C'était dans "France-Soir"

Septembre 1976: le monde sans Mao (VIDEO)

La Une du 10 septembre 1976. - ©DR

Le 9 septembre 1976, une page de l’histoire du XXe siècle s’est tournée. Mao, au pouvoir en Chine depuis plus d’un quart de siècle, est décédé à 82 ans. Sa mort a constitué le premier pas vers une ouverture du pays au monde extérieur et aux réformes économiques, une évolution encore en cours.

"Mao est mort": la manchette est sobre et énorme en Une de France-Soir ce vendredi 10 septembre 1976, pour annoncer le décès du Grand Timonier, la veille, à 82 ans, des suites d'une longue maladie.

Une photo de profil du dirigeant chinois, coiffé d'une casquette, occupe la majeure partie de cette première page, avec cette légende, elle aussi très sobre: "Mao est mort. Le héros de 800 millions de Chinois avait 83 ans" (82 en fait, car il était né le 26 décembre 1893).

En sur-titre, France-Soir précise: "A 10h05, le monde apprend la nouvelle. A Pékin, des haut-parleurs diffusent dans la rue des marches funèbres et l'Internationale".

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De santé fragile depuis plusieurs années, Mao Tsé-toung (c'est comme cela qu'on transcrivait son nom à l'époque, avant de passer à Mao Zedong) souffrait de problèmes cardiaques et de la maladie de Charcot (ou maladie de Lou Gehrig) provoquant une dégénérescence nerveuse du système respiratoire et de la gorge. Mais le Grand Timonier, au pouvoir depuis 1949, est intervenu dans les affaires du pays jusqu'aux derniers mois.

Dans son éditorial titré "Le monde sans Mao", Benoît Rayski écrit: "Il n'y a pas aujourd'hui dans le monde, et quelles que soient ses opinions ou ses passions, un seul homme qui ne ressente plus ou moins confusément que, comme celle de Staline, la mort de Mao annonce une nouvelle époque". Staline était mort en 1953, après avoir dirigé l'URSS lui aussi pendant plus d'un quart de siècle.

Benoît Rayski ajoute: "C'est une grande période de l'histoire de la Chine et de l'histoire du monde qui se clôt avec la mort de Mao. C'est aussi une des plus grandes et une des plus originales épopées du communisme qui se termine avec lui".

Dans cette édition spéciale, France-Soir annonce en Une plusieurs articles intérieurs, dont "Mao a conquis la Chine en 368 jours de marche et de combats": il s'agit de la "Longue Marche", cette période entre le 15 octobre 1934 et le 19 octobre 1935 au cours de laquelle l'Armée rouge, avec Mao à sa tête, était poursuivie par l'Armée nationale révolutionnaire du Kuomintang, dirigée par Tchang Kaï-chek, durant la guerre civile chinoise.

Autre titre d'article intérieur, le portrait du Grand Timonier: "Mao le paysan est devenu le héros de 800 millions de Chinois". Il était né dans une famille de paysans aisés à Shaoshan, dans la province du Hunan, dans le centre du pays. C'est là qu'en 1911 il assista à la fin de l'Empire et à la chute de la dynastie Qing qui régnait sur le pays depuis 1644.

La première République de Chine, installée en 1912, durera officiellement jusqu'en 1949, date de la proclamation par Mao de la République populaire de Chine, au terme plus de trois décennies de luttes, de combats, de guerre civile et d'occupation japonaise pendant la Seconde guerre mondiale.

Mis en difficulté après le "Grand Bond en avant" de 1958 et la famine qui s'en suivit, Mao avait regagné de l'autorité en 1966 en lançant la "Révolution culturelle", avant de nouveau une période de flottement et d'incertitude au cours de laquelle Zhou Enlai, le Premier ministre depuis 1949, reprit l'ascendant... jusqu'à sa mort le 8 janvier 1976, huit mois avant celle de Mao.

Benoît Rayski conclut son éditorial sur les incertitudes de la période à venir: "On dira désormais +Après Mao+, comme on a dit +Après Staline+. Mais nul ne sait aujourd'hui encore ce qu'il faudra en dire".

Après Mao, c'est Deng Xiaoping, écarté par le Grand Timonier à la fin de sa vie et considéré comme le chef de file des réformateurs, qui engagera le pays sur la voie de l'ouverture au monde et des réformes économiques et politiques, et remettra en cause l'héritage des années Mao.

Mort en 1997 à l'âge de 92 ans, Deng Xiaoping avait, dès 1962 devant les cadres du Parti, estimé que "peu importe qu'un chat soit blanc ou noir, s'il attrape les souris, c'est un bon chat". Un pragmatisme plus que jamais en vigueur dans la Chine d'aujourd'hui, quatre décennies après la mort de Mao.

(Voir ci-dessous, sur le site de l’INA, la vidéo des obsèques de Mao le 15 septembre 1976 sur TF1, commentées par Léon Zitrone):


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