C'était dans "France-Soir"

Janvier 1956: Guy Mollet forme son gouvernement (VIDEO)

La Une du 28 janvier 1956 - ©DR

On attendait Pierre Mendès-France, ce fut Guy Mollet. Après les législatives du 2 janvier 1956, le président de la République René Coty charge le secrétaire général du Parti socialiste (qui s’appelait à l’époque SFIO) de former le gouvernement. Celui-ci battra le record de longévité de la IVe République.

En Une de France-Soir du samedi 28 janvier 1956, les Français apprennent que le président René Coty a choisi Guy Mollet comme chef du gouvernement, alors qu’on s’attendait plutôt à un autre dirigeant socialiste, Pierre Mendès-France.

"Désigné par M. René Coty pour dénouer la crise, Guy Mollet forme son ministère", titre le quotidien de Pierre Lazareff, qui fait état d’"entretiens multipliés du leader socialiste".

Ce nouveau gouvernement est issu des législatives du 2 janvier 1956, qui seront les dernières de la IVe République. Et, typiques de cette IVe République où les gouvernements ne duraient que quelques mois au gré des manœuvres des partis, ces élections n’ont pas dégagé de majorité claire et nette.

cetait_dans_fs_45.jpeg

Ce contenu n'est pas compatible AMP. Cliquez-ici pour accéder au site mobile

C’est le prédécesseur de Guy Mollet à la présidence du Conseil, Edgar Faure, qui avait réclamé et obtenu la dissolution de l’Assemblée, après la chute de son gouvernement en novembre 1955. Mais la manœuvre a échoué: la droite et le centre-droit d’Edgar Faure (exclu du Parti radical) et d’Antoine Pinay (avec notamment le MRP, le CNIP et l’aile droite du Parti radical) ont perdu de peu ces élections au profit du "Front Républicain" regroupant la SFIO de Guy Mollet, l’UDSR de François Mitterrand, les gaullistes de gauche (Républicains sociaux) de Jacques Chaban-Delmas et l’aile gauche du Parti Radical menée par Pierre Mendès-France.

Celui-ci étant considéré comme le vainqueur des élections, on s’attendait à son retour à la tête du gouvernement, tâche qu’il avait déjà assumée en 1954-1955. Mais l’hostilité du MRP à son égard a obligé René Coty à choisir plutôt Guy Mollet.

Même pour le Quai d’Orsay, les gaullistes du MRP sont hostiles à Mendès-France, coupable à leurs yeux de s’être opposé, depuis plusieurs années, au projet de Communauté Européenne de Défense (CED). "L’exclusive MRP contre la présence de Mendès-France aux Affaires étrangères reste une des principales difficultés" de la formation du nouveau gouvernement, souligne France-Soir en première page.

Le journal résume ainsi les tractations: "M. Guy Mollet constitue son gouvernement. Le secrétaire général du parti socialiste, pressenti hier soir par le président Coty, a accepté, pour dénouer la crise, de former le premier ministère de la nouvelle législature. Il s’est installé place Beauvau, au ministère de l’Intérieur, où il procède à un certain nombre de consultations techniques. Il se présenterait au début de la semaine prochaine, mardi au plus tôt, devant l’Assemblée nationale pour solliciter l’investiture".

France-Soir estime qu’"une large majorité paraît dès à présent assurée au leader socialiste". De fait, le 5 février, l’investiture lui sera accordée par les députés par 420 voix contre 71. Mais, ajoute le quotidien, "deux difficultés essentielles persistent dans la formation du cabinet: les Affaires étrangères, l’Economie nationale". Pour le premier poste, plutôt que Mendès-France, Guy Mollet choisira Christian Pineau (SFIO). Pour le second, un autre socialiste sera nommé, Robert Lacoste (qui sera remplacé en février par Paul Ramadier, SFIO lui aussi).

Dans ce gouvernement Guy Mollet, Pierre Mendès-France aura le portefeuille de ministre d’Etat, sans affectation particulière, toute comme Jacques Chaban-Delmas. François Mitterrand sera nommé garde des Sceaux.

Pendant ses quelque 16 mois aux affaires –record de longévité de la IVe République–, ce gouvernement de Guy Mollet prendra des décisions importantes: troisième semaine de congés payés, création de la vignette automobile pour financer l'aide aux personnes âgées sans ressources, mesures d'aide au logement, expédition de Suez avec la Grande-Bretagne, signature du Traité de Rome, indépendance du Maroc et de la Tunisie.

Mais la guerre d’Algérie restera le problème principal des pouvoirs publics. Guy Mollet fera voter des pouvoirs spéciaux pour l’armée en mars 1956. En désaccord avec lui sur cette question algérienne, Mendès-France démissionnera du gouvernement en mai 1956.

Un an plus tard, le gouvernement sera mis en minorité à l’Assemblée nationale et Guy Mollet sera remplacé par le radical-socialiste de droite Maurice Bourgès-Maunoury, le 13 juin 1957.

Par la suite Guy Mollet sera ministre d’Etat du gouvernement De Gaulle pendant six mois fin 1958, dans les derniers mois de la IVe République, avant de retourner dans l’opposition de gauche. Secrétaire général de la SFIO depuis 1946, il le restera jusqu’en 1969, année où le parti changera de nom pour devenir le Parti socialiste.

(Voir ci-dessous la première déclaration télévisée de Guy Mollet après sa nomination, le 4 février 1956):

 

 


Voir la version optimisée mobile de cet article