Coup de blues ou vraie maladie?

Petite déprime ou vraie dépression? A quel moment s'inquiéter

Déprime "simple" ou vraie dépression sont difficiles à distinguer. - ©Mood Board/Sipa

Pas toujours facile de distinguer le "coup de blues", un sentiment normal en certaines circonstances, de la dépression, vraie maladie nécessitant une prise en charge adéquate. Des signes existent pourtant pour éviter la confusion. Pour "France-Soir", le psychanalyste Rodolphe Oppenheimer rappelle où se trouve la limite entre deux états qui, s'ils peuvent se ressembler, n'appellent pas du tout la même réaction.

Le "coup de blues" est un état normal, que l’on ressent tous au moins une fois dans sa vie. Nostalgie, tristesse passagère liée à un événement négatif, baisse de moral liée à un stress dans sa vie professionnelle… Mais cet état est passager et ne dure pas plus de quelques semaines.

La dépression, au contraire, est bien plus profonde et bien plus grave. Cependant, cette maladie souffre encore d’être trop peu connue et trop peu identifiée voire prise au sérieux. Comment différencier une simple déprime passagère d’une dépression?

> Le coup de blues, un malaise passager

Tout le monde connaît donc au moins une fois dans sa vie une période de coup de blues. Mais cet état de déprime, contrairement à la vraie dépression, est passager. Cela peut être causé par un traumatisme émotionnel (rupture, décès d'un proche), un échec dans sa vie privée ou professionnelle, ou même des éléments extérieurs (l’hiver, notamment, favorise les baisses de moral du fait du manque de lumière et des températures basses). Généralement, le coup de blues est de courte durée et passe grâce à l'entourage, d’un événement heureux, voire de l'aide d’un médecin.

Les symptômes de la déprime sont donc plutôt superficiels et facile à traiter: une humeur sombre, une baisse d’énergie, l’envie de ne rien faire, des insomnies. Le déprimé peut avoir des idées noires, mais elles restent temporaires.

Le coup de blues est tout à fait normal et fait partie des émotions humaines. C’est lorsque ce coup de blues se transforme en dépression qu’il faut agir.

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> A quel moment peut-on parler de dépression?

La dépression est donc bien plus grave que la déprime: il s’agit d’un trouble psychiatrique réel et durable. Elle peut être aussi bien liée à des facteurs personnels (antécédents familiaux, capacité à toujours voir le mauvais côté des choses) qu’à des facteurs environnementaux (deuil, divorce, isolement social…).

Comme la déprime, la dépression est caractérisée par des idées noires, une humeur sombre et une perte d’intérêt pour les activités de la vie quotidienne, tout cela de manière bien plus intense. En voici les principaux symptômes, qui la différencient du simple coup de blues: une tristesse permanente, une anhédonie (l’absence de toute sensation de plaisir), une fatigue intense, la dévalorisation, culpabilisation ou perte de confiance en soi, des troubles du sommeil et de l’appétit, la diminution de la capacité de concentration et enfin, des idées suicidaires.

La tristesse ressentie par le dépressif est permanente et n’est pas influencée par les éléments extérieurs, contrairement à la tristesse liée au coup de blues.

Comment savoir s’il s’agit d’un coup de blues ou d’une dépression? Les symptômes sont en effet similaires, et la dépression commence toujours par un coup de blues. Selon les professionnels, les signes qui ne trompent pas sont la durée de la déprime (si elle se prolonge plus de deux semaines, alors on peut parler de dépression) et l’intensité de la tristesse ressentie (si elle envahit toutes les pensées et empêche au patient de ressentir toute joie de vivre, alors il s’agit d’une dépression).

> Que faut-il faire lorsque l’on a diagnostiqué une dépression?

La dépression n’est pas une maladie à prendre à la légère, d’autant plus qu’elle peut toucher n’importe qui à n’importe quel stade de sa vie. En France, plus 3 millions de personnes sont touchées par cette maladie psychiatrique, et la plupart ne sont pas prises en charge psychologiquement. Et pourtant, la dépression est une maladie handicapante au quotidien, qui peut conduire au pire: en 2017, l’OMS publiait un rapport érigeant la dépression en première cause de morbidité et d’incapacité dans le monde (voir ici).

Lorsque vous avez des doutes, il est important d’aller consulter un psychiatre: lui seul pourra diagnostiquer la dépression à l’aide d’un questionnaire ciblé et d’une analyse des réponses du patient. Il est important, une fois la maladie diagnostiquée, de prendre en charge le malade immédiatement. En effet, plus la maladie dure, plus les idées noires envahissent l’esprit du patient, le conduisant au suicide.

Le traitement recommandé par la majorité des professionnels est la psychothérapie, complétée ou non par la prise de médicaments. A noter que si la dépression est sévère, les médicaments sont indispensables. 

Dans le diagnostic et le traitement de la dépression, le soutien des proches est primordial. Tout comme la coopération du patient, qui malgré son découragement, doit garder l’envie de s’en sortir et exposer son état à son médecin sans crainte et sans embarras. 

Cet article a été rédigé par Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste libéral (http://www.psy-92.fr/). Ses deux derniers ouvrages, Peurs, angoisses, phobies, par ici la sortie! (Ed. Marie B) et Se libérer des troubles anxieux par la réalité virtuelle (Ed. Eyrolles) sont disponibles en librairie.


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