Quatre nominations aux Oscars

"Fences": le théâtre filmé de Denzel Washington (VIDÉO)

Denzel Washington et Viola Davis reprennent au cinéma les rôles qu'ils avaient joués au théâtre en 2010. - ©David Lee/Paramount Pictures

Denzel Washington est le réalisateur et interprète principal de "Fences", nommé quatre fois aux Oscars et qui sort ce mercredi dans les salles. Le film, sur la condition des Noirs américains dans les années 50, est tiré d'une pièce que Denzel Washington avait jouée à Broadway en 2010.

"Il y a des gens qui construisent des clôtures pour empêcher les gens de rentrer, et d'autres pour empêcher les gens de sortir". C'est l'une des répliques du film Fences –qui signifie "clôtures"–, réalisé et interprété par Denzel Washington et qui sort ce mercredi 22 sur les écrans français, quatre jours avant les Oscars pour lesquels il a reçu quatre nominations.

A Pittsburgh, dans les années 50, Troy Maxson (Denzel Washington) travaille comme éboueur pour subvenir aux besoins de sa famille: sa femme Rose (Viola Davis), avec qui il forme depuis 18 ans un couple sans nuages; leur fils de 17 ans Cory, doué pour le football américain et qui veut en faire son métier; son fils aîné Lyons, né d'un premier mariage, qui tente de devenir musicien de jazz; son frère Gabriel, qui n'a plus toute sa tête mais qu'il ne veut pas mettre à l'asile.

Troy se bat pour que les Noirs aient les mêmes droits que les Blancs, mais il sait bien que c'est une cause perdue. Certes il obtient de devenir le premier Noir conducteur de benne dans l'entreprise municipale de ramassage des ordures, promotion jusque-là réservée aux Blancs. Mais, à 53 ans, il se souvient que, dans sa jeunesse, il était un grand joueur de baseball mais qu'il n'a pu passer professionnel car les grands clubs du pays n’acceptaient pas de Noirs dans leurs rangs.

Alors il a travaillé dur pour gagner sa vie, pour fonder un foyer, pour devenir un Américain moyen respecté et respectable, avec une maison et un petit jardin et une clôture à installer, dont il s'occupe tous les samedis après une rude semaine de labeur.

Et quand son fils Cory lui parle de ses projets de devenir footballeur professionnel, il s'y oppose formellement. C'est lui le chef de famille qui ramène l'argent du foyer, il le rappelle à tout moment en ressassant ses rêves de jeunesse déchus. Sa femme, ses fils le respectent. Jusqu'au jour où il est contraint de leur avouer quelque chose qu'il cachait…

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Le film, nommé aux Oscars dans quatre catégories (meilleur film, meilleur acteur, meilleure actrice dans un second rôle, meilleure adaptation), est tiré d'une pièce de l'écrivain noir américain August Wilson (1945-2005) qui lui a valu le Prix Pulitzer en 1987. La pièce a été jouée de nombreuses fois à Broadway, et notamment en 2010 pendant 13 semaines par Denzel Washington et Viola Davis, qui se retrouvent donc dans cette adaptation au cinéma. C'est le troisième film de Denzel Washington comme réalisateur, après deux premiers essais passés quasi inaperçus: Antwone Fisher en 2002 et The Great Debaters en 2007.

"Fences parle de rêves brisés et de la manière dont on canalise son énergie", explique l'acteur-réalisateur. "Le film parle de ce qui arrive à un rêve quand il est +reporté à plus tard+ selon le mot de Langston Hughes. Que se passe-t-il quand on était à la hauteur et qu’on n’a pas réussi à aller au bout de son rêve? Comment canaliser son énergie quand on est empêché de révéler son talent au grand jour?"

A travers l'histoire de cet homme qui n'a pu devenir joueur de baseball professionnel à cause de la couleur de sa peau, c'est toute la condition des Noirs dans l'Amérique du XXe siècle qui est évoquée dans ce film, avec une série de dialogues entre les différents personnages, parfois en duos, parfois à plusieurs. Viola Davis est à la hauteur de Denzel Washington pour lui donner la réplique, et leur interprétation est l'un des atouts du film, tout comme quelques scènes empreintes d'émotion et plusieurs moments forts –dont le rebondissement du scénario à mi-film.

Mais sur la longueur (c'est le cas de le dire puisque le film dure presque deux heures et demie), c'est très bavard, on est souvent soûlé par les paroles et les dialogues, et la réalisation très statique n'échappe pas au défaut du "théâtre filmé", avec une unité de lieu (la maison et le jardin) et des personnages qui entrent ou qui sortent comme s'ils étaient sur scène. Sans clôtures pour les en empêcher.

(Voir ci-dessous la bande-annonce du film):


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