Le temps qui passe

Peur de vieillir, que faire?

Pour Rodolphe Oppenheimer, "chaque âge est propice à de nouveaux projets, à de nouvelles activités". - ©Chris Robbins/Mood Bo/REX/SIPA

Rides, cheveux blancs ou bien ménopause: des milliers de personnes ont peur du temps qui passe, lesquelles sont bien souvent angoissées à l'approche de leur anniversaire. Pour "FranceSoir", le psychanalyste Rodolphe Oppenheimer livre ses conseils pour dépasser cette peur de vieillir mais surtout pour aimer son reflet dans le miroir.

Quelle que soit la période de notre vie, nous avons toujours un problème avec notre âge. Les enfants ont peur de ne pas vieillir. Ils demandent incessamment à leurs parents: "à quel date tombe mon anniversaire?". Et lorsqu'ils ont quatre ans, ils demandent ce qu’ils pourront faire à six.

Penser le temps qui passe

Rapidement à l’adolescence, lorsque les choses ne vont pas, il est monnaie courante d’entendre dire: "lorsque j’aurais 18 ans, je partirai et vous ne me reverrez plus". L’enfance serait donc l’âge du "je veux vieillir vite". A l’âge adulte, cette idée de vieillir fait peur. N’ayons pas peur des mots, pour certains elle terrorise. Pourquoi ne pas accepter de laisser s’installer ces ridules?

Chacun à un moment ou à un autre commence à évoquer le temps qui passe. Rapidement vous pourrez être tenté par toutes les offres de la société de consommation qui proposent des crèmes anti-rides, anti-âge, comme si vieillir était une option et les achats des solutions à cette option. Un grand nombre de morphologies demandent, pour garder la même ligne, des régimes draconiens. Un temps dédié de plus en plus long pour espérer sembler toujours aussi jeune.

Vieillir serait donc un frein pour être attirant(e), c’est bien une des premières causes qui effraye: "je ne suis plus attirant(e)!".

Comment prendre le temps pour ce qu’il est?

N’oubliez pas que vous n’êtes pas vos pensées: vous vous trouvez fatigué(e), creusé(e), n’est-ce pas votre simple vision de vous-même? Comment pouvez-vous savoir comment les autres vous perçoivent? Devant l’effroi des idées, certains se lancent dans la chirurgie esthétique ou des injections de botox.

Vous vous inquiétez à propos de votre potentiel à attirer, à plaire ou à rester désirable. N’oubliez pas que votre génération, elle aussi, prend le même chemin que vous. Votre "public", votre "fan club", vos amis vieillissent aussi. Les femmes, pour la plupart, évoquent leurs angoisses entre 30 et 50 ans. Elles me rapportent que chaque année, elles détectent des changements, que le physique commence à présenter de plus en plus d’imperfections. Il existe aussi la pré-ménopause qui provoque des signes extrêmement désagréables qui bouleversent le corps.

Il faut commencer à investir dans l’idée du lâcher prise. Le temps que vous passerez à vous focaliser sur le temps qui passe n’est-il pas du temps que vous gâchez à ne pas en faire un usage plus joyeux? Il est important de bâtir et de créer. Plus vous serez en osmose avec vos rêves, moins vous ressentirez de regrets à être passé à coté de vos passions ou de vos rêves. Adolescents, le physique est la première des qualités recherchées: sortir avec la plus belle fille de l’école ou le plus beau garçon, est valorisant pour soi, mais surtout aux yeux des autres. Le temps faisant son chemin, vous aurez moins besoin de briller vis-à-vis des autres ou différemment, par vos réussites, votre bonheur ou justement votre attitude face au temps qui passe.

Refusez l’idée d’entendre ou de croire que les mots "vieux" ou "vieillir" pourraient être péjoratifs. Chaque âge est aussi propice à de nouveaux projets, à de nouvelles activités. Si vous avez arrêté le tennis à cause de vos rhumatismes, mettez-vous au bridge ou à des jeux de stratégies. Barbara chantait: "Tout le temps qui passe ne se rattrape guère, tout le temps perdu ne se rattrape plus". N’est-ce pas le meilleur prétexte pour vous faire plaisir maintenant et immédiatement? De faire ce voyage que vous avez toujours rêvé de faire, d’écrire ce livre auquel vous pensez depuis votre adolescence?

Servez-vous de votre peur pour avancer là où vous procrastinez tant. Beaucoup ont tenté d’échapper au temps qui passe, considérant que l’âge avancé est pour le voisin. Mes patients me parlent souvent de leurs angoisses, du temps qui passe. Je leur rappelle qu’ils me parlent aussi de leurs ennuis, de leur absence de désirs à découvrir de nouvelles choses.

J’essaie de comprendre avec eux l’intérêt de chercher une forme d’immortalité dans l’ennui. Pensez à cette fameuse phrase d’un comique: "l’éternité c’est long surtout vers la fin".

Prendre le temps, apprendre du temps

Il faut apprendre de la vie, apprendre de ses erreurs, perdre de moins en moins de temps avec les détails de la vie pour se consacrer aux fondamentaux. Vous boudiez pendant quelques mois vos amis: limitez ce trait de l’enfance à quelques secondes. L’âge est une idée. Combien de fois vous êtes-vous ennuyé avec des jeunes gens, lassé par des discours puérils et des intérêts qui vous ont paru loin de vos envies ou de vos préoccupations. Et inversement, n’avez-vous jamais rencontré de personnes âgées qui ont su vous transmettre des enseignements riches de sens, riches de vie, sans aucune aigreur due à leur âge ou à leur condition?

Vieillir ne semble être que l’idée que l’on s’en fait et du regard des autres que nous investissons beaucoup trop. Le temps peut être un atout lorsqu’on n’en fait pas un ennemi. Pensez au temps présent, cela vous permettra de ne pas appréhender le temps à venir et l’avenir de manière négative mais au contraire comme un continuum de votre être en devenir constant.

Cet article a été rédigé par Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste (http://www.psy-92.fr/). Son dernier ouvrage, Peurs, angoisses, phobies, par ici la sortie! (Ed. Marie B) est disponible en librairie depuis le 15 novembre.


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