Au XVIIIe siècle

"L'échange des princesses": petits souverains privés d'enfance (vidéo)

La petite Juliane Lepoureau interprète l'Infante d'Espagne, âgée de 4 ans et promise au roi de France Louis XV, âgé de 11 ans. - ©High Sea Productions/Ad Vitam Distribution

Tiré d'un livre de l'historienne Chantal Thomas, le film "L'échange des princesses", de l'écrivain-réalisateur Marc Dugain, sort ce mercredi. Il raconte un épisode du règne de Louis XV où les enfants des familles princières et royales étaient prisonniers d'un destin imposé par les adultes.

C'étaient des enfants rois, des petits souverains privés de l'innocence de leurs jeunes années, des gamins devenus adultes et responsables trop tôt. Dans son film L'échange des princesses (ce mercredi 27 sur les écrans), l'écrivain-réalisateur Marc Dugain raconte un épisode du règne de Louis XV significatif de l'époque.

On est en 1721. Le roi de France, Louis XV, a 11 ans. Il a succédé à son arrière-grand-père Louis XIV à l'âge de 5 ans et, jusqu'à ses 13 ans, laisse les affaires du royaume au Régent, Philippe d'Orléans (Olivier Gourmet).

Celui-ci, qui pense à consolider la paix avec l’Espagne après des années de guerre qui ont laissé les deux royaumes exsangues, a une idée: marier l'une de ses filles, Louise-Elisabeth, 12 ans, à l’héritier du trône d’Espagne. Et en échange, le roi d'Espagne Phillipe V (Lambert Wilson) accepte que sa fille Marie Anne Victoire, 4 ans, vienne à Versailles pour épouser plus tard Louis XV, quand les deux enfants auront l'âge pour cela.

L'échange des deux princesses a lieu à la frontière entre les deux pays. Louise-Elisabeth se retrouve à Madrid et fait connaissance avec son futur promis, un jeune puceau ballot avec qui le courant ne passe pas. Marie Anne Victoire de son côté débarque à Versailles où, quand elle ne joue pas avec ses poupées, elle aperçoit de temps en temps le jeune roi de France qui ne s'intéresse guère à elle. Dans les deux royaumes, les plans imaginés par les adultes ne se réaliseront pas…

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"Cet épisode de l’échange des princesses est très original, en particulier concernant le traitement des enfants, cette cruauté vis-à-vis d’eux. Et la façon dont ils essayent de s’en sortir. Tout cela n’est pas très loin de mon univers habituel, largement consacré à la manipulation politique. Ces gamins aussi sont littéralement manipulés, par des adultes qui eux-mêmes ne sont pas vraiment des adultes", explique Marc Dugain, auteur d'une dizaine de romans historiques (dont La chambre des officiers, adapté au cinéma par François Dupeyron en 2001) et déjà réalisateur lui-même de deux téléfilms et d'un long métrage de cinéma en 2010, Une exécution ordinaire.

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L'échange des princesses est l'adaptation du livre du même nom de Chantal Thomas, spécialiste du XVIIIe siècle et auteure notamment des Adieux à la reine, Prix Femina 2002 adapté dix ans plus tard au cinéma par Benoît Jacquot. "Ces enfants sont des jouets, des instruments dans des plans politiques qui les dépassent complètement", dit-elle." Ce qui m’a passionnée, c’est cette autre vision de l’enfance, cet autre rapport au corps, au temps, à la mort. (…) Je pense qu’on a d’autant plus de mal aujourd’hui à comprendre cette maturité que nous sommes dans un processus inverse : l’enfance se prolonge, parfois jusqu’à l’adolescence qui elle-même se poursuit indéfiniment, faisant reculer l’âge des prises de décision adultes. A cette époque-là, l’enfance était une phase quasi inexistante. Et ceci dans toutes les classes sociales".

Le film, qui montre peu les fastes de la Cour et encore moins le peuple, commence dans le sombre, tant pour l'image que pour l'histoire: on n'y comprend pas grand-chose, on mélange tout, on se dit qu'on est parti pour un film en costumes trop strict, trop corseté, trop sobre, à la réalisation sans envergure. Et puis, peu à peu, on s'intéresse aux personnages, le scénario devient plus simple et plus clair, et la curiosité historique gagne le spectateur à propos de cette époque où les familles royales avaient l'obsession de trouver un héritier, où l'espérance de vie était plus proche de 35 ans que de 70 à cause des épidémies (peste, variole), où les femmes étaient, comme dit l'un des personnages du film, "de la viande à marier" juste destinées à faire des enfants, et où l'âge du consentement sexuel pour les enfants et adolescents ne se posait pas.

Les deux jeunes acteurs qui jouent Louis XV et Marie Anne Victoire, Igor Van Dessel et Juliane Lepoureau, volent la vedette aux adultes. On a un peu de mal à croire en Olivier Gourmet en Régent et en Lambert Wilson en roi d'Espagne; Andréa Ferréol s'en tire mieux dans le rôle de la mère du Régent, Élisabeth-Charlotte de Bavière, la princesse Palatine, qui accueille avec bienveillance à Versailles la petite Infante d'Espagne.

Quant à la princesse Louise-Elisabeth âgée de 12 ans, elle est dans le film un peu plus âgée: elle est interprétée par l'actrice roumaine Anamaria Vartolomei, 18 ans, qui donne à son personnage un caractère et une attitude d'ado effrontée s'exprimant comme une rebelle de banlieue, ce qui fait souffler un petit air d'anachronisme dans ce film pourtant respectueux de l'Histoire de France.


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