The Washington Post

"Pentagon Papers": Tom Hanks et Meryl Streep défendent la liberté de la presse (vidéo)

Ben Bradlee (Tom Hanks) le rédac-chef et Katharine Graham (Meryl Streep) la patronne: un duo de choc à la tête du "Washington Post" dans les années 70. - ©UPI

En 1971, le "Washington Post" et sa patronne de l'époque ont emboîté le pas au "New York Times" pour défier la Maison blanche et la justice américaine en publiant des documents compromettant sur la guerre du Vietnam. C'étaient les "Pentagon Papers", nom du film de Steven Spielberg qui sort ce mercredi, avec en vedette le duo Meryl Streep-Tom Hanks.

C'est un formidable hommage à la liberté de la presse en général, au Washington Post en particulier, et plus précisément à son ancienne patronne Katharine Graham que rend Steven Spielberg dans son dernier film Pentagon Papers (le titre original est The Post), qui sort ce mercredi 24 sur les écrans français.

On est en 1971, en pleine guerre du Vietnam. Un journaliste du New York Times, le grand rival du Washington Post, obtient la copie d'un rapport de 7.000 pages rédigé en 1967 par le secrétaire à la Défense de l'époque, Robert McNamara. Le document est accablant et montre notamment que, depuis 30 ans, les gouvernements successifs (Truman, Eisenhower, Kennedy, Johnson) ont menti à propos du Vietnam et savaient que la guerre était une impasse.

Le New York Times publie une partie du rapport, et est aussitôt interdit de continuer à le faire par la justice qui estime qu'il s'agit de documents classés Secret Défense mettant en danger les troupes américaines au combat. De son côté Ben Bradlee (Tom Hanks), rédacteur en chef du Washington Post, est furieux que ses journalistes se soient fait voler ce scoop par la concurrence: "Vous n'en avez pas marre de lire l'info au lieu de l'écrire?", leur hurle-t-il.

Les fins limiers de la rédaction se mettent en quête du rapport et vont finalement l'obtenir eux aussi. Se pose alors la question: faut-il le publier, sous peine d'être sanctionné par la justice, comme l'a été le New York Times? La décision en revient à Katharine Graham (Meryl Streep), la patronne du journal depuis la mort de son mari, première femme directrice de la publication d’un grand quotidien américain.

Pour elle, dont le père avait acheté le journal en 1933 et qui est une amie de McNamara, c'est un cas de conscience. Le journal a des difficultés financières et est sur le point de vendre des parts pour entrer en bourse. Alors que Ben Bradlee la presse de donner son feu vert à la publication, avocats, banquiers, actionnaires, investisseurs et autres conseillers lui font comprendre qu'elle prendrait un risque mortel pour l'entreprise…

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"Le Washington Post a pris des risques considérables en publiant les Papers après l’interdiction imposée au New York Times. C’était le pire moment. Le Washington Post était au bord de la faillite et il fallait qu’il entre en Bourse pour subsister. Puis, au milieu de tout ça, il y a Katharine Graham qui doit prendre la décision la plus importante de toute l’histoire du journal. Pour moi, c’était à la fois l’histoire de la naissance d’un leader et d’un journal d’envergure nationale", explique Steven Spielberg, qui a voulu rendre hommage à cette femme hors du commun.

Au-delà de cette histoire particulière des "Pentagon Papers", le réalisateur dresse le portrait d'une femme de caractère, superbement interprétée par Meryl Streep, qui a su s'imposer dans un monde exclusivement masculin à l'époque, et qui a su résister aux pressions politiques, économiques et juridiques. Katharine Graham est morte en 2001 à l'âge de 84 ans, et sa fille Lally Graham Weymouth est aujourd'hui codirectrice de la publication du Washington Post.

Le film met également en scène la complicité du duo entre Katharine Graham et Ben Bradlee, tous les deux tournés vers le même objectif –mais avec des contraintes différentes (voir ici la photo des deux personnages réels, au moment des faits). Le rédacteur en chef du Washington Post, décédé en 2014 à l'âge de 93 ans, avait été incarné à l'écran par Jason Robards dans un autre grand film sur la liberté de la presse, Les hommes du président, d'Alan J. Pakula (1976), sur l'affaire du Watergate, avec Robert Redford et Dustin Hoffman (voir ici la photo qui a expliqué à toute une génération de journalistes la manière de mettre ses pieds sur un bureau quand on est rédacteur en chef).

Spielberg n'a pas son pareil dans l'art de dramatiser, de faire monter à la fois le suspense et l'émotion, de transformer en thriller des films portant sur des événements historiques. Le réalisateur de E.T. l'extraterrestre, de Jurassic Park, de La liste de Schindler ou d'Il faut sauver le soldat Ryan montre une nouvelle fois son habileté de metteur en scène au service de grandes idées, en ne ménageant pas son goût pour l'humour et l'émotion.

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Il a su faire de ce film autre chose qu'un simple long métrage historique, en y mettant beaucoup de rythme et, tout en étant précis sur les faits, en n'imposant pas aux jeunes générations une leçon d'histoire ou de c'était-mieux-avant.  

Certes c'était une autre époque, celle où les journalistes se précipitaient à l'aube devant le kiosque le plus proche pour avoir les premières piles de journaux du jour, celle où leurs outils de travail étaient des carnets à spirales et des machines à écrire, celle où ils descendaient dans la rue pour utiliser des cabines téléphoniques publiques avec des pièces afin de communiquer avec leurs sources secrètes, celle des rotatives et de la typographie au plomb qui produisaient chaque jour des quotidiens imprimés sur du papier… Et, certes, signe des temps et comme un symbole d'Internet qui a remplacé le papier, le Washington Post a été racheté en 2013 par le patron d'Amazon, le milliardaire Jeff Bezos.

Mais il n'est pas nécessaire d'être journaliste et/ou quinquagénaire pour apprécier ce film qui raconte cette époque. Car à l'heure du combat toujours en cours pour l'égalité hommes-femmes, à l'heure des Fake News, à l'heure des bouleversements technologiques et sociologiques dans la presse, à l'heure des réseaux sociaux, à l'heure où un twitto impulsif est à la tête de la première puissance mondiale, l'histoire de ces "Pentagon Papers" et de la manière dont le Washington Post et sa patronne ont réagi est plus que jamais d'actualité, passionnante et émouvante.


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