C'était dans "France-Soir"

Le 8 novembre 1944, naissance de "France-Soir"

La première Une de "France-Soir", le 8 novembre 1944. - ©DR

Il y a 74 ans naissait "France-Soir". Fondé par Robert Salmon et Pierre Lazareff, le nouveau quotidien qui allait révolutionner la presse française prenait la suite de "Défense de la France", journal clandestin de la Résistance créé trois ans plus tôt.

C'était un mercredi. Le 8 novembre 1944 est une date importante de l'histoire de la presse française. Ce jour-là est né le plus grand quotidien de la seconde moitié du XXe siècle: France-Soir.

Pourtant le premier exemplaire de ce nouveau journal, vendu deux francs à l'époque, ne porte pas le numéro-1. On peut y lire, en haut à gauche, sous la manchette, la mention "4e année - N°117".

C'est que France-Soir, ce jour-là, prend la succession de Défense de la France, un journal clandestin créé trois ans plus tôt, pendant la Résistance, par deux jeunes étudiants de la Sorbonne: Robert Salmon et Philippe Viannay.

Et donc, sous le sur-titre "Le grand quotidien de Paris", le nom du journal de ce 8 novembre 1944 est double: France-Soir et Défense de la France (DF).

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C'est le 30 juillet 1941 que Robert Salmon et Philippe Viannay, alors âgés de 23 et 24 ans, ont fait paraître, tiré dans les caves de la Sorbonne à 5.000 exemplaires, le premier numéro de Défense de la France. Le journal clandestin allait atteindre plus de 400.000 exemplaires avant de s'installer, en août 1944, pendant la libération de Paris, dans l'immeuble du 100 rue Réaumur, Robert Salmon et ses camarades en délogeant les Allemands qui y imprimaient leur propagande.

France-Soir est né de la rencontre, quelques mois plus tard, en octobre 1944, entre Robert Salmon et Pierre Lazareff.

Celui-ci, âgé de 37 ans, avait déjà plus d'une vingtaine d'années de journalisme derrière lui: il avait écrit ses premiers articles à 15 ans et avait dirigé, dans les années 1930, le grand quotidien de Jean Prouvost, Paris-Soir.

Exilé pendant quatre ans aux Etats-Unis –où il travaillera pour la radio américaine à destination de l'Europe occupée–, Lazareff demande, à son retour à Paris en 1944, à rencontrer Robert Salmon. Il lui explique qu'il veut prendre de vitesse Philippe Barrès, le fils de Maurice Barrès, qui a obtenu du général de Gaulle l’autorisation de lancer un journal du soir du nom de Paris-Presse.

La suite, Robert Salmon, décédé le 23 octobre 2013 à 95 ans, l'a racontée en 2011 dans un documentaire sur Arte consacré à la Résistance: "Je lui dis «Pierre, écoutez, tout le monde pense à Paris-Soir, que vous avez fait. S'il prend Paris, il nous reste Soir. Alors on va l'appeler France-Soir». Il me dit «D'accord. Ce ne sera pas facile à prononcer, Fran-ce-Soir». Je lui dis «Si vous trouvez mieux... ». Et donc on l'a appelé France-Soir, parce que Barrès faisait paraître Paris-Presse".

Ainsi est donc né France-Soir qui, quelques semaines plus tard, ce 8 novembre 1944, multiplie les titres en première page de son premier numéro: "Dans les Vosges, les forces françaises dominent les positions ennemies"; "Au Palais du Luxembourg, cet après-midi, l'Assemblée consultative inaugure ses travaux"; "Sur la route du charbon: les mines produisent trois fois moins qu'au printemps"; "L'Amérique vote aujourd'hui"; etc.

Sous le titre du journal, en haut à droite, France-Soir/Défense de la France indique son adresse: "Rédaction – Administration – 100 rue Réaumur". Le quotidien restera dans cet immeuble mythique pendant plus de quatre décennies.

Sous la houlette de Pierre Lazareff, France-Soir, fort de ses sept éditions quotidiennes étalées sur toute la journée, dépassera la barre du million d'exemplaires dix ans après son lancement (en Une, le nom du journal sera souligné de la phrase "Le seul quotidien français tirant à plus d'un million") et atteindra le million et demi dans les années 1956-1958, pendant la guerre d'Algérie.

Le 11 novembre 1970, le numéro consacré à la mort du général de Gaulle constituera le record des ventes: un tirage de 2.264.000 exemplaires, soit quelque six millions de lecteurs.

Après la mort de Pierre Lazareff le 21 avril 1972, France-Soir, comme la plupart des autres quotidiens, subira la baisse régulière de la presse écrite. Le dernier numéro imprimé sur du papier-journal paraîtra dans les kiosques le mardi 13 décembre 2011.

Mais France-Soir a su s'adapter aux changements, tant dans les évolutions technologiques que dans le mode de consommation de la presse. Un hebdomadaire numérique disponible sur iPad, FranceSoir l'e-mag, de mars 2013 à octobre 2014, puis la relance du site internet FranceSoir.fr, le 8 novembre 2014, témoignent que le titre reste fort dans l'esprit des Français, qui lui sont restés fidèles toutes générations confondues.

Plus de sept décennies après sa naissance, France-Soir est toujours vivant.


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