Mariage pour tous

"Le sens de la fête": Jean-Pierre Bacri, show devant! (vidéo)

"Le sens de la fête" appartient à un genre particulier du cinéma français, les "Bacri movies". - ©Thibault Grabherr/Ten Films/Gaumont

"Le sens de la fête", le nouveau film des réalisateurs d'"Intouchables" Éric Toledano et Olivier Nakache qui sort ce mercredi dans les salles, raconte l'organisation d'un dîner de mariage par un traiteur professionnel et toute son équipe. L'occasion pour Jean-Pierre Bacri de faire un numéro d'acteur savoureux.

Depuis plus de trois décennies, c'est le bougon sympa du cinéma français. Bougon ET sympa: Jean-Pierre Bacri est toujours aussi râleur mais toujours aussi bienveillant dans Le sens de la fête (ce mercredi 4 sur les écrans), le nouveau film des réalisateurs d'Intouchables Éric Toledano et Olivier Nakache, qui le met en vedette et lui permet de faire le show.

Il y interprète Max, traiteur depuis 30 ans devenu un spécialiste des organisations de mariages. Il en a agencé des centaines, et il est même sur le point d'envisager de raccrocher, miné par la lassitude et une mauvaise passe sentimentale.

Mais présentement il continue d'assurer, avec un professionnalisme à toute épreuve. Il s'agit d'organiser un grand dîner de mariage chic avec 200 invités dans un château du XVIIe siècle. Comme d’habitude, il a tout coordonné et (presque) tout prévu: serveurs, cuisiniers, plongeurs, chefs de brigade, chanteur et musiciens, photographe. Il s'est occupé du menu, de la décoration florale, des plans de table, du déroulé de la soirée, en accord avec le marié, un jeune homme un rien arrogant et plutôt désagréable (Benjamin Lavernhe).

Max est le chef d'un orchestre aux nombreuses cacophonies, mais qu'il doit faire fonctionner avec harmonie malgré les caractères et les aptitudes de chacun, malgré les qualités et les défauts des vrais pros et des authentiques bras cassés qui composent son équipe.

Il y a Adèle, son jeune bras droit énergique et efficace, au fort caractère (Eye Haidara); le chanteur et DJ un peu ringard qui se prend pour une vedette (Gilles Lellouche); le photographe, un vieux copain tout aussi ringard, à qui il continue de faire appel même si personne ne veut plus de lui à l'ère des téléphones portables (Jean-Paul Rouve); son beau-frère un peu paumé, ancien prof de français et maniaque de la grammaire (Vincent Macaigne); un extra de dernière minute très amateur et très simplet, engagé par Adèle (Alban Ivanov); un jeune gendarme qui arrondit ses fins de mois; deux plongeurs-cuisiniers tamouls, engagés au noir comme la plupart de ses employés.

Bien sûr, les imprévus vont arriver en escadrille dans cette soirée, et bien sûr Max va y faire face les uns après les autres –pour que, quoi qu'il arrive, la fête soit réussie…

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C'est le sixième film que réalisent ensemble les inséparables Olivier Nakache, 44 ans, et Éric Toledano, 46 ans, dont la dernière collaboration, Samba (avec Omar Sy et Charlotte Gainsbourg), remonte à 2014, après l'énorme succès d'Intouchables en 2011. Avant de faire du cinéma, ils s'étaient connus dans les années 90 alors qu'ils étaient moniteurs de colonies de vacances, ce qui leur avait donné l'idée de leur deuxième film, Nos jours heureux en 2006.

Ce sont les souvenirs d'autres petits boulots de jeunesse qui ont donné naissance à ce scénario du Sens de la fête: "Pour ce film, nous avons rassemblé nos souvenirs car à une époque de vaches maigres, pour financer nos courts-métrages, Éric et moi avons exercé ensemble tout un tas de boulots dans le milieu de la fête dont celui de serveur dans les mariages. Nous avions donc vécu dans ces coulisses, ressenti la pression de ce métier et glané bon nombre d’anecdotes sur le sujet", raconte Olivier Nakache. Ce qui leur permet de savoir de quoi ils parlent, par exemple le petit secret des feuilletés aux anchois…

Le film, qui respecte l'unité de lieu et de temps, est mené sans temp mort, avec des dialogues bien ciselés et des gags et situations cocasses qui s'enchaînent à un rythme régulier, comme le résume bien la bande-annonce (voir ci-dessus). C'est très drôle, l'humour est parfaitement au point, avec une jolie fin où l'émotion prend le dessus, un peu de poésie et, comme dans tous les films de Toledano et Nakache, quelques touches de social tout au long du film.

C'est un film qui fait du bien, avec une multitude de personnages tous très typés, tous touchants et sympathiques dans leur genre (à part peut-être le marié), mais qui rend hommage au travail d'équipe. Et dans ce film choral tout tourne bien sûr autour de Jean-Pierre Bacri dont chaque apparition, à de rares exceptions près, déclenche le rire.

Dictateur à visage humain, il bougonne dès la scène d'ouverture dans laquelle un jeune couple l'énerve lentement mais sûrement en lui reprochant de ne pas être assez "inventif" pour baisser le prix du devis. Et en fin de film il pique une grosse colère d'anthologie –qu'on attend presque pendant tout le film, et on n'est pas déçu: "Y'a personne qui comprend que je joue ma vie, moi? À chaque soirée je joue ma vie", hurle-t-il à son équipe qui a multiplié les bêtises.

Bacri a participé au scénario et aux dialogues, aidant les deux réalisateurs avec qui il s'est fait une joie de travailler: "En lisant le scénario, j’ai retrouvé tout ce que j’aime chez eux et ce qu’on a peu l’habitude de voir au cinéma: une franche comédie qui fait beaucoup rire mais où l’on décèle aussi une grande bienveillance envers les personnages. Ils ont un regard sur les gens, une humanité que j’adore et qui m’émeut. C’est ce qui m’avait beaucoup plu déjà dans Nos jours heureux puis évidemment dans Intouchables. Cette qualité me les rendait sympathiques avant même de les rencontrer car on ne peut pas être foncièrement mauvais quand on fait de tels films", dit-il. Plus sympa que bougon, finalement.


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