C'était dans "France-Soir"

Février 1958: Fangio enlevé à Cuba par les hommes de Castro (VIDEO)

La Une du 25 février 1958. - ©DR

A la fin de sa carrière, le légendaire pilote de formule-1 Juan-Manuel Fangio fut enlevé par les partisans de Fidel Castro à La Havane, à la veille du Grand Prix de Cuba. Un geste symbolique, le champion argentin étant relâché 26 heures plus tard.

Avant Michael Schumacher, le plus grand pilote de F1 de tous les temps était argentin et s'appelait Juan-Manuel Fangio. Il était quintuple champion du monde quand il fut enlevé par des partisans de Fidel Castro, dans son hôtel de La Havane, le dimanche 23 février 1958.

"Le coureur auto Fangio kidnappé à Cuba par des rebelles masqués dans le hall de son hôtel quelques heures avant le Grand Prix", titre France-Soir sur toute la largeur de sa première page le mardi 25 février. Fangio devait disputer, le lundi, le deuxième Grand Prix de Cuba, dont il avait gagné la première édition l'année précédente, sur Maserati. Il avait réalisé le meilleur temps des essais de cette deuxième édition.

"Juan-Manuel Fangio, le célèbre coureur automobile argentin, cinq fois champion du monde, qui devait courir lundi après-midi le Grand Prix de Cuba, a été enlevé à La Havane dimanche, à 21heures (3 heures du matin à Paris), dans le hall de son hôtel, par des rebelles", explique France-Soir en Une. Le quotidien de Pierre Lazareff précise que "les ravisseurs sont des partisans de Fidel Castro, le chef révolutionnaire qui mène une lutte acharnée contre le gouvernement Batista".

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Depuis deux ans, Fidel Castro et ses partisans, regroupés dans le Mouvement du 26 Juillet (M26), tentaient de renverser le régime du général Fulgencio Batista. Celui-ci était revenu au pouvoir en 1952 grâce à un coup d'Etat, après avoir été l'éminence grise de la junte militaire de 1933 à 1940 puis président de 1940 à 1944. "En kidnappant Fangio, coureur mondialement connu et idole des foules, les rebelles ont voulu attirer l'attention du monde sur leur lutte", souligne France-Soir, à côté de deux photos d'archive, l'une de Fangio, l'autre de Castro.

Le quotidien, toujours en première page, raconte comment l'enlèvement s'est déroulé: "20h59, dans le hall du Lincoln Hotel: +Que personne ne bouge!+, hurle un homme. Il applique un revolver dans le dos de Fangio et lui dit: +Viens avec nous!'+. 21 heures: Fangio est poussé dans une auto qui disparaît. La police est alertée par le représentant de Fangio à Cuba. 23 heures: chasse à l'homme monstre. Les 24 coureurs internationaux (qui devaient courir avec Fangio le Grand Prix de la Havane) sont gardés par la police".

Le but des ravisseurs était donc double: attirer l'attention internationale sur leur lutte et sur l'état catastrophique du pays, et faire annuler le Grand Prix de Cuba pour discréditer Batista.

Le premier objectif fut atteint. Fangio ne resta leur otage que 26 heures, avant d'être libéré devant l'ambassade d'Argentine 26 heures plus tard. Castro lui-même –qui avait ordonné l'enlèvement– s'excusera auprès du pilote, et celui-ci affirmera avoir été bien traité. Il dira même comprendre la cause de ses ravisseurs, développant un mini-syndrome de Stockholm (à l'époque l'expression, née en 1973, n'était pas encore connue).

L'autre objectif des révolutionnaires cubains, en revanche, ne fut pas atteint. Le deuxième Grand Prix de Cuba eut lieu comme prévu, le lundi après-midi, devant 150.000 personnes, le Français Maurice Trintignant (l'oncle de Jean-Louis Trintignant) remplaçant Fangio au volant d'une Maserati.

Mais la course, remportée par le Britannique Stirling Moss sur Ferrari, fut endeuillée par un grave accident. La Ferrari du coureur cubain Armando Garcia Cifuentes, dérapant sur une flaque d'huile, fonça sur la foule et fit sept morts et 40 blessés. Avoir été enlevé par les hommes de Castro "m'a peut-être sauvé la vie", dira plus tard Fangio.

Le pilote argentin, âgé à l'époque de 46 ans, avait sa carrière derrière lui. Après cinq titres de champion du monde (1951, 1954, 1955, 1956, 1957) et 24 victoires en 51 courses, il mettra fin à sa carrière quelques mois plus tard, n'ayant disputé que deux Grands Prix du championnat du monde 1958: le GP d'Argentine le 19 janvier et le GP de France le 6 juillet, deux courses dans lesquelles il finira quatrième.

Juan-Manuel Fangio est mort dans son lit le 18 juillet 1995 dans sa ville natale de Balcarce (Argentine), d'une crise cardiaque associée à une pneumonie, à l'âge de 84 ans.

Le général Batista, lui, fut chassé du pouvoir le 1er janvier 1959 par la révolution cubaine et finira sa vie en exil. Fidel Castro prit le pouvoir, qu'il ne quittera que 31 ans plus tard. Mais cela, c'est une autre histoire…

(Voir en cliquant ici, dans les archives de British Pathé en anglais, la vidéo de l'enlèvement de Fangio et du GP de Cuba 1958).

 


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