"Résistance populaire dans la région de l'est"

Syrie: des forces clandestines du régime implantées en zone kurde

La Résistance populaire dans la région de l'est agit notamment dans les ruines de Raqqa, contrôlées par les FDS. - © BULENT KILIC / AFP/Archives

Si les Forces démocratiques syriennes doivent faire face à la menace turque qui plane sur Manbij (nord de la Syrie), elles doivent désormais se méfier d'autres éléments au sein du territoire qu'elles contrôlent. Matteo Puxton, spécialiste des questions de défense et observateur de référence du conflit irako-syrien, présente en partenariat avec "France-Soir" des combattants syriens fidèles au régime de Damas implantés en zone kurde, la Résistance populaire dans la région de l'est.

Alors que la situation se tend dangereusement autour de la ville de Manbij, prochain objectif désigné par le président Erdogan, entre la Turquie, qui a reconquis le canton d'Afrin avec l'aide de ses alliés rebelles syriens, et les Forces démocratiques syriennes (FDS), appuyées par les Etats-Unis et la coalition anti-EI, les FDS et leurs alliés étrangers doivent affronter une nouvelle menace. Celles de formations clandestines se revendiquant du régime syrien et qui pourraient mener des actions de guérilla pour préparer une éventuelle offensive de Damas afin de reconquérir les territoires conquis par les FDS depuis 2015.

Le 24 février 2018, une page Facebook intitulée "Résistance populaire dans la région de l'est (Raqqa)" apparaît sur le net. L'emblème de cette organisation, un cercle dans lequel s'inscrivent les couleurs du régime syrien, avec au centre un poing levé tenant un fusil muni d'une lunette de visée (ce qui rappelle l'emblème des Gardiens de la Révolution iraniens et du Hezbollah libanais), le nom du groupe et en bas la mention "bureau d'information", rattache la page aux forces du régime syrien. La photo de couverture de la page Facebook, quant à elle, reprend l'emblème et des images explicites, anti-américaines, avec ces slogans visibles: "Votre domination sur la terre de Syrie va s'effondrer; Mort à l'Amérique; Chute de l'Amérique et d'Israël ". Dès ce jour-là, une première vidéo filmée avec un téléphone portable (le groupe ne poste pas ses vidéos via une plate-forme de partage comme YouTube, mais uniquement sur la page Facebook) montre le drapeau du régime syrien installé au milieu des ruines dans Raqqa.

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Le lendemain, 25 février, une autre vidéo montre un véhicule circulant dans les ruines de Raqqa. L'homme à la place du passager avant, qui filme la scène, tient une feuille sur laquelle est écrit un texte en arabe: "Résistez à l'occupant américain; La Résistance populaire à Raqqa". Une autre vidéo mise en ligne le même jour montre un drapeau du régime syrien préparé par la formation, où est inscrit: "Mort à l'Amérique" et "La Résistance populaire à Raqqa".

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Le 26 février, une vidéo annonce la création, par les partisans du régime syrien, d'une nouvelle formation dénommée Résistance populaire dans la région de l'est, parfois appelée Résistance populaire à Raqqa. Le groupe explique en particulier vouloir lutter contre les Américains, et leurs soutiens locaux. Peu de détails sont disponibles sur les origines de cette formation: certaines sources expliquent qu'elle serait financée par le régime syrien et chapeautée par Hussam Qatarji, un homme d'affaires syrien proche du régime qui a déjà contribué au réseau des "forces populaires". Un communiqué publié par la page Facebook ce jour-là loue l'armée arabe syrienne et Bachar al-Assad.

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Capture de la vidéo annonçant la naissance de la formation, mise en ligne le 27 février 2018.

Le 28 février, une autre vidéo de circulation en voiture à l'intérieur du Raqqa est mise en ligne. Cette fois-ci, le passager tient un texte écrit en anglais: "Down with America".

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Le 1er mars, la page Facebook publie un poster où il est inscrit que les Etats-Unis soutiennent le terrorisme. Une série de photos postées sur la page a probablement été prise à Raqqa ou à proximité. Une photo présente des obus d'artillerie sur lesquels sont inscrits notamment les mots "Mort à l'Amérique".

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Les vidéos de circulation en voiture dans Raqqa publiées le 2 mars se déroulent pour partie dans la rue du 23 février de Raqqa. Les clichés pris la veille, repostés et augmentés d'un ou deux supplémentaires, semblent finalement avoir été pris à Mansourah ou sur la route de Mansourah, à moins de 30 km au sud-ouest de Raqqa.

Le 3 mars, une vidéo montre, de nuit, deux hommes hisser le drapeau du régime syrien sur le toit d'un bâtiment.

Le 11 mars, un membre du groupe se filme dans un bureau municipal, probablement celui d'al-Hamam, une localité située entre Mansourah et Raqqa. Une autre vidéo montre un véhicule circulant dans les rues de Mansourah. Une troisième montre le véhicule sur une route dans l'ouest de la province de Raqqa. Le 27 mars, un agent de renseignement des FDS est assassiné par des assaillants armés inconnus et son corps jeté sur la route au sud de Mansourah; assassinat qu'on ne peut formellement attribuer à ce groupe, mais l'hypothèse reste envisageable, parmi d'autres.

Le 28 mars, une vidéo filme le drapeau du régime syrien dans Raqqa, au niveau de l'hôpital national et du poste de commandement de la police. Une seconde vidéo montre le drapeau dans une autre rue de la ville.

Le 29 mars, un communiqué dénonce un "nouvel accord Sykes-Picot" pour priver la Syrie de sa région orientale; le texte insiste sur l'idée que la France en est partie prenante, puisqu'elle aurait décidé l'envoi de troupes à Manbij (!) pour soutenir les Kurdes syriens.

Le 1er avril, la soi-disant première vidéo d'opération militaire est diffusée: le groupe, de nuit, tire au moins deux obus de mortier sur la base américaine installée sur l'ancienne base de la brigade 93 de l'armée arabe syrienne à Ayn el-Issa, d'après le commentaire. Un communiqué demande d'ailleurs de diffuser au maximum cette vidéo. En réalité, cette vidéo est une archive de l'époque de la guérilla en Irak post-occupation américaine (après 2003) réutilisée. Il s'agit d'un groupe insurgé, Kataïb Salah ad-Din al-Ayyoubî, qui tire au mortier de 120 mm sur une base américaine au nord de Bagdad... Un autre communiqué annonce que les membres du groupe vont combattre les soldats américains jusqu'à ce qu'ils quittent le pays.

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La vidéo de bombardement au mortier de la base d'Ayn el-Issa est une archive d'un groupe insurgé sous l'occupation américaine en Irak, Kataïb Salah ad-Din al-Ayyoubî.

Le 4 avril, une nouvelle vidéo montre le drapeau de la formation accroché sur un bâtiment dans Raqqa. Un communiqué loue la libération de Sheikh Hassoun al-Dandan, de son frère Ibrahim al-Dandan et d'Ismail al-Mashi, arrêtés par l'Ayasish, les renseignements des FDS, après une manifestation tribale à Manbij qui réclamait le départ des FDS et des Américains et appelait au retour du régime syrien.

La page Facebook affiche très clairement le soutien du groupe à Bachar al-Assad. La formation souhaite même combattre aux côtés de l'Armée arabe syrienne. L'emblème rattache nettement la formation à "l'axe de la résistance". Le discours est marqué par l'hostilité contre les Américains et les pays occidentaux comme la France, et également contre les Forces démocratiques syriennes. Pour l'instant ce groupe, qui n'est présent que sur Facebook, se contente d'activités de propagande, par ses vidéos tournées dans les villes sous contrôle des FDS (Raqqa, Mansourah), et en hissant le drapeau du régime syrien dans Raqqa. Ses capacités militaires semblent nulles pour le moment, comme en témoigne le réemploi d'une vidéo d'archive. Pour autant, le régime syrien, qui reste proche géographiquement, au sud et à l'est de la province de Raqqa, pourrait vouloir donner les moyens à cette formation de mener des actions de guérilla pour déstabiliser les FDS. Au vu du discours anti-occidental de cette unité, elle pourrait s'attaquer aux forces américaines ou françaises présentes dans le secteur.

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Le 29 mars à Manbij, un convoi de la coalition, qui menait une opération contre un personnage de l'EI, a été frappé par un IED qui a tué un militaire américain probablement membre de la Delta force et un soldat britannique, en blessant aussi cinq autres. Très peu de détails ont filtré sur cette attaque qui pourrait très bien, entre autres hypothèses, avoir été commise par des partisans du régime syrien à Manbij.


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