Balance commerciale

Exportations: pourquoi la France ne parvient pas à inverser la tendance?

La France creuse un peu plus sa balance commerciale, année après année. - © CHARLY TRIBALLEAU / AFP/Archives

Depuis 2004, la balance commerciale de la France est déficitaire. Et le fossé se creuse un peu plus encore, année après année. Rien ne semble inverser la tendance, pas même le retour de la croissance. Jean-Yves Archer, spécialiste des finances publiques et dirigeant du cabinet Archer, analyse pour "France-Soir" pourquoi le chantier de la balance commerciale est si colossal.

La France est malade de son exportation. En effet, notre balance commerciale des biens et services, en 2017, affiche un déficit de 62,3 milliards d'euros contre 48,3 milliards l'année précédente. Ce n'est plus un trou d'air, c'est une fuite en avant de nature structurelle qui remonte avant la crise de 2008.

Une première remarque s'impose: le niveau de nos importations est reparti à la hausse du fait de la remontée du prix des produits pétroliers et surtout du fait que notre appareil productif importe de plus en plus de biens intermédiaires afin d'assurer notre production finale. Cette propension croissante révèle la dépendance intra-sectoriel de nos filières productives à ces importations et explique que le retour de la croissance (à près de 2% par an) ne s'accompagne nullement d'un rétablissement du commerce extérieur.

L'aéronautique, l'automobile et l'agroalimentaire restent des valeurs sûres pour l'exportation mais il faut prendre les informations initiales avec prudence. Ainsi, le contrat de ventes de Rafale à l'Egypte est désormais soumis à une forme de sévère aléa nord-américain via une menace d'embargo sur un composant U.S de l'avion français. Il faut en déduire que la bataille de l'exportation est d'abord matérielle (notre offre répond-t-elle à la demande internationale? Sommes-nous compétitifs en prix? En qualité? En délais?) puis contractuelle (cas des transferts de technologies par exemple) et juridique (voir le cas des lois extraterritoriales édictées à Washington ou les règles de l'OMC).

Cette complexité relative de l'acte d'exporter explique sans doute que seules 125.000 entités sont exportatrices ce qui est, en proportion de la démographie des entreprises, près de trois fois moins que l'Allemagne et ses redoutables ETI sous contrôle familial ("Mittelstand") qui sont près de quatre fois plus nombreuses que leurs 3.200 homologues hexagonales. De la même manière, l'Italie a de fortes capacités exportatrices via le dynamisme de ces PME-PMI situées dans le nord du pays. Ainsi, dans le secteur du luxe, leur agilité vient tenter d'éroder nos positions dominantes (LVMH, Kering, etc.).

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Le premier ministre Edouard Philippe vient récemment d'annoncer une série de mesures afin de simplifier le dispositif public de soutien à l'exportation. On compte –comme souvent dans notre pays– une multitude d'acteurs depuis les régions, les chambres de commerce ou encore BpiFrance et Business France. Le constat du gouvernement est que la bataille de l'exportation sera gagnée si l'on parvient à mobiliser des centaines de PME actuellement réticentes voire timorées. Dès lors, Business France va créer des partenariats stratégiques avec les organismes consulaires afin de prédisposer les PME à l'exportation. Tandis que BpiFrance, efficacement managée, va étendre sa gestion des garanties à l'exportation -reprises, il y a près de 18 mois, à la Coface– aux ETI et aux PME jugées éligibles.

Si ce dispositif est effectivement mieux orienté, il n'en demeure pas moins qu'il fait l'impasse sur le portage commercial qui consiste à voir un grand groupe épauler une PME dans ses premiers pas à l'export. Personnellement, il m'est arrivé à de nombreuses reprises de mesurer l'efficience du portage dans le domaine parapétrolier ou agro-alimentaire (viticole en l'occurrence) et énergétique, via le Comité Richelieu (voir ici). Un soutien public clair et net eût été le bienvenu en matière de portage.

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Une chose est, en revanche, acquise, le CICE élaboré par le président Hollande n'a eu que fort peu d'impact comme le démontre l'étude récente des deux universitaires Thierry Mayer et Clément Malgouyres (voir ici). Leur constat est sans appel: les exportations des 5% des firmes qui ont le moins bénéficié du CICE s'élevaient à 40% de leur chiffre d'affaires. Tandis que les 5% primo-bénéficiaires du dispositif voyaient leurs exportations ne peser que 17% de leurs ventes. Tant pour l'emploi que pour l'exportation, le CICE aura été une gabegie loin d'un rapport réaliste de type euro investi/rendement.

De nos jours, l'exportation est essentiellement placée sous l'égide du ministre des Affaires étrangères et il faut bien constater que ceci fait sens selon plus d'un observateur, notamment les chambres de commerce internationale. Pour conclure par un seul chiffre: nous présentons un déficit commercial de 31 milliards avec la Chine et de 17 milliards avec l'Allemagne. Voilà donc désignées d'évidence les cibles prioritaires de nos futurs efforts nationaux…


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