Les graines de la discorde

La culture en France: "c'était mieux avant", vraiment?

Le Français Georges Guétary était à l'affiche du film "Un Américain à Paris", en 1951. - ©DR

Le rayonnement de la France, pays des Lumières, se fait aussi au travers de sa culture. Un héritage dont la transmission serait menacée par la mondialisation et son cortège d'uniformisation des productions culturelles, voire des enseignements. De là à dire que la culture des Français a baissé? Eléments de réponse par François Lazareff, pour "France-Soir".

Où en est la culture française? Pas celle des champs, évidemment, mais celle des gens, des habitants de notre beau pays.

Si nous parlons de la culture de la France, nous pouvons être fiers. De longue date, dès le XIIe siècle, notre pays possède une culture importante et influente. Les auteurs français sont reconnus dans le monde entier tant en littérature qu’en philosophie ou dans le monde théâtral. La langue française est encore aujourd’hui une des langues officielles à l’UNESCO, à l’ONU, au Vatican et aux Jeux Olympiques.

Les artistes, les musés, les monuments, les châteaux et les manifestations culturelles font de notre pays un des plus importants foyers culturels du monde. Même l’équitation de tradition française est classée par l’UNESCO!

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Mais, à mon sens, l’important n’est pas là.

L’important est de connaître l’évolution culturelle des Français depuis une cinquantaine d’années.

L’apprentissage de la culture commence dés l’école. C'est par l’apprentissage de la langue, de la littérature française et de l’Histoire que tout commence.

Les programmes ont changé sur tous ces points et le récit national, par exemple, n’est plus enseigné complètement comme avant. On ne raconte plus aux élèves l’Histoire de France en remontant dans le temps, du Moyen Âge à nos jours. On saute d’une période à l’autre, dans le bon sens,  en fonction d’une idée à étudier non seulement en France mais dans le monde.

De cette façon, il me semble qu’il est difficile de comprendre comment s’est articulé le passé pour former notre présent. Et donc notre culture. On fait l’impasse sur beaucoup d'éléments de l’évolution de notre pays, par contre, on apprend les influences venant du reste du monde.

Mais est-ce que tout cela veut dire que la culture des Français a baissé?

Je ne le pense pas. D'année en année se confirme le succès du théâtre, du cinéma, des concerts et des festivals, qui continuent, partout dans le pays, à attirer du monde. Le nombre des associations de théâtre, des écoles de musique et d’enseignement d’art augmente régulièrement.

Les Français ne possèdent plus la même culture qu’auparavant. Ils n’en ont sûrement pas moins, elle est plutôt différente.

En effet, leur culture n’est plus seulement celle de leur pays  mais également  celle des autres. Grâce notamment à Internet, toute personne a un accès quasi-illimité à la connaissance!

Les artistes, les films, les nouvelles, les livres, plus rien n’est secret, ni réservé à une élite, à un petit cercle. Quant à ceux qui avanceront que tout ce qu’on apprend n’est pas culturel, je répondrai qu'avant non plus.

L’internationalisation culturelle des Français ne date pas réellement d’aujourd’hui. C'est un long processus. Et qui s'est fait dans les deux sens.

Rappelez vous en 1950, un jeune homme de 30 ans, né grec et naturalisé français part à la conquête du public américain. Il est consacré meilleur chanteur d'opérette à Broadway, pour son interprétation dans "Arms and the girl". Certains auront reconnu Georges Guétary. Le même qui est ensuite engagé par Gene Kelly pour son film "Un Américain à Paris".

Ma grande amie Line Renaud, qui m’a offert mon premier chien, un petit caniche qui au bout d’un an pesait 52 kg, a été une vedette internationale de la chanson. Elle a été durant plusieurs années la vedette d’un des plus grands casinos de Las Vegas, le Dune.

En 2017, elle est retournée dans la capitale du jeu pour inaugurer la rue qui porte son nom: la "Line Renaud Road".

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De longue date également, les auteurs français ont adapté des pièces de théâtre étrangères. Mais attention, "adapter n’est pas traduire", disait mon père Roger Féral (Féral, anagramme de Lazareff, sans le ZA). Exemples idoines: lorsqu’il fit Crime Parfait d’après Dial M for Murder de Frederick Knott, un auteur britannique, ou encore La nuit du 9 mars, d’après une adaptation allemande des auteurs anglais Jack Roffey et Gordon Harbor.

L’esprit culturel se transforme ainsi peu à peu vers la mondialisation, mais est-ce que le reste suivra?


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