Réfugiés au Brésil, des Vénézuéliens font les poubelles

Un Vénézuélien et sa fille déjeunent dans leur abri de fortune à Boa Vista au Brésil, le 23 août 2018 - © Mauro Pimentel / AFP/Archives


Cette Vénézuélienne sans abri rencontrée dans la ville de Boa Vista, dans le nord du Brésil, travaillait autrefois comme assistante dans un bloc opératoire. Mais c'était avant la crise.

Trois mois après avoir abandonné sa profession et fui son pays qui s'enfonçait dans le chaos, elle se retrouve à faire les poubelles pour survivre au Brésil.

"On est venus ici pour chercher un refuge, pas pour devenir des mendiants", dit cette femme de 42 ans, qui ne donne pas son nom de peur de représailles dans sa ville natale de El Tigre, dans le nord de son pays.

Elle est allongée avec son mari dans un hamac installé entre deux arbres dans une rue calme du centre de Boa Vista, capitale de l'Etat frontalier de Roraima qui a vu un afflux de Vénézuéliens.

D'après la municipalité, ce sont désormais 25.000 Vénézuéliens qui vivent dans la ville jusqu'ici paisible de 300.000 habitants. Ils sont tous arrivés ici pour fuir la misère. Mais 2.500 d'entre eux sont sans abri.

Le couple a l'air épuisé. Il leur a fallu cinq jours de marche depuis la frontière et ils espéraient gagner assez d'argent pour en envoyer à leur famille dans un pays où les biens de consommation courante ont disparu des magasins et où le système sanitaire s'est effondré.

En trois mois le couple n'a pas réussi à trouver de travail ni une place dans l'un des centres d'accueil de réfugiés surpeuplés.

Et si d'une manière générale les Brésiliens ont été accueillants, la tension s'est traduite par une explosion de colère contre les migrants dans la localité frontalière de Pacaraima, où une foule d'habitants a chassé des centaines de Vénézuéliens et brûlé leurs maigres biens à la mi-août.

Mardi soir, Brasilia a mobilisé ses forces armées à la frontière pour "garantir la sécurité".

Mais en plus de tout le reste, le couple de réfugiés est confronté au Brésil à ce qu'il avait fui au Venezuela: la faim.

Là-bas "on peut travailler, mais le salaire de deux semaines paie un ou deux jours de nourriture", dit la femme. "J'allais travailler au bloc opératoire sans nourriture dans le ventre depuis trois jours".

Depuis son arrivée à Boa Vista, elle a pu prendre un peu de poids grâce à une assiette quotidienne de riz et de haricots donnée par une église. Mais son mari, épuisé par une diarrhée, a été si désespéré qu'il s'est mis à fouiller les poubelles.

"On ne fait rien ici, à part vivre dans la rue et être malade", dit-il.

- Laisser tomber -

Comme s'il fallait en rajouter, le couple voudrait rentrer au Venezuela mais n'a plus assez d'argent pour cela. "Je croyais avoir un avenir, mais je n'en vois pas ici", dit la femme.

De l'autre côté de la rue, une famille campe, au milieu d'ustensiles de cuisine et de jouets.

"La situation est difficile pour les enfants. Il faut qu'on trouve un travail pour qu'ils mangent et pour qu'on mange nous aussi", dit Johan Rodriguez, maçon au Venezuela, accompagné de sa femme enceinte.

Ils sont arrivés il y a un mois et ont reçu de l'aide d'un autre réfugié vénézuélien, Rafael Godoy, autrefois serveur sur l'île de Margarita, arrivé sans sa femme et leur bébé de neuf mois restés au pays.

Après avoir passé six semaines dans les rues, il a été hébergé par un policier qui accueillait déjà deux familles vénézuéliennes.

Il a trouvé des petits boulots. "Je me suis occupé de quelqu'un à l'hôpital, on me payait à la journée, et j'envoyais l'argent au Venezuela", raconte-t-il. C'était assez pour nourrir sa femme deux jours.

"Avec la grâce de Dieu, j'irai partout où je pourrai aller", ajoute le réfugié qui espère un permis de travail qui lui permettrait même de tenter sa chance à Brasilia.

"Il y a eu des moments où j'ai failli laisser tomber, où j'ai voulu rentrer. Mais je suis ici pour ma fille", dit-il.


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