Sortie ciné

"Photo de famille": la fratrie perturbée de Vanessa Paradis (critique)

Vanessa Paradis retrouve frère, soeur et parents à l'occasion du décès de son grand-père. - ©SND

CRITIQUE – Belle distribution pour le film "Photo de famille", qui sort ce mercredi: Vanessa Paradis, Jean-Pierre Bacri, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps, Chantal Lauby.

SORTIE CINÉ – Très présents sur les écrans ces temps-ci, Vanessa Paradis et Jean-Pierre Bacri sont les deux têtes d'affiche du film Photo de famille, qui sort ce mercredi 5 sur les écrans et décrit les relations pas faciles entre un frère et deux sœurs qui ont du mal à s'aimer –mais s'aiment vraiment, finalement.

L'enterrement de leur grand-père est l'occasion pour Gabrielle, Elsa et Mao de se réunir –ce qu'ils font rarement– et de voir leurs parents, séparés de longue date et qui eux non plus ne se voient pas souvent.

Gabrielle (Vanessa Paradis), divorcée, plutôt cool et généreuse, vit avec son fils de 13 ans en pleine crise d'adolescence, qui a honte de sa mère, artiste de rue, et voudrait aller vivre avec son père. Elsa (Camille Cottin), prof de réinsertion sportive, est la plus énervée des trois, toujours tendue, mariée mais qui désespère de tomber enceinte. Enfin Mao (Pierre Deladonchamps), célibataire, concepteur de jeux vidéo très doué, alterne alcool et séances de psy pour tenter de noyer son mal de vivre chronique.

Leurs parents n'ont rien fait, au fil des ans, pour resserrer les liens de la famille. Claudine (Chantal Lauby) est psy et intellectualise tout, Pierre (Jean-Pierre Bacri) a toujours délaissé ses enfants et vit avec une femme qui a l'âge de ses filles –et qui attend un enfant.

Après l'enterrement, se pose pour la famille la question cruciale: que faire de la grand-mère, désormais veuve? A 87 ans, elle n'a plus toute sa tête et ne peut vivre seule. Gabrielle et Elsa acceptent de la prendre à tour de rôle, Mao refuse, et son propre fils Pierre serait plutôt partisan de placer sa mère dans une maison de retraite. Mais la vieille dame a une autre idée…

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Photo de famille fait partie de cette catégorie de films français dits choraux, noyés sous les dialogues et aux personnages névrosés qui expriment leur mal-être, dans de beaux appartements bien décorés, le tout agrémenté d'une musique mielleuse intermittente pour souligner les moments d'émotion.

Pourtant chaque spectateur pourra se sentir concerné par ces histoires de famille ou se reconnaître dans l'un des personnages, même s'ils sont tous un peu monolithiques. "Ce sont des gens qui ne se côtoient pas et qui ne s’entendent pas, au sens de «s'écouter». Ils souffrent d’une fracture originelle qui les empêche d’être heureux et pleins d’eux-mêmes. Mais ils s’aiment, il n’y aurait pas de film sinon", explique la réalisatrice Cécilia Rouaud, dont c'est le deuxième long-métrage après la comédie sentimentale Je me suis fait tout petit en 2012, déjà sur le thème de la famille et déjà avec Vanessa Paradis.

Celle-ci, très présente sur les écrans depuis deux ans (Maryline de Guillaume Gallienne, Chien de Samuel Benchetrit, Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez), agace un peu avec sa diction aiguë de petite fille. Camille Cottin, énervée chronique, Pierre Deladonchamps, silencieux ou tourmenté, et Jean-Pierre Bacri, bougon professionnel, ne sont pas non plus toujours à leur avantage dans ce film dont on se demande ce que l'on en attend: une happy end, plusieurs happy ends, un rebondissement, un drame?

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Vers la fin cependant, alors que le film continue de s'embourber dans les dialogues ("Goûte le yaourt, tu vas voir, il est très bon", dit Jean-Pierre Bacri à Pierre Deladonchamps en clôture d'une scène), quelques moments d'émotion qui sonnent un peu moins faux (deux courtes scènes de larmes de Jean-Pierre Bacri puis de Vanessa Paradis), quelques répliques un peu moins banales (Bacri toujours: "Je ne suis pas très bon en famille: en père, en fils, je ne suis pas très fort"), et l'épilogue, plutôt joli, sauvent presque le film. Presque.


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