquant plus de 300 prêtres et plus de 1.000 enfants, la procureure générale de l'Etat de New York, Barbara Underwood, a annoncé l'instauration d'un numéro vert et d'une page internet pour recueillir les témoignages de victimes potentielles, dans un communiqué.

Plus spectaculaire, ses services ont aussi "convoqué ou sont en train de convoquer" les responsables des huit diocèses de l'Etat de New York --qui revendiquent une population totale de 7 millions de catholiques-- pour savoir s'il y a eu des tentatives pour dissimuler les abus, a confirmé Dennis Poust, porte-parole de l'organisation qui représente les diocèses de New York, la New York State Catholic Conference.

"Le rapport de Pennsylvanie a révélé des actes particulièrement troublants et dépravés du clergé catholique, aidés par une culture du secret et de dissimulation dans les diocèses", a indiqué Mme Underwood, citée dans le communiqué.

"Les victimes de New York méritent aussi d'être entendues et nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'elles obtiennent la justice qu'elles méritent", a-t-elle ajouté.

Dans la foulée, le procureur général de l'Etat voisin du New Jersey, a annoncé lui aussi jeudi l'instauration d'un numéro vert pour les victimes et la création d'un groupe de travail, emmené par un ancien procureur spécialisé dans les crimes sexuels, pour enquêter sur les abus du clergé catholique.

Ce groupe aura autorité, par l'intermédiaire d'un "grand jury", pour convoquer tous les témoins - y compris les responsables des diocèses - qu'il jugera nécessaire et les obliger à fournir des documents, a précisé le procureur, Gurbir Grewal, dans un communiqué.

M. Grewal s'est dit lui aussi "profondément troublé" par l'ampleur des abus sexuels révélés en Pennsylvanie.

"Nous devons à la population du New Jersey de savoir si la même chose s'est produite ici", a-t-il déclaré.

L'association SNAP de défense des victimes de prêtres s'est réjouie des enquêtes indépendantes menées par ces deux Etats, estimant que le rapport de Pennsylvanie avait provoqué un "tsunami".

L'association a évoqué une "douzaine d'Etats ou plus" qui auraient "secrètement lancé une enquête ou envisageraient cette possibilité", et appelé les autres Etats américains à entreprendre des démarches similaires.

Même si la justice parvient à réunir des preuves de nouveaux abus ou de tentatives de dissimulation, la procureure générale de New York a reconnu que son champ d'action était limité par les délais de prescription: les victimes ayant été agressées sexuellement pendant leur enfance doivent, en l'état actuel de la loi new-yorkaise, avoir porté plainte avant leurs 23 ans pour avoir une chance d'obtenir réparation devant les tribunaux, au civil comme au pénal.

La publication mi-août d'un volumineux rapport sur les abus commis en Pennsylvanie, ajoutée à la démission en juillet du cardinal Theodore McCarrick, accusé d'abus sexuels, ont secoué l'Eglise catholique américaine, révélant de profondes divisions entre évêques, certains d'entre eux critiquant ouvertement le pape François.


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