Sortie ciné

"Love, Simon": coming out au lycée (critique)

Quatre amis de lycée, dont l'un a un "méga-secret". - ©20th Century Fox/Marvel

CRITIQUE - Dans "Love, Simon", qui sort mercredi en France, un lycéen américain homosexuel se pose des questions sur l'opportunité de faire son coming out. Depuis sa sortie aux Etats-Unis en mars, le film a fait des émules parmi la jeunesse.

SORTIE CINÉ - C'est un film américain pour ados, mais pas comme les autres. Dans Love, Simon, qui sort sur les écrans français ce mercredi 27 juin, un lycéen gay se demande s'il doit faire son coming out et affirme, comme le dit le slogan du film, qu'"on mérite tous une première grande histoire d'amour".

Simon, 16 ans, mène une vie normale, dans une banlieue résidentielle chic d'Atlanta en Georgie (côte sud-est des Etats-Unis), avec des parents aimants, compréhensifs et intelligents (Jennifer Garner et Josh Duhamel), une gentille petite sœur, des copains sympas, trois vrais amis (un garçon, deux filles) sur lesquels il peut compter.

Il est scolarisé dans un lycée clean et moderne, avec des camarades de classe propres sur eux, qui répètent Cabaret pour la fête de fin d'année, mettent leur ceinture en voiture même à l'arrière, se déguisent en John Lennon ou Cristiano Ronaldo pour Halloween, s'intéressent à leurs études, ont des émois adolescents mais pas trop sexuels, sont vierges, ne se droguent pas, et passent bien sûr leur temps les yeux rivés sur leur portable ou leur ordi.

Mais Simon a "un méga-secret". Il est gay et ne l'a encore dit à personne. Sa vie change le jour où il découvre, comme d'autres, un message anonyme, sur le blog du lycée, d'un certain Blue qui avoue son homosexualité. Sous le pseudo de Jacques et sous une adresse fictive (FromMyWindow1), il lui envoie un mail et, entre les deux, commence alors une communication entre deux jeunes inconnus qui partagent les mêmes interrogations, le même sentiment d'être mal dans sa peau, décalé, à l'écart des autres, seul au milieu de ses copains.

Simon se demande qui peut être ce fameux Blue, parmi tous les lycéens qui l'entourent, et meurt d'envie de le connaître et de le rencontrer. Mais alors qu'il élabore toutes les hypothèses possibles, un de ses camarades tombe sur un de ses mails et menace de révéler son secret à tout le monde…

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Depuis sa sortie aux Etats-Unis en mars, le film, adaptation d'un roman pour ados de Becky Albertalli, Moi, Simon, 16 ans, Homo sapiens, paru en 2012 (et en 2015 en France aux éditions Hachette), a eu un effet libérateur pour de nombreux lycéens et lycéennes, qui ont osé sauter le pas et faire leur coming out, notamment grâce aux réseaux sociaux qui sont largement évoqués dans le film.

Le réalisateur est Greg Berlanti, 46 ans, producteur de nombreuses séries télévisées de super-héros et réalisateur de deux longs-métrages de cinéma, Le club des cœurs brisés (2000) et Bébé mode d'emploi (2010). Dans la vie privée, il est en couple depuis 2013 avec un footballeur, Robbie Rogers, avec qui il a eu en 2016 un fils par gestation pour autrui. Le sujet du film lui est donc cher: "Faire ce film a été pour moi une expérience à la fois riche de sens et très agréable. Au lycée, je cachais que j’étais gay, personne ne le savait, je savais donc parfaitement ce qu’éprouve Simon pour l’avoir moi-même vécu. Cette histoire comptait beaucoup pour moi. J’avais déjà fait pas mal de films dans l’univers des ados et j’avais très envie de faire un film +de lycée+ qui aborde le thème de la sexualité. Quand on m’a proposé cette histoire sur le fait de clamer qui l’on est à la face du monde, qui avait en plus un point de vue gay, j’y ai vu un film qui pourrait parler à tout le monde, gay ou pas, et cela m’enthousiasmait beaucoup".

Plein de bons sentiments et avec bien sûr une happy end (qui n'évite pas l'insupportable manie des personnages de films américains de proclamer leur amour en public, sous les applaudissements de la foule), ce Love, Simon, en dépit de quelques scènes mélos et une histoire qui traîne un peu en longueur, est plutôt délicat et bien tourné, au ton sympathique fait pour un public jeune qui se reconnaîtra dans l'humour et la décontraction des personnages. C'est une vision un peu idyllique de la jeunesse américaine, des lycées, des réseaux sociaux. Mais le ton du film est sincère, "complètement universel, et nous concerne tous", dit le réalisateur.

Nick Robinson, jeune acteur de 23 ans remarqué en 2015 dans Jurassic World (il jouait l'un des neveux de la directrice du parc Bryce Dallas Howard, en visite dans le parc avec son petit frère), est omniprésent et très crédible dans le rôle principal. Il parvient à alterner, comme le veut le scénario, légèreté et gravité, suspense et humour.

Suspense car on se demande jusqu'à la fin qui est ce fameux Blue, et s'il va le rencontrer enfin. Humour à l'image du passage où, en voix off, il estime que "c'est vraiment injuste que le coming out soit réservé aux homos" et imagine, dans une courte scène hilarante, ses copains et copines avouer leur hétérosexualité à leurs parents.


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