Carré décapant

"The Square": la surprenante Palme d'or suédoise du Festival de Cannes (VIDÉO)

Une petite fille et un petit chat dans le carré de "The Square", c'est vers la fin du film... - ©Bac Films

Dénonciation grinçante de certains travers de la société moderne et de ses élites sociales et intellectuelles, le film suédois "The Square" sort ce mercredi dans les salles, cinq mois après avoir obtenu la Palme d'or au dernier Festival de Cannes.

Voici donc sur les écrans français ce mercredi 18 la Palme d'or qui a créé la surprise au dernier Festival de Cannes, déjouant la plupart des pronostics des journalistes sur place: The Square, du réalisateur suédois Ruben Östlund, satire grinçante des classes sociales aisées et intellectuelles.

Le personnage principal en est Christian (l'acteur danois Claes Bang, faux airs de Pierce Brosnan), conservateur d'un musée d'art moderne qui inaugure une nouvelle exposition baptisée The Square. Le point de départ en est un carré lumineux de 4 mètres sur 4 dans lequel les visiteurs sont invités à entrer, en respectant la plaque qui y est accolée: "Le Carré est un sanctuaire de confiance et de bienveillance. En son sein, nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs".

Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants, il roule en voiture électrique, a un métier intellectuel passionnant au salaire élevé, soutient les grandes causes humanitaires et a des idées de gauche. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs: quand il se fait  voler son téléphone portable et son portefeuille et quand l'agence de communication du musée lance à son insu sur Internet une campagne provocatrice, il se retrouve devant des difficultés inédites et adopte un comportement qu'il n'imaginait pas…

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"Dans The Square, nous devons faire face aux faiblesses propres à la nature humaine: lorsqu’on essaie de bien faire, le plus difficile n’est pas de se mettre d’accord sur des valeurs communes, mais d’agir en accord avec celles-ci", explique le réalisateur Ruben Östlund, 43 ans, inconnu du grand public en France. Son dernier film Snow Therapy en 2014 avait déjà ce ton décapant et cynique: une avalanche dans les Alpes françaises mettait à mal la cohésion d'une famille de touristes suédois.

"Tout comme Snow Therapy, The Square est un film dramatique et satirique", explique-t-il. "Sur le plan thématique, le film aborde plusieurs sujets, comme la responsabilité et la confiance, la richesse et la pauvreté, le pouvoir et l’impuissance, l’importance croissante que l’on accorde à l’individu par opposition à la désaffection vis-à-vis de la communauté et la méfiance à l’égard de l’État en matière de création artistique et de médias".

Il avait mis en pratique l'idée de départ du film lors d’une exposition artistique en 2015 sur la place principale de Varnamo, dans le sud de la Suède: un carré dans lequel les citoyens avaient en théorie les mêmes droits et les mêmes devoirs. Les visiteurs de l'exposition étaient ensuite invités à choisir deux entrées définies par deux phrases: "J’ai confiance en la société" ou "Je me méfie de la société". La plupart des gens choisissaient la première entrée, mais étaient ensuite réticents lorsqu’à l’étape suivante, il leur était demandé de poser leur portable et leur portefeuille sur le sol du musée...

Cette anecdote résume bien le ton du film: une critique des idées généreuses et des bonnes intentions qui restent au stade théorique et qu'on a du mal à mettre en application. Hermétisme et élitisme de l'art moderne, snobisme, machisme, racisme de classe, arrogance des intellos bobos, indifférence à l'égard des mendiants et des immigrés, cynisme et suivisme des médias et des réseaux sociaux ("Pour faire écrire un journaliste, il faut être clivant"): les cibles du réalisateur sont multiples, c'est presque un catalogue bien-pensant des travers des bien-pensants, un anticonformisme dénonçant l'anticonformisme, tout passe à la moulinette d'un film décapant, qui donne à réfléchir mais dont on ne sait pas trop où il va, et qui traîne en longueur dans sa seconde moitié.

Une exposition composée de petits tas de graviers qu'un homme de ménage détruit un soir, un intello barbu qui va au bureau avec son bébé, des invités BCBG au vernissage d'une exposition qui se précipitent vers le buffet comme des affamés, un chimpanzé qui fait office d'animal domestique de la journaliste qui couche avec le conservateur du musée, un gamin d'une famille pauvre qui menace celui-ci, une vidéo explosive qui fait scandale sur YouTube: il y a des moments forts, souvent drôles, à prendre au premier ou au deuxième degrés.

Dans le genre, la scène la plus impressionnante (et qui illustre l'affiche du film) est cette performance d'art moderne vivant dans laquelle un acteur monte sur les tables d'un dîner chic en imitant un singe. Les convives sourient et applaudissent au début, mais l'artiste pousse le bouchon très loin et tout dégénère quand il commence à casser des verres, à frapper des personnes et à devenir menaçant. Pour de vrai? Les spectateurs (du film) sont comme les convives (du dîner): on rit jaune, on ne sait pas trop où cela va s'arrêter, on se demande si c'est de l'art ou du cochon…


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